Pour Edona, l’asile en France selon Valls, c’est un camp en Hongrie...

article RESF 25
lundi 23 décembre 2013

Edona, jeune femme kosovare de 22 ans, croupit en Hongrie dans un centre de bannissement où Valls l’a expulsée :
la France, sur ordre du Préfet du Doubs, la prive de son droit à demander l’asile à Besançon

Leur histoire ressemble à celle de beaucoup de jeunes gens du Kosovo : il leur faut fuir un pays où leur vie est en danger…

Eux sont arrivés en France, à Besançon, en juin 2013, pour y demander asile et protection.

Mais avec la réglementation européenne dite Dublin II, ce n’est plus à eux de choisir le pays d’Europe dans lequel ils veulent demander l’asile : désormais, les demandeurs d’asile sont ’’choisis’’ par le pays par lequel ils sont supposés être entrés dans l’Espace européen de Schengen. Le tri s’opère ainsi entre quelques Etats-portes d’entrée en Europe : la Pologne pour les personnes venant du Caucase, la Hongrie pour les Kosovars et les Albanais (mais aussi des Erythréens, des Somaliens, des Maliens, des Afghans, des Nord-Africains...), la Grèce, l’Italie ou Malte pour les Subsahariens, les Libyens, les Tunisiens, les Afghans...

Edona KLLOKOQI et Qendrim BUNJAKU ont eu beau déclarer être venus directement du Kosovo en juin dernier, sans s’être arrêtés dans aucun des pays traversés, la Préfecture du Doubs ne les a pas moins considérés comme ’’Dublinés’’ a priori, ce qui signifie à la fois refus d’enregistrer une demande d’asile en France et prise des empreintes digitales pour interrogation du fichier Eurodac (fichier fourre-tout européen, pouvant contenir aussi bien les empreintes de personnes dont l’identité a été seulement ’’contrôlée’’ aux frontières, sans demande d’asile expresse, que les empreintes de demandeurs d’asile déclarés et enregistrés comme tels).

La préfecture du Doubs, forte des empreintes de nos deux jeunes gens, interroge donc Eurodac. Il s’avère qu’Edona est inconnue de ce fichier : logique puisqu’elle n’a pas été arrêtée sur la route qui la conduisait en France. Toujours selon la même logique, elle devrait être autorisée à déposer une demande d’asile à la préfecture du Doubs.

Mais ce serait sans compter avec le zèle des Grands Commis du Ministère de l’Intérieur disséminés sur tout le territoire, et la traçabilité millimétrée des parcours de migrants : Qendrim, lui, était passé par la Hongrie une première fois, au printemps 2013, et il avait dû y laisser ses empreintes lors d’un contrôle brutal de son identité, avant d’être contraint à retourner au Kosovo. Pas question donc, pour le Préfet du Doubs, d’interpréterla réglementation Dublin IIà partir de la situation d’Edona et de la faculté qui pouvait lui être donnée de demander l’asile en France. Non ! Hongrie un jour, Hongrie toujours ! Hongrie pour l’un, Hongrie pour l’autre, même si le couple n’est pas marié, même si depuis son passage par la Hongrie au printemps, Qendrim était revenu au Kosovo et avait engagé une procédure de renonciation à l’asile en Hongrie, même si lui et sa compagne ont fait leur demande ensemble à leur arrivée en France en juin. Big Brother Eurodac est tout puissant et ne remet pas le compteur à zéro !

La descente aux enfers commence alors à Besançon, et ils subissent le sort que réserve à quantité de demandeurs d’asile le Préfet du Doubs : passage obligé par la vie à la rue, refus de prise en charge sociale par les services de l’Etat, rien d’autre pour survivre que la solidarité d’un Collectif militant autour d’un campement de fortune. Après plusieurs mois de cette extrême précarité, Edona tombe gravement malade et doit être hospitalisée. Parallèlement, elle et son compagnon doivent pointer chaque mois à la Préfecture, qui a interrogé Eurodac et dit attendre la réponse de la Hongrie.

Ayant enfin prouvé que la rue la mettait en danger, Edona, qui continue à avoir besoin de soins, se voit proposer un hébergement, en hôtel, avec Qendrim.

C’est là que le mercredi 11 décembre 2013 au matin, malgré les interventions d’un Collectif de défense devant les autorités de la Préfecture pour empêcher leur expulsion (la novlangue dit ’’réacheminement’’), malgré l’insistance de la jeune femme à vouloir demander l’asile en France, Edona et Qendrim sont arrêtés par la PAF et conduits à l’aéroport de Bâle-Mulhouse où on les embarque de gré ou de force dans un avion (lui menotté, elle pieds et mains ligotés par du scotch). Direction : Budapest. Argument du Préfet pour balayer tout état d’âme : ’’On ne sépare pas un couple’’. Dans le sens de l’expulsion, évidemment ; pour l’autre, celui de l’inclusion, il eût fallu que le Préfet considère que son pouvoir d’appréciation personnel l’autorise à dire oui à la demande d’asile conjointe... Mais personne n’a oublié que ce même Préfet du Doubs avait déjà brillé par son sens du discernement lors de l’arrestation de Léonarda Dibrani en pleine sortie scolaire. Et récemment, il a encore enrichi son tableau de chasse par la tentative d’expulsion (heureusement déjouée in extremis grâce à la mobilisation) d’un étudiant togolais qui excelle à l’Université !

