Pour une remobilisation du monde du travail

Texte adopté lors du 7ème congrès de la fédération SUD éducation
lundi 29 août 2016

I. Quelles perspectives syndicales ?

I.1 Face à une offensive du patronat contre l’en sem ble des droits des travailleurs/euses, prendre la mesure de la situation

Les difficultés économique, financière, écologique et sociale s’entremêlent et s’autoalimentent. Les effets globaux du capitalisme montrent l’impasse d’un développement capitaliste et productiviste basé sur un partage de plus en plus inégal de la richesse produite, la dérégulation financière, le libre-échange et le mépris des impératifs écologiques.
Au cours des quatre dernières décennies, le patronat, accompagné par les gouvernements, a mené une offensive particulièrement violente contre les travailleur-se-s. D’une part, il lui fallait remettre en cause un rapport de forces issu de l’après-guerre qui avait permis aux salarié-e-s de gagner certains acquis sociaux. D’autre part, il s’agissait de modifier la distribution des gains de productivité afin d’augmenter la part des profits et de réduire celle des revenus du travail. Force est de reconnaître que, sur ces deux plans, son attaque a été un succès.
Ce qui se joue actuellement n’est qu’une nouvelle phase de cette attaque. Les mesures d’austérité, menées au nom d’une crise que les contradictions internes du capitalisme ont provoquée et au nom du remboursement de la dette publique pour laquelle les travailleurs/euses n’ont aucune responsabilité, permettent à la classe dirigeante de renforcer ses positions. SUD éducation et Solidaires ont pris position contre le paiement de cette dette par laquelle le capitalisme financier fait payer deux fois la facture de sa propre crise au monde du travail. L’augmentation des inégalités, l’aggravation des conditions de travail, la précarisation des emplois, la disparition de pans entiers des services publics ont déjà représenté le prix à payer des reculs précédents. Cette politique de régression s’exerce aussi dans tous les domaines où l’idéologie réactionnaire et productiviste est assumée par tout ou partie des « élites » au pouvoir : sans-papiers et demandeurs/euses d’asile, luttes environnementales, école, mondialisation, culture, genres.
Nous sommes dans une phase historique où l’ensemble des droits sociaux et des solidarités sont attaqués, selon des rythmes et des modalités diverses, mais avec la même constance. Ailleurs en Europe, là où les politiques d’austérité sont les plus brutales, des résistances importantes existent, mais elles n’ont pour le moment pas débouché sur des victoires sociales. En France, la succession des défaites et des contre-réformes et l’absence durable de mobilisation d’ensemble suffisamment puissante pour imposer de nouveaux droits marquent un rapport de force défavorable au monde du travail.
Sans modification des rapports de force par les luttes, les prochains mois et les prochaines années verront une accélération quantitative et qualitative des contre-réformes. Les porte-paroles de l’idéologie dominante annoncent déjà la suite. Sur fond de mobilisations patronales illustrant (s’il en était besoin) l’actualité et l’intensité de la lutte de classes, ils mettent en place des « réformes de structure ». Au nom de l’impérieuse exigence de compétitivité et de la nécessaire « modernisation » de l’économie, ils réclament l’accélération du démantèlement des droits et protections des travailleurs/euses :
• Un « assouplissement » du droit du travail dont l’objectif est d’abord la disparition du CDI, remplacé par un 140 contrat de travail précaire unique, mais aussi la disparition de toutes les garanties prévues par le Code du travail. Les exemples étrangers (contrat zéro heure en Grande-Bretagne ou mini jobs en Allemagne) devenant la référence ;
• un allongement du temps de travail, qu’il soit hebdomadaire (39h pour tous), annuel (suppression des jours de congés) ou portant sur la durée de la vie active (nombre d’années nécessaires et âge de départ à la retraite), ainsi qu’une intensifcation du travail et de la productivité horaire.
• une politique de l’emploi consistant à « flexibiliser » un marché du travail présenté comme trop rigide, en déréglementant les licenciements et en réduisant les indemnités et les droits des chômeurs/euses ;
• des coupes drastiques dans les budgets publics, des collectivités territoriales et de la Sécurité Sociale, un statut de la Fonction publique réservé aux administrations régaliennes, une externalisation des services publics vers le secteur privé et une amputation des prestations sociales.

