Pour les élèves et pour les personnels, il faut réduire les effectifs des classes

vendredi 11 novembre 2016

Les effectifs trop chargés constituent un facteur identifié de mal être pour les élèves et pour leurs enseignant-es. Fatigue nerveuse et charge de travail sont augmentées lorsque les classes sont surchargées, la chose n’est pas nouvelle. Au contraire, avec un effectif raisonnable, l’ambiance de classe est plus calme, le comportement des élèves s’améliore. Plus attentif-ves, il-elles s’engagent davantage dans les apprentissages.

Le sentiment de ne pas accomplir correctement son travail, le stress et la fatigue engendrés par le bruit, l’agitation et le manque d’attention des élèves génèrent une souffrance au travail que l’administration a bien du mal à reconnaître.
L’État prétend résoudre les difficultés des élèves à l’école en empilant des réformes qui ne transforment rien de la pratique concrète et sont autant d’injonctions. Sur le terrain, nous savons pourtant que sans une réduction des effectifs d’élèves dans les classes il n’y aura pas d’amélioration pour ceux et celles qui sont en difficulté et les volontés ministérielles affichées de réformer l’école resteront des exercices de communication.

À l’école maternelle

Les nouveaux programmes de 2015 parlent en préambule d’une « école bienveillante » dont la « mission principale est de donner envie aux enfants d’aller à l’école pour apprendre, affirmer et épanouir leur personnalité », ils évoquent « l’expérience de la séparation, (…) qui requiert toute l’attention de l’équipe éducative » et réaffirment la place primordiale du langage à l’école maternelle. Ils oublient sciemment de lier ces objectifs à la condition nécessaire pour les atteindre : des effectifs très réduits. Comment peut-on raisonnablement mettre en place ces programmes avec des classes à 30 ou même à plus de 25 élèves ? L’engagement des enseignant-es ne peut pas tout, et sûrement pas réduire les inégalités culturelles si prégnantes dans l’acquisition du langage.

À l’école élémentaire

Comment parler de lutter contre l’échec scolaire sans réduction des effectifs ? C’est la condition pour un enseignement au plus près des élèves, pour une différenciation et un accompagnement adapté au sein même de la classe. Une diminution du nombre d’élèves améliore l’interaction entre l’adulte et les élèves (en particulier les plus fragiles ) mais aussi entre les élèves. Chacun-e peut s’exprimer plus souvent et plus facilement, la concurrence pour obtenir l’attention de l’enseignant-e est réduite et l’ambiance de classe favorisée. Le temps consacré à la gestion de classe diminue au profit du temps d’enseignement et d’apprentissage. L’espace libéré par une baisse de l’effectif permet d’aménager la classe de manière efficiente. Manipulations, expérimentation, travail en petits groupes, autonomie en sont facilités.

Au collège

Baisser les effectifs des classes c’est déjà permettre pour les élèves de 6e une entrée plus en douceur dans un nouvel univers scolaire. Au collège, nous pensons qu’il faut aussi dédoubler les classes sur une partie de la semaine scolaire. Quatre heures de mathématiques pour une classe, cela peut être trois heures en groupe classe et une quatrième heure pour chacun-e en demi-classe, ce serait donc cinq heures pour l’enseignant-e. Un tel système permettrait à chaque enseignant-e d’avoir moins de classes, donc moins d’élèves en responsabilité, et de porter une plus grande attention au travail et aux difficultés de chacun-e.
Moins d’élèves dans les classes et des classes dédoublées c’est la possibilité de prendre davantage la parole en cours de langue, la possibilité d’exercices écrits plus fréquents, la possibilité pour les élèves de manipuler lors des cours de sciences et technologies.