Cet ancien secrétaire général du grand Ministère de l’Immigration au temps de Besson met tant d’application à faire grimper les chiffres de ’’reconduites’’ nécessaires à l’irrésistible ascension de son nouveau ministre de tutelle, que celui-ci serait bien malavisé de renvoyer du corps préfectoral un si brillant fusible alternatif...

Qu’on en juge : dans son cynisme à toute épreuve, le Préfet du Doubs affirme dans son arrêté d’expulsion tel qu’il a été notifié à Qendrim BUNJAKU, qu’il ’’n’est pas porté d’atteinte disproportionnée au droit de l’intéressé à sa vie familiale’’ puisque sa compagne, Edona KLLOKOQI, est expulsée avec lui !

Toujours est-il qu’à son arrivée à Budapest, ce couple qu’à coups de menottes et de sangles on ne ’’sépare pas’’, à qui on garantit son ’’droit à la vie familiale’’, a pourtant été immédiatement séparé par les autorités hongroises, et que chacun a été envoyé dans un enfer différent :

Qendrim a été conduit dans une prison, à NYIRBATOR, en attendant qu’il soit statué sur son sort et qu’on l’expulse vers le Kosovo, dans des délais indéterminés (plusieurs semaines à plusieurs mois). Pendant ce temps, il n’a pas le droit de recevoir de visites.

Edona, elle, après qu’on lui a pris ses empreintes, a été jetée seule dans les rues de Budapest, en pleine nuit, sans argent, avec pour toute destination possible, dans la mesure où elle ne voulait à aucun prix rentrer au Kosovo, le camp de DEBRECEN, situé à 250 km de la capitale. Lorsqu’elleest arrivée à Debrecen, on lui a d’abord dit que le pays où elle devait demander l’asile était… la France, en vertu des accords Dublin II ! Et qu’elle allait donc devoir attendre longtemps la réponse du Ministère de l’Intérieur français...
Mais l’affaire commençant à faire du bruit dans la ’’République irréprochable’’, notamment à travers les courriers adressés par de nombreux citoyens au Ministre Valls et au Préfet Fratacci pour dénoncer l’injustice dont Edona était victime, les pressions exercées sur elle se sont accrues jeudi 18 décembre : on lui signifiait qu’elle avait ’’automatiquement demandé l’asile en Hongrie en mettant le pied à Budapest’’, qu’il fallait donc qu’elle signe un papier pour y renoncer, que tout de suite après elle allait être placée en détention en attendant son expulsion à une date indéterminée vers le Kosovo, mais qu’elle ne pouvait pas rejoindre Qendrim dans sa prison...
Y aurait-il un vent du boulet soufflant de Paris à Debrecen, face à cette affaire qui met en lumière les innombrables approximations et dysfonctionnements dela procédure Dublin II, dont le seul but est d’empêcher l’accès au droit d’asile à des milliers de gens ?

Qui ne voit en effet que cette succession d’abus de pouvoir et d’entorses à la loi, par une Administration tout entière vouée à expulser et à broyer, constitue un véritable déni du droit effectif à l’asile ?

Qui a dit la vérité de ses droits à Edona, de l’Etat hongrois et de l’Etat français ?

Combien de temps encore martyriseront-ils cette jeune femme qui ignorait tout de cette ignoble mécanique et qui vit aujourd’hui dans une peur panique de ce qui peut lui arriver ?

A Debrecen, plusieurs milliers de ’’retenu-e-s’’ s’entassent dans des locaux infâmes et une promiscuité propice à tous les dangers.

Edona y a déjà subi une agression où elle a échappé de justesse à un viol. Elle est désespérée et souffre de troubles cardiaques dus au stress.


Pour ses soutiens, l’exigence est claire : le Préfet du Doubs doit procéder de toute urgence au rapatriement d’Edona KLLOKOQI en France, pays qui n’avait pas le droit de l’expulser et doit l’autoriser à demander l’asile.

Et au nom du principe ’’On ne sépare pas un couple’’, le préfet doit aussi rapatrier en France son compagnon Qendrim BUNJAKU, pour qu’il la rejoigne et qu’ils demandent ensemble l’asile en France.

RESF 25 et Collectif de Défense des Droits et Libertés des Etrangers (CDDLE, Besançon)
URL source : http://blogs.mediapart.fr/blog/resf/221213/pour-edona-lasile-en-france-selon-valls-cest-un-camp-en-hongrie

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