I.2. Face aux politiques néolibérales, affirmer un syndicalisme de lutte et de transformation sociale

Cette situation d’ensemble n’est pas le fruit du hasard ou de « mauvais choix » politiques. Le mode de production capitaliste exige un mouvement continu d’accumulation du capital alimenté par une pression constante exercée sur les salaires. Il se nourrit de l’exploitation de la force du travail et des inégalités. Pour nous il ne s’agit donc pas seulement de dénoncer une idéologie (le néo-libéralisme), la politique qui s’en inspire (les déréglementations), ou une forme illusoire de régulation qu’elle prône (le marché), mais un mode de production, de répartition, et de consommation : le capitalisme. SUD éducation doit s’inscrire dans un combat général pour que, des luttes, sorte une alternative sociale, économique, politique et écologique dont l’essentiel reste à inventer. Il n’y a pas d’autre solution. L’action d’un syndicat de lutte ne doit pas seulement viser à rendre un système inique moins injuste, mais à le détruire. Notre tâche générale dans la période actuelle est donc d’articuler des luttes pour les revendications immédiates avec la mise à l’ordre du jour de la perspective d’une alternative d’ensemble. Car l’affirmation de revendications immédiates, aussi urgentes et nécessaires soient-elles, ne suffit pas. SUD éducation se veut syndicat de transformation sociale, cela implique de mener une réflexion (en particulier dans Solidaires) sur un projet d’alternative globale, qui passe par la socialisation et l’autogestion des moyens de production et d’échange, et qui seul pourra donner force et sens à nos combats partiels. Elle est ainsi la condition nécessaire à la remobilisation du monde du travail. Car c’est seulement avec un rapport de force issu d’une mobilisation générale massive que des changements pourront avoir lieu.
C’est dans cette perspective articulant l’immédiat et l’alternative globale que s’inscrivent nos revendications pour le service public d’éducation et ses travailleurs/euses, pour une autre école, une autre université, une autre recherche.
La crise de légitimité du capitalisme et de son système de gestion politique peut rendre les propositions vers un tel projet alternatif plus audibles. Il faut ainsi le réaffirmer avec force : nous ne sommes pas condamné-e-s aux régressions sans fin, le capitalisme n’est pas l’horizon ultime de l’organisation sociale.
Des événements survenus au cours des trois dernières années, nous pouvons tirer aujourd’hui quelques enseignements. Les politiques d’austérité n’ont fait qu’aggraver chômage, précarité, pauvreté et inégalités. Les gouvernements se succèdent, sans que leur action politique ne sorte jamais du cadre de la société capitaliste : le gouvernement actuel et sa majorité parlementaire ne dérogent pas à cette règle. Ils ont, depuis 2012, confirmé par leurs politiques une orientation résolument néo-libérale. Les politiques antisociales, leur effets sur l’emploi et le niveau de vie, ont provoqué désillusions et découragement, générant pour beaucoup un repli individualiste accentuant la désyndicalisation et le scepticisme à l’égard de l’action collective et, pour certain-e-s, la tentation de chercher des réponses dans les discours portés par l’extrême droite.
La clarté des politiques néolibérales menées par un gouvernement qui se prétend de gauche a cependant pour avantage d’effacer bien des illusions électoralistes. Plus personne ne peut penser sérieusement qu’il suffira de « bien voter » lors des prochaines échéances électorales pour que ça change. Même si aujourd’hui cela semble plutôt mener à la résignation, cela ouvre aussi d’autres possibilités. Ainsi, le syndicalisme de lutte peut trouver dans cette situation un appui pour convaincre plus largement qu’aucune transformation sociale ne pourra avoir lieu sans des mobilisations massives, s’il trouve les moyens de cette conviction.

