Plan Étudiant et Parcoursup : combattre les idées reçues

jeudi 8 mars 2018

Depuis le début de la vaste offensive lancée contre l’université publique à l’automne, le gouvernement et ses relais médiatiques mobilisent un grand nombre d’idées reçues sur la situation actuelle de l’université publique, les formes de l’accès à l’enseignement supérieur et les remèdes à apporter aux difficultés des universités.

L’échec en licence ?

Les statistiques sur la « réussite » des étudiant-es sont un critère d’évaluation très discutable de la fonction sociale remplie par le service public d’enseignement supérieur et de recherche. Toutefois, si comme le gouvernement affirme le faire, on est préoccupé par la production de diplômé-es, alors l’enseignement supérieur français s’avère être particulièrement efficace au niveau international, puisque 80% des étudiant-es qui entrent dans l’enseignement supérieur en France ressortent avec un diplôme. Pour l’écrasante majorité de ces étudiant-es (82%), ces études se déroulent dans un établissement public – dans l’université publique pour une bonne majorité (62%).
Précisément parce que ces chiffres suggèrent une réussite relative du secteur public d’enseignement supérieur et de recherche en dépit des attaques qu’il subit, c’est un autre chiffre qui est brandi : « 60% d’échec en licence », un chiffre artificiel qui ne tient aucunement compte des usages multiples des filières non-sélectives de l’université publique, des réorientations en cours de Licence 1 aux réussites à des concours qui amènent à des changements de parcours.
Ce chiffre, répété inlassablement, vise à établir le diagnostic d’une crise de l’université publique, dont il n’y a plus qu’à chercher des responsables : les étudiant-es, accusé-es d’être trop nombreuses et trop nombreux, trop faibles, incapables de s’orienter ; et parmi les étudiant-es, les bachelières et bacheliers de l’enseignement profesionnel, alors que moins de 10% demandent une filière universitaire en premier choix et qu’elles-ils constituent une portion très faible des étudiant-es de l’université publique. Ce portrait anxiogène de la population étudiante a justifié le renversement complet qu’opère la nouvelle plate forme Parcoursup, en supprimant le principe de l’accès des bachelier-es aux filières non-sélectives de leur choix.

Les dysfonctionnements d’APB ?

À la rentrée 2017, ce sont 808 000 candidat-es qui se présentaient à l’accès à l’enseignement supérieur, pour 654 000 places proposées dans l’ensemble des formations : résultat évident de près de deux décennies de sous-investissement dans le secteur. Toutefois, en dépit de l’insuffisance des places ouvertes, 83% des candidat-es en Licence ont obtenu leur premier vœu en 2017. Le tirage au sort tant décrié -trop égalitaire ?- n’a concerné qu’1% des 808 000 candidat-es.
Plutôt que de regarder dans le miroir de l’austérité, le ministère préfère faire porter les difficultés d’accès à la filière de leur choix, rencontrées par un nombre croissant de bachelier-es, sur la plate-forme Admission Post-bac (APB). Si APB semblait produire des difficultés, c’est en raison de la possibilité qui était donnée aux candidat-es de hiérarchiser leurs vœux : combinée à l’accès de droit à la filière non-sélective de leur choix dans l’université publique, APB servait de révélateur de l’incapacité croissante des universités, asphyxiées par l’austérité, à satisfaire ces vœux.
C’est là qu’entre en scène la nouvelle plate-forme Parcoursup. D’un côté, elle met fin à la hiérarchisation des vœux et au principe d’orientation choisie dans les filières non-sélectives de l’université publique, faisant du coup disparaître les difficultés d’accès à la filière de son choix. D’un autre côté, Parcoursup accroît la pression à l’entrée de l’enseignement supérieur : alors qu’APB envoyait dans un premier temps dans les filières du supérieur uniquement les candidatures des élèves qui les avaient mises dans leurs premiers choix et supprimait ensuite les autres candidatures, dès que les élèves en question avaient obtenu une place ailleurs, Parcoursup va envoyer d’emblée dans les filières universitaires l’ensemble des candidatures. C’est la garantie de la mise sous tension de la quasi-totalité des filières, y compris des filières non-sélectives qui ne l’étaient pas jusqu’à présent. Le nouveau mécanisme d’accès à l’université, en même temps qu’il instaure une logique de tri scolaire et social des futur-es étudiant-es, crée les conditions de son extension à l’ensemble des filières.

Les solutions apportées par le Plan (anti)Étudiant ?

Alors que les budgets des universités stagnent et que les postes de titulaires continuent d’être supprimés à un rythme alarmant, le gouvernement ne propose donc pas aux universités publiques le plan d’investissement nécessaire à l’accueil des nouvelles générations d’étudiant-es dans de bonnes conditions d’études. Bien au contraire, il met dans les mains des directions d’universités un arsenal de mesures austéritaires et élitistes qu’il leur laisse le bon soin de mettre en place. Il instaure un Plan (anti)Étudiant qui permet aux universités de mettre en place un tri qui pourra ensuite rapidement se muer en sélection véritable ; un passage facilité vers une logique d’enseignement modulaire alignant l’offre de formation sur des moyens en régression constante ; une période d’expérimentation permettant la sortie du cadre réglementaire de l’université publique et l’introduction de frais d’inscription plus élevés dans des filières élitaires.

Fédération Sud éducation