Pour une école ouverte à tout-es les élèves

mercredi 6 septembre 2017

Tout-es les enfants peuvent aller à l’école. L’idée est rarement contestée mais la chose devient plus complexe quand on envisage de scolariser tout-es les enfants dans les mêmes établissements. Les orientations actuelles pour « une école inclusive » interrogent les personnels, leurs pratiques, leur formation, leurs joies, leurs peines. Elles doivent aussi interroger les syndicalistes sur ce que peut signifier un droit réel à l’école pour toutes et tous, sur les revendications à construire et les campagnes à mener pour y parvenir.

Quand l’école était normale mais pas pour tout le monde

Dès ses débuts, l’École publique n’était pas une école pour tout-es les enfants. En ville, elle concernait les enfants « normaux ». L’enfant « arriéré-e » était cantonné-e au lieu de l’arriération, l’asile, et par conséquent soustrait-e à l’obligation scolaire. À la campagne, le modèle de la classe unique ou de l’école à deux classes (école de filles, école de garçons) dominait et des élèves forts différent-es pouvaient être accueilli-es. Là, l’hétérogénéité des classes était une évidence. L’exclusion était moindre même si la stigmatisation était bien réelle. En 1910, l’administration crée des classes de perfectionnement, à la demande de la psychologie naissante. Elles se maintiendront 70 ans pour tenter de traiter la grande difficulté scolaire.

Des établissements spécialisés avec des écoles séparées

La loi de 1975 va pour la première fois généraliser l’éducation des enfants handicapé-es. La généralisation de la scolarisation viendra bien plus tard, à partir des structures IME/IMPro qui se multiplient dans les années 70. Dans ces établissements, on prépare à la vie professionnelle en Centre d’aide par le travail (CAT). Les « inéducables », nombreux-ses, n’ont pas d’enseignement et font l’objet d’une « éducation spécialisée ». Le futur en CAT va dicter les contenus de cette éducation spécialisée et ce qui doit être enseigné à ces élèves particulier-es, quand on juge pertinent d’en faire des élèves. Par l’activisme des associations de parents, des écoles puis des collèges s’ouvrent à certain-es de ces élèves. On parle alors d’intégration.

Les Clis et la logique d’intégration

En 1992, les Clis (classes d’intégration scolaire) remplacent les classes de perfectionnement. On sort des élèves des classes de perfectionnement pour les mettre plus souvent dans les classes ordinaires et on va faire entrer dans l’école des enfants qui étaient jusqu’alors scolarisé-es en établissement. Par glissements successifs on va scolariser en établissement des enfants jusqu’alors non scolarisé-es. À cette transformation, les enseignant-es des écoles vont plutôt adhérer. Cette logique va s’étendre également aux collèges et dans certains lycées professionnels. Ce processus d’intégration va faire débat dans les établissements spécialisés et chez les professionnels concerné-es (éducateur-trices spécialisé-es, chef-fes de services, enseignant-es spécialisé-es, psychologues, psychiatres). Les établissements spécialisés vont ainsi participer de manières différenciées à un processus qui inquiète autant qu’il interroge les identités professionnelles.
Dans les écoles et les collèges, les enseignant-es spécialisé-es de ces classes vont devoir faire exister des processus d’intégration scolaire (des enfants à un moment de la journée dans des classes ordinaires, des projets entre des classes de l’école ou du collège et tout ou partie de la Clis etc.). Des enseignant-es du secondaire vont également s’impliquer dans ces montages pédagogiques. Les réalités vont être très différentes d’une école à une autre, elles vont également être très différentes d’un département à un autre suivant le dynamisme institutionnel, professionnel, syndical et associatif.
La loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées va accélérer ce processus de scolarisation en milieu scolaire ordinaire.

Vers l’école inclusive

Aujourd’hui le ministère parle d’école inclusive et les Clis sont devenues des Unités localisées d’inclusion scolaire (Ulis). L’école inclusive : une école qui s’adapte aux besoins éducatifs particuliers des élèves. Dit comme cela, c’est un changement de paradigme. Nous sortirions de la « normalisation » pour entrer dans un processus pratique qui relève de l’égalité. L’école inclusive mettrait ainsi en jeu des publics scolaires plus larges que les seul-es élèves en situation de handicap. On reconnaît d’abord l’humanité et donc l’égalité et c’est ensuite aux institutions d’envisager pour elles-mêmes l’adaptation aux différences. Cette visée humaniste peut être considérée comme un pas important vers une revendication fondamentale de Sud éducation : l’école pour tout-es.
Remettre les élèves porteurs de déficiences ou en forts troubles du comportement dans des catégories plus larges est certainement satisfaisant sur le plan intellectuel, il reste que les difficultés pointées par les enseignant-es face à ces catégories d’élèves « pas ordinaires » sont bien réelles. Pour nous, il n’est pas question de condamner cette conception inclusive de l’école pour surfer syndicalement sur les douleurs réelles de nombre de personnels.
Il n’est pas question de prétendre que ces élèves, pas faciles à prendre en charge, seraient mieux à « leur place » en établissement spécialisé, tout simplement parce que nous ne le pensons pas et que pour la plupart de ces enfants ce n’est pas vrai. Pendant longtemps, ces élèves ont été scolarisé-es entre elles/eux dans des structures différentes sans que jamais soit faite la démonstration que c’était mieux pour elles/eux. On considérait surtout que c’était mieux pour les autres de ne pas être perturbé-es par ces « trop mal apprenant-es ».

Les personnels, seuls face aux contradictions du système

Dans les instances paritaires, l’administration n’hésite pas à parler de nouveau paradigme ou de révolution culturelle lorsqu’elle évoque les questions liées à « l’école inclusive ». Là on se félicite du nombre croissant d’élèves en situation de handicap scolarisé-es en milieu ordinaire. Le reste semble vraiment secondaire.
Nous, syndicalistes, voulons dénoncer le fait que ce nouveau paradigme scolaire se construise sur la multiplication de l’emploi précaire quand l’administration nous parle de nouveaux métiers. Il ne s’agit pas de dénoncer l’école inclusive au nom de la précarité mais de dénoncer la précarité comme entrave à une réelle école inclusive. À nouveau métier, vraie formation, vrai statut, véritable salaire.
Pour réussir ce pas vers une école égalitaire, il faut absolument réduire les effectifs d’élèves dans les classes, sous peine de voir se réduire les bonnes volontés et les équipes pédagogiques se déchirer face aux inconséquences de l’administration.Réussir l’école inclusive c’est réduire le nombre d’élèves dans chaque classe.
Réussir l’école inclusive c’est aussi permettre aux personnels, dans leur diversité, de pouvoir échanger sur leurs pratiques. Cela passe par la remise en place d’une véritable formation continue sur le temps de service, c’est-à-dire tout autre chose que quelques conférences le soir, après la classe, ou seul-e face à son écran d’ordinateur.
Bien au-delà du handicap, l’école inclusive est un moyen de repenser l’école pour qu’elle devienne réellement démocratique et égalitaire.

Sud éducation Puy-de-Dôme/Allier