II. Paysage syndical, luttes et résistances

II.1. Des salarié-e-s en plein désarroi, un champ syndical dominé par l’accompagnement

Sur l’ANI (Accord National Interprofessionnel sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), le pacte de compétitivité, le pacte de responsabilité, sur les nouvelles contre-réformes des retraites…, bref, sur l’ensemble des politiques d’austérité, il n’y a pas eu réellement de mobilisation sociale.
Il y a sans doute à cela un mélange de désarroi et d’incrédulité, mais aussi de repli individualiste, de résignation, de sentiment d’impuissance ou de désespoir. Il y a sans doute également une part de victoire de l’idéologie du TINA (« There is no alternative » : il n’y a pas d’alternative), ressassée jusqu’à la nausée par l’ensemble des pouvoirs et des médias de masse. Depuis 2010 et la défaite sur les retraites la difficulté à mobiliser largement le monde du travail est patente. L’idée qu’il n’y a pas d’alternative possible aux reculs sociaux dictés par le libéralisme et la mondialisation est un mensonge qui fait recette. Combattre ce fatalisme doit être une des premières exigences d’un véritable syndicalisme de lutte.
Mais il y a sans doute également des responsabilités syndicales dans l’absence d’impulsion des luttes.
Lors des mobilisations des années précédentes, les organisations majoritaires jouaient plus souvent le rôle de frein que d’aiguillon. Ce fut encore pire depuis l’élection de François Hollande.
Cette attitude, nous avons trop tendance à l’expliquer par les trahisons successives des directions syndicales. C’est insuffisant. Certes, des tentatives de subornation existent. Les affaires des caisses noires de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) ou des emplois fictifs en sont des illustrations spectaculaires. Les derniers événements concernant la CGT le montrent également. De même, la fréquentation de cercles où se retrouvent grands patrons et pontes syndicaux crée des connivences douteuses. Mais on ne saurait réduire un phénomène aussi récurrent à la simple traduction de pratiques de corruption matérielle ou idéologique. L’essentiel est ailleurs.
L’attitude des syndicats majoritaires tient davantage au virage stratégique opéré pour certains dès les années 70 et négocié par toutes les autres depuis. À l’image de la plupart des organisations états-uniennes et européennes, elles ont choisi de répondre à l’offensive patronale non par l’affrontement mais par l’établissement d’une relation de partenariat avec le patronat et ses gouvernements. Cette relation partenariale a été encore accentuée avec un gouvernement « de gauche ». Considérant que les transformations structurelles du capitalisme sont inéluctables et que ce système socioéconomique est un horizon indépassable pour l’humanité, leur stratégie consiste alors à négocier des aménagements permettant d’en tempérer les effets les plus graves sur la condition des salarié-e-s. C’est en ce sens que l’on peut parler de syndicalisme d’accompagnement.
D’un côté, l’appareil syndical fonctionne comme un lobby auprès du patronat et des gouvernements, de l’autre comme un prestataire de services pour les salarié-e-s auprès desquels il se présente comme tel. À l a limite, un tel syndicalisme peut se passer d’adhérent-e-s, sa légitimité se gagnant à l’occasion des élections professionnelles. Pour lui, un éventuel appel à la grève ne sert qu’à peser pour obtenir l’ouvert ure de négociations. Toute une partie du monde syndical se vit ainsi comme un véritable corps social intermédiaire entre le patronat et les salarié-e-s. C’est de cela que découle l’utilisation croissante du terme de « partenaires sociaux » et les modifications de la représentativité syndicale.
