Pour une Union Syndicale Solidaires au plus près des adhérentEs de ses syndicats

dimanche 1er juillet 2012
mis à jour vendredi 5 octobre 2012

Texte adopté au Vème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation
du 4 au 8 mai 2009 à Cherbourg

Pour une Union Syndicale Solidaires au plus près des adhérentEs de ses syndicats

Fonctionnement et développement de Solidaires : une double problématique

Qui de la poule ou de l’œuf… Il n’y aurait pas d’Union Syndicale Solidaires sans les syndicats qui y adhérent, mais que seraient les syndicats membres de Solidaires sans Solidaires ?
Du point de vue effectifs, l’inscription et le développement de Solidaires dans le paysage syndical sont liés au développement des syndicats qui la composent. Mais sans une affiliation interprofessionnelle, les syndicats membres de Solidaires seraient en grande difficulté existentielle. D’un point de vue strictement statutaire, une très large partie d’entre eux revendiquent la nécessité d’un engagement interprofessionnel. D’une manière plus générale, dans le paysage syndical actuel, en France et dans le monde, œuvrer à la recomposition syndicale autour d’un projet alternatif nécessite une véritable organisation inter- professionnelle. C’est encore plus vrai dans le secteur privé où des équipes syndicales cherchent à rejoindre (voire fonder) des syndicats de l’US Solidaires. Enfin, et plus concrètement, Solidaires c’est aussi des possibilités de fonctionnement indépendant (accès à des locaux, matériel bureautique…) pour un certain nombre de ses syndicats notamment dans les régions et/ou départements. C’est, entre autres, vrai pour SUD éducation.

Paradoxalement, cette interdépendance entre Solidaires et les syndicats qui la composent ne débouche pas forcément sur des choix d’engagement interpro clairs. La question interpro est rarement une priorité dans les débats internes des syndicats de l’Union Syndicale et l’investissement dans Solidaires se réduit bien souvent au "minimum syndical". De fait, si la question de la lisibilité de Solidaires se pose en externe - il faut vraiment être un observateur averti de la vie syndicale pour savoir que Solidaires regroupe les syndicats SUD (ceux-là, on les connaît !) et plusieurs syndicats nationaux autonomes - elle se pose aussi en interne. Pour la très grande majorité des adhérentEs des syndicats membres de Solidaires, ils sont avant tout adhérentEs de leur syndicat, certainEs ne connaissent même pas l’organisation interpro à laquelle ils/elles appartiennent. Celles et ceux qui rejoignent nos syndicats souhaitent davantage s’inscrire dans un syndicalisme de lutte plutôt que de rejoindre une organisation effectivement interprofessionnelle.

Cette difficulté à exister n’est pas qu’une question d’appellation. Nommer l’US Solidaires, US SUD ou nommer tous les syndicats de l’US Solidaires, Solidaires (Solidaires Douanes par exemple) ne résoudra pas le problème (où est l’interpro à la CGT ?). Le développement de l’US Solidaires passe par le développement des syndicats qui la composent et dans le même temps le développement des syndicats qui la composent, ou qui voudraient la rejoindre, passe par le développement de l’US Solidaires. Cela justifie amplement que chaque syndicat consacre des moyens significatifs au fonctionnement de Solidaires. Mais construire et développer notre union syndicale demande aussi de permettre aux adhérentEs "de base" d’être directement impliqués dans l’interpro.

Où sont les adhérentEs de Solidaires ?