Au lycée

Réduire les effectifs permettrait que les élèves puissent travailler sereinement, pour que le calme leur permette d’apprendre, de comprendre, de chercher ; pour que les plus « fort-es en gueule » ne réduisent pas au silence les plus faibles (les timides, les complexé-es, les lent-es…), pour que chaque élève ait concrètement le temps de prendre la parole, d’écrire souvent, sans avoir à trop attendre son devoir corrigé ; pour que chacun-e dispose d’un espace où il/elle puisse s’installer correctement (ah, les salles conçues pour 20 et occupées par 35 plus l’enseignant-e plaqué-e contre le tableau !) ; pour que chacun-e ne soit pas un individu anonyme dans une foule, qu’on puisse rapidement connaître ne serait-ce que son nom.
Réduire les effectifs d’élèves pour qu’une classe soit une classe, c’est-à-dire un groupe favorable aux apprentissages, et pas une foule, un troupeau, une masse…
Instituer des dédoublements de classe pendant certaines heures rendrait possibles des travaux d’écriture très encadrés où chacun-e pourrait améliorer progressivement un écrit, avec l’enseignant-e à ses côtés pour le-la guider et l’encourager ; deviendrait possible également le fait de travailler au plus près des besoins de chaque élève ; d’être suffisamment disponible à l’égard de chacun-e pour lui apprendre à dépasser ses réticences.

A l’université aussi...

Chaque rentrée universitaire voit croître les effectifs étudiants, mais chacune s’accompagne de témoignages montrant des amphis de plusieurs centaines d’étudiant-es dans lesquels il est conseillé d’arriver une heure avant le cours pour être certain-e d’avoir une place. Pour les étudiant-es comme pour les personnels ces conditions sont indignes. Elles constituent une des raisons majeures de l’échec précoce à l’université et une véritable entrave au droit de poursuivre des études supérieures. Il en va de même des prétendus travaux dirigés, suivis par 50 étudiant-es ou plus.

De l’intérêt des dédoublements

Les gouvernements successifs externalisent le traitement de la difficulté scolaire : on laisse les classes surchargées et on accorde une aide personnalisée en dehors du cadre de la classe aux élèves les plus en difficulté.
Mais revendiquer un abaissement des effectifs maximaux n’est pas suffisant. Revendiquer en même temps des dédoublements d’une partie de l’horaire présente plusieurs avantages : pendant une partie de l’horaire, on a des groupes réduits qui permettent des approches pédagogiques moins frontales et un traitement de la difficulté scolaire dans le cadre normal de la classe. On conserve le collectif-classe, avec tous les intérêts qui lui sont associés : actuellement, en lycée et de plus en plus en collège, les regroupements d’élèves par options, par langue vivante, etc., tendent à briser la notion même de collectif au profit d’une juxtaposition, fluctuante d’heure en heure suivant les disciplines, de « parcours individuels ».
De tels dédoublements d’une partie de l’horaire ne seraient pas une nouveauté : ils ont existé en collège jusqu’à la mise en place du prétendu « collège unique » d’Haby en 1977, en lycée professionnel jusqu’aux dernières réformes de 2000-2003, en lycée général de manière plus aléatoire jusqu’à la fin du XXéme siècle.
Les dédoublements, moins faciles à mettre en œuvre dans le premier degré, pourraient être facilités par le développement d’un système qui emploierait réellement plus de maîtres qu’il n’y a de classes dans une même école.

Pour une école véritablement pour tou-tes

La loi du 11 février 2005 dite « Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » induit aujourd’hui une école inclusive c’est-à-dire une école ouverte à tou-tes les élèves à besoins éducatifs particuliers. De l’affirmation légale à la réalité vécue il y a trop souvent une insatisfaction des personnels devant l’impossibilité de remplir une mission qu’ils trouvent pourtant fondée. L’inclusion scolaire, si elle est un projet sérieux ne peut pas reposer sur le seul « don de soi » des personnels. La scolarisation réelle de certain-es élèves (autistes, troubles du comportement…) en milieu ordinaire ne peut pas s’organiser dans des classes dont les effectifs ne sont pas revus à la baisse. Aller vers une école inclusive nécessite en premier lieu de réduire les effectifs des classes susceptibles d’intégrer ces élèves à besoins éducatifs particuliers. Sans cela, le sentiment d’échec risque de dominer dans l’appréciation des personnels sur leur propre travail. Baisser les effectifs pour réussir l’inclusion c’est refuser le mensonge aux familles, aux élèves et aux personnels.

Les effectifs dans les classes… un vrai enjeu syndical à tous les niveaux.

Sud éducation Puy-de-Dôme / Allier