Tous les syndicats ne sont évidemment pas engagés au même degré dans cette voie. La CFDT (pionnière) et l’UNSA sont les plus avancés. Mais FO, malgré ses postures de matamore, les suit de près. Les traditions et les modes de fonctionnement hérités de la FEN poussent la FSU dans ce sens malgré les réticences de ses minorités. Enfin, la direction confédérale de la CGT s’aligne de plus en plus sur la CFDT même si cela se heurte à des résistances et à une culture interne de la lutte des classes.
La co-appartenance de la CFDT, de la CFTC, de la CGT, de FO, de la FSU et de l’UNSA à la Confédération européenne des syndicats (CES), dont le moins que l’on puisse dire est qu’il se s’agit pas d’une organisat ion de lutte et de transformation, en dit long sur les convergence s profonde s entre les principales organisations syndicales françaises, malgré des postures et des orientations différentes.
Ce choix stratégique est cohérent. Il repose sur un non-dit. Pour eux, le mouvement ouvrier est historiquement défait. La conséquence à tirer est simple : on ne peut changer l’ordre établi.
Sur la dernière période, de fait, l’intersyndicale interprofessionnelle permanente n’existe plus.
CFDT, UNSA, CGC, CFTC n’ont ainsi bien entendu pas contesté les politiques libérales des gouvernements Hollande. Elles n’ont pas contesté la dernière contre-réforme des retraites, l’ANI, le pacte de responsabilité, etc. Dans l’éducation, le SGEN et le SE ont ouvertement soutenu la politique de refondation et ses divers avatars.
Au niveau interprofessionnel, la FSU s’aligne de manière très générale sur la CGT.
La direction de la CGT refuse de porter une critique suffisamment radicale de l’action du gouvernement PS auprès des salariés. De ce fait elle n’a jamais cherché à créer les conditions d’une mobilisation d’ensemble pour stopper les attaques et imposer par le rapport de force des alternatives.
Au nom d’un « syndicalisme rassemblé » avec des syndicats libéraux comme la CFDT, elle a préféré les actions symboliques 100% CGT à la construction unitaire des mobilisations avec les syndicats prêts à résister. Malgré les sollicitations de Solidaires, la CGT a refusé de tenir des réunions intersyndicales avec la FSU, Solidaires, et éventuellement FO.
FO a refusé les « réformes » sans proposer d’alternatives et privilégie souvent le discours d’affichage faisant la promotion de « Force ouvrière », au détriment de la construction unitaire des luttes. Pour nous, l’école, le service public, la société ont besoin de transformations profondes et des perspectives d’alternatives donnent force à nos luttes. Dans l’éducation, les positions « dures » de FO de refus des réformes s’accompagnent d’un refus égal de penser une autre école. Elles amalgament aussi une certaine contestation du libéralisme avec tous les conservatismes éducatifs et pédagogiques.
FO s’avère en réalité accompagner les politiques libérales. Par les modes de fonctionnement qu’elle propose (centralisés) et les modes d’action ("interpellation" du pouvoir et "grèves carrées" de 24 heures, sans jamais défendre la reconduction), FO ne favorise pas l’appropriation des luttes par les salarié-e-s et favorise au contraire les pratiques délégataires, tout en ne travaillant pas à construire l’affrontement global nécessaire. FO semble se satisfaire de prendre quelques points aux autres organisations syndicales et en particulier à la CGT.
L’Union syndicale Solidaires, quant à elle, n’a cessé de proposer de construire un rapport de force interprofessionnel et unitaire, malheureusement sans beaucoup d’effets étant donnés les rapports de force intersyndicaux actuels et nos capacités d’initiatives propres. La situation doit nous amener à questionner nos propres responsabilités, les campagnes, initiatives et propositions que nous portons auprès des salarié-e-s.

