Pour une direction collégiale des écoles

dimanche 1er juillet 2012
mis à jour vendredi 5 octobre 2012

Texte adopté au Vème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation
du 4 au 8 mai 2009 à Cherbourg

Pour une direction collégiale des écoles

En guise d’introduction

Pourquoi une prise de position sur la structure des écoles primaires est-elle encore souhaitable, alors que notre idéal semble s’éloigner de jour en jour, de contre-réformes en attaques répétées ?

La commission "Quelle école ?" travaille déjà sur ce sujet. Notre contribution est complémentaire. Elle a pour but de pointer les problèmes de renforcement des hiérarchies, notamment dans le primaire.

Notre action syndicale, nos prises de position sont le reflet, ou devraient l’être, des buts à atteindre. Elles ont des visées immédiates,
mais aussi plus éloignées, de construction d’une autre société.

Parfois, à trop vouloir faire dans "l’unitaire à tout prix" ou dans l’efficacité, la rapidité, on ne réfléchit pas à ce que l’on engage, à ce que l’on signe. Puis, on a du mal à se sortir de situations quand on n’a pas été clairEs au départ sur nos intentions.

Nous ne devons pas avoir honte de nos idées, bien au contraire, nous devons montrer notre originalité par rapport aux syndicats réformistes. Le but n’est pas de se marginaliser encore plus ou de se mettre en dehors de toute action col- lective mais de mesurer si celle-ci va dans le sens que l’on souhaite ou pas et avoir les bons réflexes, mêmes rapides, le cas échéant.

Nos prises de position pour le fonctionnement de l’école sont le reflet de positions éthiques et politiques. Ce fonctionnement préfigure ce que l’on souhaite pour les entreprises, les services publics et la société en général.

En l’occurrence, sur les questions de direction, est-on pour la division entre dirigeantEs et exécutantEs que l’on fait voter de temps en temps ou participer à des choix insignifiants ? Ou pense-t-on que, sur un même lieu de travail, chacunE peut et doit participer à la prise de décision ainsi qu’aux responsabilités qui font qu’il ou elle s’engage pour le bien de toutes et tous ? Dé-responsabilisation allant souvent de pair avec désintérêt et même parfois nuisance et compétition, cette prise de responsabilité de toutes et tous est indispensable pour une transformation coopérative de l’école. Alors, si nous pensons que c’est possible et que cette forme auto- gestionnaire est ce vers quoi il faut tendre, nous vous proposons d’intégrer cette prise de position dans nos orientations et d’amener la réflexion sur les moyens d’y sensibiliser nos collègues et l’ensemble des personnels.

Encore d’actualité, la direction collégiale ?

À l’heure où l’on renforce le pouvoir des directeurs et directrices et où les pressions de l’administration sur les personnels se multiplient, nous devons renforcer notre combat anti- hiérarchique et avancer des idées alternatives.

Les récentes mesures prises au ministère vont renforcer le pouvoir des directeurs et des directrices sur les adjointEs.

Cela passe, entre autres, par :
- la création des EPEP,
- la possession d’une clef informatique avec accès réservé aux informations,
- de plus en plus de responsabilités (projet d’école, calendriers, les relations aux familles, aux Mairies, les diverses évaluations, les fichiers dont base-élèves…),
- l’existence de secrétaires EVS ou stagiaires,
- la notation des personnels de service,
- le recrutement et la fiche d’appréciation des EVS-AVS,
- la possibilité d’autoriser ou pas des sorties.
- …

Que remettons-nous en cause ?

Ce ne sont pas les collègues qui ont fait le choix de la direction, mais la fonction elle-même et ceux qui en abusent. C’est l’ensemble du système qui produit la caporalisation des directeurs et des directrices, infantilise les enseignantEs et les autres personnels. Cette organisation pyramidale nous dépossède de notre métier et modifie la vision que nous avons de l’école et des buts que nous lui assignons.

Ce sont toutes les atteintes aux décisions du conseil des maîtres, au travail d’équipe, au partage de l’information, aux choix non discutés et subis (les fonctions de chacunE, les choix d’organisation, les rapports aux familles, les droits des élèves…)

C’est le recours à la rémunération aux primes et aux heures sup qui va en augmentant, divise les personnels et casse les solidarités.

Le piège du soutien aux précaires sur la ligne des autres syndicats

Bien que nous soutenions les précaires et défendions leur titularisation sans condition, avec accès à la formation, il faut se démarquer de ceux qui souhaitent créer le métier de "secrétaire de direction".