Par définition, Solidaires est une union syndicale, ce sont donc des organisations syndicales qui y adhérent. En l’état, le niveau de structuration de Solidaires n’est pas en relation directe avec les adhérentEs. On adhère à un SUD ou à un syndicat autonome membre de Solidaires mais pas à Solidaires. C’est le syndicat auquel on adhère, et/ou la fédération à laquelle on appartient, qui mandate ou qui délègue ses représentantEs dans les instances de Solidaires. Aujourd’hui c’est surtout au niveau national que cela se joue. Il est vrai qu’en parallèle, les Solidaires départementaux ou régionaux (que l’on appelle Solidaires locaux) se développent et gagnent en autonomie. Mais ces derniers fonctionnent sur la base de délégations ou de mandatements. Bref, Solidaires est une organisation syndicale de militantEs et non d’adhérentEs. Représenter son syndicat dans Solidaires nécessite une certaine maîtrise des pratiques syndicales. Seul un engagement militant peut y amener et, dans la quasi- totalité des cas, on se mettra au service de Solidaires après avoir assumé des responsabilités dans son syndicat.

Concrètement, aujourd’hui la question qui se pose est assez simple : quand et où unE adhérentE de SUD éducation va-t-il/elle rencontrer unE adhérentE de SUD rail ou de SUD Renault, et inversement, pour parler métiers, syndicat, stratégie, mobilisation ? En dehors des manifs *, les espaces de vie syndicale interprofessionnelle pour les adhérentEs sont limités à quelques Unions Interprofessionnelles Locales (appellation choisie dans le Nord/Pas-de-Calais, à ne pas confondre avec les Solidaires locaux structurés sur un plan départemental ou régional) aux commissions locales et nationales, aux stages locaux ou nationaux, aux quelques permanences locales. Si, par définition, l’adhésion à un syndicat est liée à un champ d’activité professionnelle, il est fondamental de développer le niveau d’organisation interpro local (ville, bassin d’emploi…) pour dépasser réellement une tendance au corporatisme induite par une structuration qui fait, pour le moment, de Solidaires un outil syndical que les adhérentEs de nos syndicats ont des difficultés à s’approprier.

Rapprocher de Solidaires les adhérentEs de ses syndicats pour renforcer et maîtriser au mieux notre engagement interprofessionnel lorsque c’est possible

Développer les Unions Interprofessionnelles Locales Solidaires (UIL) au niveau d’une commune ou d’un bassin d’emploi UIL, l’appellation a son importance. Y faire figurer le mot interprofessionnel dépasse la simple symbolique. Il est ici question de permettre aux adhérentEs des syndicats de Solidaires de s’organiser effectivement en interprofessionnel plus que de créer une structure locale à simple finalité repré- sentative. Comme le permet l’article 16 des statuts de Solidaires, l’UIL a vocation à développer l’identité inter- professionnelle de Solidaires dans le cadre d’une autonomie de fonctionnement. C’est assurément le lieu clé d’une véritable construction interprofessionnelle, puisque lieu de rencontre d’adhérentEs et non de syndicats ou de sections de syndicat.

Avec l’organisation actuelle de Solidaires, nous ne sommes pas à l’abri de ce que nous reprochons parfois à d’autres confédérations (et en particulier à la CGT) à savoir un décalage entre direction syndicale nationale et équipes syndicales de base. Le principe de la représentation par double délégation (on délègue dans son syndicat qui délègue pour Solidaires) ou par double mandatement (c’est déjà mieux) dans Solidaires limite son contrôle par la base. Si aujourd’hui, globalement, la stratégie et les positionnements de Solidaires au niveau national, cadrés par le dernier congrès, répondent aux attentes de la majorité des adhérentEs des syndicats de Solidaires, des questions restent ouvertes (l’unité syndicale jusqu’ où ?) Il est donc important que chaque adhérentE puisse se faire entendre dans les débats interpro et pas seulement par l’intermédiaire de son syndicat. D’une manière peut-être plus provocatrice, le fonctionnement actuel de Solidaires ne nous préserve pas d’une éventuelle dérive bureaucratique. Cette situation peut d’ailleurs expliquer une certaine prudence, si ce n’est carrément un frein, à l’engagement de syndicats (SUD éducation en fait partie) vis à vis de Solidaires. N’étant pas à une contradiction près dans Solidaires, se retrouvent alors côte à côte, dans cette attitude "frileuse", des syndicats qui reprochent à leur union interpro soit une insuffisance des pratiques démocratiques, soit un excès d’autonomie décisionnelle.