II.2. Dans l’éducation et l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), des luttes d’ensemble difficiles à développer

Les attaques menées aujourd’hui contre les salarié-e-s de l’Éducation nationale et de l’ESR s’inscrivent dans une offensive globale menée par les classes dirigeantes contre l’ensemble des travailleur-e-s, des retraité-e-s et des jeunes depuis plus de trente ans.
La politique dite « de refondation » s’inscrit dans la poursuite de l’adaptation de l’école aux conditions contemporaines du capitalisme, en promouvant une école du tri social, de la soumission aux intérêts des entreprises et des pouvoirs locaux : école du socle, territorialisation, attribution de moyens soumis à l’austérité budgétaire, logique managériale et dégradation des conditions de travail. Le discours sur la priorité à l’éducation ne peut pas faire illusion : les créations de postes annoncées ne seront pas réalisées, elles seraient de toute façon insuffisantes pour combler les suppressions massives de postes de la législature précédente et elles sont absorbées par le rétablissement d’une année de formation professionnelle et la hausse démographique.
Face à cette politique, force est de constater qu’il n’y a pas eu de riposte à la hauteur. Et là encore, il y a à l’origine de cet état de fait un mélange de manque de combativité des personnels et de responsabilités syndicales.
Le SGEN et l’UNSA ont soutenu sans faillir les différent-e-s ministres. La FSU a décidé de les accompagner en émettant des critiques essentiellement verbales, sans jamais créer les conditions pour que des luttes se développent. Elle et ses principaux syndicats se sont abstenus sur la loi d’orientation et de programmation comme sur les principales réformes statutaires. Simple addition de syndicats catégoriels, la FSU a été paralysée par les corporatismes, le SNUipp défendant une « priorité au primaire » alors que le SNES veut « revaloriser le second degré »… Fait révélateur, depuis l’élection de F. Hollande, la FSU n’a été à l’initiative d’aucun cadre unitaire significatif pour l’école publique et ses personnels. Quand l’organisation majoritaire dans un secteur refuse de construire des mobilisations, il est plus difficile qu’elles se développent. Ainsi, les budgets, les lois et décrets sont passés sans grands heurts.
Les résistances n’ont certes pas manqué, de nombreuses luttes locales ont eu lieu et ont encore lieu. Si on met à part la lutte sur les rythmes scolaires, il n’y a pas eu de mouvement d’ensemble à dimension nationale. Aucune mobilisation n’a été susceptible d’imposer des modifications des orientations définies par le ministère. Dans le cadre de ce rapport de force dégradé, les combats et résistances engagées les années précédentes ont tendance à s’étioler. La résistance à base- élèves et au livret personnel de compétences (LPC), toujours d’actualité, est par exemple en reflux. Les luttes sur la formation des stagiaires dans plusieurs académies portent essentiellement des revendications d’ adaptation de la formation, des affectations, des modalités de validation et d’entrée dans le métier, mais elles ne parviennent pas à remettre radicalement en cause les principes même sur lesquels s’organise la formation initiale. Les luttes locales sporadiques contre les mesures de carte scolaire et les dotations horaires globales insuffisantes n’ont pas convergé vers un mouvement de contestation du budget d’austérité.
La seule lutte importante qui ait eu lieu dans notre secteur a porté sur les rythmes scolaires. Cette réforme des rythmes scolaires accroît le rôle des collectivités locales et aggrave les inégalités territoriales Elle provoque une désorganisation du temps scolaire préjudiciable aux conditions de travail des personnels et aux conditions d’apprentissage des élèves, qui sont encore plus fatigués qu’avant ! Les nouveautés introduites par Benoît Hamont sont insuffisantes voire dangereuses puisqu’elles permettent l’annualisation des obligations de service. SUD éducation a voté contre le décret Peillon (Comité technique ministériel du 22 janvier 2013) comme contre le décret Hamon (Conseil supérieur de l’Éducation du 5 mai 2014). Surtout, SUD a été à l’origine des mobilisations de 2013 contre le décret, qui avaient permis le report de sa mise en œuvre à la rentrée 2014 pour la plupart des municipalités. Ces mobilisations importantes, leur échec, appellent sans doute un débat pour en faire le bilan et en tirer des enseignements.
Dès le début des travaux sur l’éducation prioritaire SUD éducation a souligné l’ambition insuffisante d’une politique toujours à moyens constants. Le redécoupage de la carte REP/REP+ habille rarement Pierre mais déshabille Paul : les mobilisations importantes sur la question de l’éducation prioritaire, contre la nouvelle carte et les sorties de REP ou les essentiellement des revendications d’adaptation de la formation, des affectations, des modalités de validation et d’entrée dans le métier, mais elles ne parviennent pas à remettre non entrées dans les REP+… ne se sont pas développées pour créer un rapport de force national.
L’enseignement supérieur et la recherche subissent de plein fouet les politiques néolibérales. En créant des COMUE, ensembles d’enseignement supérieur et de recherche hypertrophiés « compétitifs à l’échelle mondiale », mis en concurrence et gérés par une nouvelle super-bureaucratie, la loi Fioraso continue l’engagement dans le « Processus de Lisbonne » pour le grand marché de « l’économie de la connaissance », initié par le LMD, le « Pacte pour la Recherche » et la LRU. La concurrence entre universités, entre laboratoires, entre équipes, et la concurrence de tous contre tous s’installe sous l ’égide d’ une évaluation, purement quantitative et arbitraire, et d’une individualisation accrue des rémunérations. L’assèchement des crédits récurrents a profondément modifié le quotidien des laboratoires qui doivent se concentrer sur des projets à court terme (ANR, …), au détriment de la recherche. Cette course aux contrats génère une asphyxie bureaucratique due à la rédaction et l’évaluation des projets, et promeut le recours massif à l’emploi précaire. Conséquences pour les personnels, les étudiantes et étudiants : précarité, inégalités, souffrance au travail…
Face à cette situation, depuis 2009, il n’y a eu aucune riposte d’ampleur. Un contexte ouvrant des possibilités de mobilisation semble cependant peut-être voir le jour en ce moment, avec des universités mobilisées, des budgets contestés, l’initiative Sciences En Marche…

