Pas de service public sans fonction publique

Sud éducation Limousin
jeudi 19 mars 2015

Nous vivons une période intellectuellement enthousiasmante mais politiquement très dangereuse. Le soviétisme s’est effondré et le projet social-démocrate est en train de se liquéfier. Dans ce climat de désespérance, la place centrale de l’État est au cœur de la problématique. Or, les institutions mises en place par les ordonnances de 1945, déjà révolutionnaires, sont aujourd’hui largement sous-évaluées, et c’est sûrement là une cause de l’échec politique actuel. Il faut aujourd’hui réveiller ce passé non assumé et remettre en lumière la puissance du salariat, afin d’émanciper le travail. 
 
Ainsi, nous devons lutter contre l’idée que l’on doit être payé-e à la mesure de ce que l’on fait (ce qui revient à se soumettre à l’employeur). Il faut au contraire revendiquer d’être payé-e pour ce que l’on est. Cet immense progrès social qu’est le fonctionnariat doit aujourd’hui être étendu à d’autres domaines. Le salaire à vie sera la seule voie émancipatrice qui permettra la souplesse et la liberté des trajectoires individuelles. Le salaire à vie sera libérateur.

Qu’est-ce que le travail ?

Le PIB mesure le travail et la valeur économique que nous créons collectivement chaque année. C’est un outil très intéressant car il inclut largement de la valeur anticapitaliste, créée par les fonctionnaires, les chômeur-ses, les retraité-es... qui, contrairement aux idées reçues, produisent donc de la valeur économique, aujourd’hui équivalente à un tiers environ du PIB en France !
Est-il étonnant, alors, que le but de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) soit, entre autres, de tenter de mettre en place un employeur pour les fonctionnaires, via la décentralisation ?
Comment passer alors à des formes de valeur émancipées de cette violence capitaliste ?
Il est urgent de comprendre à nouveau ce que signifie « être fonctionnaire »...

Construire un discours autonome

Les cotisations sociales offrent une définition anticapitaliste de la valeur. Elles constituent un salaire socialisé, et sont donc un levier de transformation sociale et d’émancipation. Le versement de ces cotisations sociales est une attribution de valeur économique à des non-marchandises telles que les prestations de santé, l’éducation des enfants, ou l’activité des retraité-es... La cotisation sociale est en fait une création de monnaie !
Ainsi, plus d’un tiers du salaire total est d’ores et déjà intégré aux cotisations sociales. Il faut envisager d’augmenter ce taux, et d’élargir ainsi le champ des prestations sociales.
Ces institutions doivent être réassumées afin de ré-enclencher le processus révolutionnaire, en marche depuis presque un siècle. Soyons fier-es de la fonction publique ! Supprimons le marché du travail !
Tout projet révolutionnaire impose ainsi de s’emparer de la cotisation et du salaire à vie des fonctionnaires pour les étendre à d’autres sphères de la société !

La révolution à portée de main

Il est urgent de s’emparer de ces questions et de se donner les moyens de mettre en place cette utopie d’aujourd’hui, pour qu’elle devienne une réalité de demain : une société où chaque individu se formerait sans se préoccuper d’abord du marché de l’emploi, mais uniquement de ses désirs et de ses projets et, une fois sa formation achevée, serait rémunéré à hauteur de sa qualification, et ce tout au long de sa vie.
De façon analogue, il faut créer des caisses d’investissement socialisé, dans lesquelles, par exemple, les entreprises verseraient la moitié de leur valeur ajoutée. L’objectif serait, à terme, de financer l’extension de la gratuité au logement, au transport, à la culture, à la santé, à l’éducation, à l’énergie...
Concernant le domaine non marchand, la socialisation des moyens (nécessaire pour assurer en particulier la gratuité des services publics est parfaitement compatible avec des formes d’autogestion locales (via notamment les conseils d’école ou d’administration, qu’il ne s’agit pas de ré-inventer mais de faire fonctionner à plein, en nous ré-emparant notamment de nos droits individuels et collectifs et de toutes les perspectives qu’ils ouvrent) face à un État aux mains d’une classe dirigeante qui souhaite, elle, désorganiser et faire dysfonctionner le service public, en particulier d’éducation, afin de le marchandiser plus facilement.
Alors, inspiré-es par la Déclaration de la réunion internationale pour la défense de l’Éducation publique (Rio de Janeiro, 11 août 2014), nous avons aujourd’hui le devoir de fermement nous opposer aux politiques de réformes économiques et sociales de suppression des acquis, de casse de la fonction publique, de destruction de la sécurité sociale et tous ces reculs orchestrés de par le monde.
En outre, nous devons aujourd’hui revendiquer de nouveaux droits, individuels mais surtout collectifs, qui nous permettront de nous approprier les processus de décision, afin de favoriser l’intérêt collectif. Nous devons en particulier revendiquer que les instances paritaires dans lesquelles nous refusons de siéger, parce qu’elles sont aujourd’hui des simulacres de démocratie, soient demain des instances en capacité de prendre toutes les décisions concernant le fonctionnement de l’institution, ce qui correspondra à des modalités concrètes d’autogestion.