Développer et renforcer les UIL représente donc un enjeu de taille pour l’US Solidaires. Chacun des syndicats qui la composent doit s’engager dans ce sens. C’est ainsi que l’on donnera aux adhérentEs la possibilité de s’approprier l’union interpro, que l’on permettra un rapprochement entre nos syndiquéEs du privé et ceux/celles du public, que l’on établira une réelle base démocratique à Solidaires et que l’on amènera certains de ses syndicats à s’y investir plus.

Des UIL et des Comités régionaux ou départementaux parties prenantes de Solidaires.
Il n’est pas ici question de bouleverser l’organisation structurelle de Solidaires mais simplement de trouver un juste équilibre entre les niveaux national, départemental ou régional et local. Le dernier congrès de l’US Solidaires a d’ailleurs entrepris une réflexion qui devrait déboucher sur une participation plus affirmée des comités départementaux ou régionaux aux instances nationales de Solidaires. On ne peut que se satisfaire de cette évolution, mais elle sera d’autant plus légitime si des UIL se développent au sein des comités régionaux ou départementaux. Il ne s’agit pas d’un "toujours plus" mais bien de permettre, et de le reconnaître dans nos instances, une présence interpro au plus près du terrain, au plus près des luttes. À l’image des syndicats de Solidaires dans leurs champs professionnels respectifs, Solidaires doit exister en interpro dans l’organisation locale des mobilisations sociales.

Sans aller jusqu’à parler de "contre pouvoir", donner une voix délibérative aux comités régionaux ou départementaux dans Solidaires national et aux UIL dans les comités régionaux ou départementaux apportera un peu plus "d’horizontalité" à la structuration de Solidaires. La connexion avec la réalité du terrain étant une de nos priorités, elle doit aussi s’inscrire dans notre fonctionnement.

De la même façon, pour réduire le risque de bureaucratisation inhérente à toute forme de délégation et être en accord avec notre choix d’un militantisme de terrain, il serait souhaitable que le congrès de la Fédération SUD éducation réfléchisse aux modalités de son engagement dans l’union Interprofessionnelle Solidaires. Beaucoup de syndicats locaux SUD éducation, par le biais de nombreux militantEs, sont investis sur le terrain de l’interpro local et dans le fonctionnement des Solidaires locaux alors que dans le même temps, nous arrivons très difficilement à avoir une participation nationale dynamique et cohérente. Plutôt que d’opposer les deux niveaux d’engagement dans Solidaires, il s’agit d’améliorer l’articulation entre le niveau local et le niveau national. Dans ce sens, s’appuyer sur les militantEs SUD éducation investis dans l’interpro local permettrait un engagement plus cohérent de SUD éducation dans le fonctionnement des instances nationales (BN, Comité National, Commissions voire Secrétariat).

SUD éducation réaffirme sa volonté d’un engagement inter- professionnel effectif. Défendre les salariés du privé et du public avec ou sans papiers, lutter contre le chômage et la précarité, contribuer à l’auto-organisation des mobilisations sociales, œuvrer à une transformation sociale en rupture avec le modèle capitaliste, nécessite un outil syndical inter- professionnel alternatif fort. C’est en développant encore la structuration en interpro à sa base que Solidaires se donnera toutes les chances de relever ce défi.

NOTES
* Les manifs sont d’ailleurs des rendez-vous non négligeables dans une organisation qui prône un syndicalisme d’action et de lutte. C’est d’ailleurs lors des grandes mobilisations sociales de ces quinze dernières années (95, 2003, CPE) que Solidaires a franchi des paliers significatifs dans son développement.

Documents joints

Pour une Union Syndicale Solidaires au plus (...)
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