II.3. Des mobilisations hors des cadres strictement syndicaux

Le changement de personnel politique n’a pas eu des effets uniquement sur les organisations syndicales, toute une partie du mouvement social et associatif a elle aussi baissé les bras. Par exemple, la proposition de SUD éducation, lancée juste après les élections présidentielle et législatives, d’une manifestation nationale pour la régularisation de tou-te-s les sans-papiers est restée lettre morte, sans trouver de réel appui parmi nos partenaires dans le soutien aux sans- papiers. La solidarité concrète existe heureusement, mais aucune mobilisation d’ensemble n’a été construite, ne serait-ce que sur ce sujet, pour faire plier un gouvernement dont la politique, sur ce terrain aussi, s’inscrit dans une pleine continuité avec les précédentes. Les mobilisations lycéennes et étudiantes contre les expulsions de leurs camarades ont par moment été puissantes, et le pouvoir en a eu peur. Mais les principales organisations n’ont pas agi pour en faire un point d’appui dans la construction d’un rapport de force global.
De la même manière, à part des vagues ponctuelles d’indignation suite à des drames ou à des actes particulièrement choquants qui vont malheureusement jusqu’au meurtre (Rémi Fraisse ou les nombreux jeunes de banlieue tués par la police dans des circonstances souvent plus que douteuses), il n’y a pas de véritable riposte antiraciste ou contre les violences policières.
Les initiatives unitaires antifascistes n’ont pas donné lieu pour le moment à un mouvement large et populaire. Après que notre camarade Clément Méric a été tué par des militants d’extrême droite, des cadres unitaires se sont créés. Des initiatives et une campagne intersyndicales ont également été lancées. Une manifestation nationale antifasciste à l’occasion du congrès du FN à Lyon a été organisée. Cependant, les différences d’approches et de tactiques, la faiblesse des collectifs antifascistes existants et le refus de « grosses » organisations de se lancer pleinement dans la bataille n’ont pas permis aujourd’hui que des campagnes et des mobilisations de masse puissent réellement voir le jour.
L’opposition de la droite traditionaliste et de l’extrême droite à l’instauration du droit au mariage pour tous les couples a suscité des mobilisations quantitativement importantes en sa défense. Mais les reculs du gouvernement, la faiblesse et les divisions des mouvements féministes et LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transexuel-le-s, queers, intersexes) n’ont pas permis d’aller au-delà de ce mouvement en défense de cette seule loi. Ainsi, lorsque le mouvement des Journées de Retrait de l’École a attaqué les ABCD de l’égalité, le gouvernement a préféré céder, et les efforts de SUD éducation pour créer un rapport de force sur cette question n’ont pas reçu là non plus beaucoup de soutien réel. À l’arrivée, c’est une bataille perdue car le nouveau plan ministériel pour l’égalité entre filles et garçon est très pauvre et lacunaire.
Les attentats de Paris ont servi de prétexte à la recrudescence de la répression et à des atteintes aux libertés ; le pouvoir s’est appuyé sur les mobilisations qui ont suivi pour légitimer ces atteintes.
Les difficultés à construire des mobilisations intersyndicales interprofessionnelles n’ont pas empêché des résistances d’exister, dans des cadres associant des syndicats et d’autres types d’organisations, ou contournant largement les cadres organisés du mouvement ouvrier et des associations habituelles.
Il y a bien eu, même si ce ne fût pas à l’initiative des organisations syndicales, des manifestations contre l’austérité. La difficulté pour le mouvement syndical est que l’initiative en a été prise par des organisations politiques (Front de gauche, NPA, Alternative Libertaire…). Parce que nous en partagions largement les mots d’ordres : « contre l’austérité pour l’égalité et le partage des richesses. Nous n’en pouvons plus de voir la droite et l’extrême-droite battre le pavé avec leurs cortèges de haine de l’autre, d’intolérance, de racisme, de sexisme, d’homophobie et d’intégrisme », SUD éducation a ainsi choisi de participer à la manifestation du 12 avril 2014. Cependant, il a ensuite été décidé de ne pas participer au collectif permanent AAA « Pour une Alternative A l’Austérité » issu de cette manifestation, face à l’incapacité de ce cadre à soutenir les mobilisations existantes, à sa volonté de poser des dates de manifestations séparées en week-end, et au risque de voir engager associations et syndicats dans des perspectives électoralistes alors que c’est le rapport de force par les luttes qui permettra de changer la donne.