Les EVS-AVS sont des employés précaires, souvent considérés comme subalternes. Leur fragilité les contraint à accepter toutes sortes de tâches, y compris celles qui ne sont pas de leur ressort, pour garder leur emploi. On a vu ainsi des EVS remplacer des enseignantEs absentEs, surveiller les récréations, enregistrer des évaluations et même renseigner le fichier "Base-élèves".

Nous devons être à leurs côtés pour la reconduction de leur emploi, l’obtention d’un statut, d’une formation et l’augmentation de leurs salaires.

SUD-éducation s’est opposé dès le début au protocole qui a permis l’embauche de précaires comme "aides pour exercer les fonctions de directeur". L’école a besoin d’enseignantEs supplémentaires, documentalistes, enseignants spécialisés et personnels de santé. Nous devons appeler les directeurs et directrices à ne pas participer à l’embauche de nouveaux précaires.

Que proposons-nous ?

Comme nous sommes pour l’égalité des salaires et des statuts, contre la hiérarchie, nous devons réaffirmer nos choix en faveur d’une direction collégiale ou coopérative des écoles.

Voici les avantages de ce choix mis en avant par l’ICEM (pédagogie Freinet) qui l’expérimente dans ses équipes et le rédige ainsi dans ces travaux de 2007 :

La direction collégiale permet :
- une responsabilisation de tous les acteurs et actrices de l’école,
- le partage des responsabilités dévolues traditionnellement au seul directeur ou à la seule directrice,
- le renforcement du rôle du conseil des maîtres et maîtresses (prise de décisions, prise d’initiatives…).

Par la dynamique et la concertation qu’elle instaure dans les équipes, elle facilite :
- l’élaboration commune d’institutions et d’outils au sein de l’école, des cycles et des classes,
- la cohérence et l’harmonisation des pratiques et des projets,
- la co-formation (échanges, confrontation d’idées et de pratiques, réflexion, projets de recherches ...),
- des pratiques de recherche-action vers la réussite de l’école…

Elle s’appuie sur des dispositions adéquates :
- une décharge de direction à disposition de l’équipe pédagogique et non du seul directeur ou de la seule directrice,
- l’ indemnité de direction doit disparaître au profit d’une dotation en postes supplémentaires,
- un conseil des maîtres et maîtresses hebdomadaire prenant toutes les décisions relatives à la vie de l’école et garant de celles-ci,
- des temps d’animation pédagogique et de concertation pour travailler au niveau de l’équipe et confronter avec d’autres équipes,
- une régulation du travail de l’équipe par l’analyse des pratiques.

Elle suppose une formation des enseignantEs au travail en équipe (organisation coopérative de l’école, gestion des conflits…).

Dans cette optique, il est indispensable :
- de renforcer notre combat antihiérarchique. Cela passe par l’explication de ce que l’on veut atteindre et par le soutien aux équipes et collectifs qui vont dans ce sens,
- de redire que le fonctionnement collégial existe et qu’il est possible de le faire vivre,
- de mettre en œuvre une campagne de sensibilisation contre les EPEP, le renforcement des hiérarchies et la mise en avant d’alternatives comme la direction collégiale ou coopérative,
- d’engager ce débat à tous les niveaux de l’école, également dans le second degré et à l’université.

Il est également indispensable d’engager ce débat à tous les niveaux de l’école, dans le second degré et à l’université.

En effet, nous constatons que les mêmes choix politiques s’appliquent dans toute l’éducation, sous la forme d’attaques sectorielles destinées à empêcher une riposte globale. À tous les niveaux, ils prétendent calquer le fonctionnement des établissements sur le fonctionnement de l’entreprise : sous couvert d’autonomie, il s’agit de mettre en concurrence les établissements, les services et les personnels, en même temps que ces derniers sont de plus en plus écartés des prises de décision. Les lois et les règlements mettant en place cette autonomie fallacieuse institutionnalisent la précarité et la dérégulation afin de laisser aux directions une grande marge de manœuvre, avec une main d’œuvre plus précaire et flexible. L’aboutissement logique de cette politique est la disparition du statut de fonctionnaire.

Il convient de nous réapproprier la notion d’autonomie dans un sens collégial et démocratique, en accord avec des cadres et des statuts nationaux, et de l’inclure dans nos projets militants d’éducation.

Documents joints

Pour une direction collégiale des écoles - (...)
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