Pour une pédagogie débarrassée de la domination masculine

Sud éducation Créteil
jeudi 8 janvier 2015

Si l’école est présentée comme « fille et servante du capitalisme » (Freinet) par les pédagogues animé-es d’un projet de transformation sociale, sa participation au système de domination masculine est, elle, souvent mise de côté ou minimisée. Petites filles effacées, univers très orientés et hiérarchisés pour la fille et le garçon (le rose, le bleu n’en sont que les symboles), culture sportive chez les garçons, violence des garçons, langage où le masculin l’emporte et valorisation des compétences masculines, orientations scolaires marquées par le genre (bac pro coiffure, terminale S), c’est toujours la « salle des maîtres » alors que 85% des collègues sont des femmes etc…

Autant d’indices qui montrent que l’école crée des rôles et surtout les hiérarchise

Les échanges entre enseignant-es sont vifs lorsqu’on aborde la question du sexisme à l’école et que l’on interroge nos positions, à savoir si on le perpétue ou non. En tant qu’enseignant-es, on n’est pas exempt-es de ces rapports de domination, qu’on les subisse (filles, travailleuses de l’Éducation nationale)…ou qu’on en retire des privilèges (garçons, travailleurs de l’Éducation nationale), il est à noter que bien souvent l’on perpétue nous-mêmes ces inégalités (avec les enfants, les parents, les collègues).
En tant qu’enseignant-es, on ne peut se satisfaire d’une vision universelle de nos élèves : le groupe Enfants bien homogène d’un côté, le groupe Enseignant-es de l’autre. Cela reviendrait à masquer les inégalités et les rapports de domination qui opèrent notamment entre garçons et filles, hommes et femmes.
Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’un ensemble de discriminations, mais d’un système qui s’appuie sur l’éducation pour la reproduction de ses normes. Celui-ci prépare plus tard l’exploitation domestique des femmes (80% des tâches ménagères), les violences structurelles contre les femmes (allant des insultes au viol et au meurtre), et l’exploitation sentimentale (les femmes seraient en charge de toutes les activités qui relèveraient de l’attention à l’autre : garde des enfants malades, des personnes âgées).

À nous de couper l’herbe sous les pieds du sexisme !

Chercher à mettre en place une pratique égalitaire, non sexiste, et même anti-sexiste, ne peut s’arrêter à sa seule affirmation, ou à un vœu pieux. Se débarrasser du sexisme à l’école, que ce soit dans l’éducation ou les rapports entre collègues et élèves, nécessite des outils, ainsi qu’une réflexion et une vigilance constantes. Les outils présentés ne constituent en rien un catalogue des bonnes pratiques mais des pistes pour ouvrir à la réflexion afin de construire l’émancipation de toutes et tous, débarrassée de la domination masculine :
• Dans le langage oral et écrit (qui conditionne nos façons de penser), visibiliser le féminin : utiliser la féminisation des termes (enseignant-e) ou la répétition des termes (enseignantes et enseignants), des formes neutres (les personnes qui enseignent) ;
• mettre en place des activités interrogeant les catégories de genre (étude de littérature non sexiste, réflexion sur les stéréotypes dans la pub, les catalogues de jeux, débats philo..) ;
• s’enregistrer pour analyser ses pratiques de classe et avoir une grille de lecture filles/garçons ;
• utiliser le conseil de classe pour faire naître les réflexions autour des inégalités ou des préjugés entre filles et garçons, de la répartition des rôles ;
• dans la prise de parole, interroger alternativement fille/garçon ;
• en sport : faire aussi bien de la danse que du foot pour tou-tes, et être vigilant-es à l’éducation sportive des filles ;
• mettre en place des garderies (sinon les enseignantes sont moins présentes aux réunions).