Solidaires est partie prenante de la mobilisation contre le projet de traité transatlantique, caractéristique des politiques de libre échange visant à casser l’ensemble des normes protectrices pour les travailleurs/euses et l’environnement au bénéfice des multinationales et de leurs actionnaires. Des cadres unitaires larges anti-TAFTA donnent lieu, dans beaucoup de localités, à une mobilisation de longue durée, parfois de basse intensité, mais marquant des points dans l’opinion pour mettre en lumière le monde qu’on nous prépare. Cette bataille doit être poursuivie et amplifiée, dans les cadres unitaires les plus larges possibles. Participant d’un mouvement global de résistance et de remise en cause de l’ordre actuel des choses, le syndicalisme de transformation sociale y a toute sa place.
Ces dernières années ont également vu émerger ou se développer des résistances originales, principalement contre les grands projets inutiles et imposés. Parmi les plus emblématiques figurent les résistances à l’aéroport de Notre-Dame- Des-Landes et au barrage du Testet. Dans les deux cas, ces luttes se mènent dans une articulation, pas toujours facile, entre, d’une part, des cadres relativement classiques regroupant des associations locales (d’habitant-e-s immédiatement concernées dans leur logement, leurs conditions de vie et de travail) et des organisations traditionnelles (des mouvements syndicaux, démocratiques ou écologistes) et, d’autre part, des militant-e-s développant des Zones A Défendre (ZAD) par l’occupation physique des espaces menacés et l’opposition matérielle aux projets de construction destructrice. Ces luttes mettent en lumière l’intrication du productivisme et du capitalisme, qui n’a que faire de l’environnement, des êtres humains et de la démocratie. La répétition de ces résistances actives a créé un rapport de force qui rend plus difficile le développement de nouveaux projets de ce type. Les expériences de combat et d’autogestion qui s’y déploient sont utiles et formatrices. Pour toutes ses raisons, SUD éducation et Solidaires soutiennent légitimement ces luttes et en sont parties prenantes. Par leur forme d’action, d’autogestion sans organisation constituée, par leur victoire – au moins temporaire (il n’y en a pas tant !), elles peuvent questionner les formes traditionnelles du mouvement social et le syndicalisme. Pourtant, si elles permettent des victoires ponctuelles, il s’agit encore de luttes défensives.
Parce qu’il n’y aura pas de transformation sociale sans affrontement global avec les classes dominantes, parce que le rapport de force entre capital et travail est déterminant, parce que le syndicat est l’instrument par excellence de la lutte des classes, en ce qu’il permet de rassembler les travailleurs/euses à partir de leur lieux de travail dans un cadre de mobilisation interprofessionnel, il y a plus que jamais nécessité de développer le syndicalisme de lutte et de transformation sociale.

III. Nos priorités pour changer les rapports de force

Le syndicalisme de lutte se trouve aujourd’hui, comme hier en opposition aux politiques de régression sur le plan économique et social et budgétaire, a l’égard des sans-papiers, demandeurs/euses d’asile, et plus largement sur le racisme, comme sur les droits des femmes et des LGBTQI (lesbiennes, gays, bisexuel-le-s, transexuel-le-s, queers, intersexes), sur les droits et libertés publiques sur la répression et sur l’écologie.
Assumer ce positionnement sur le plan syndical oblige à reconstruire des mouvements collectifs de revendications. Il nous faut établir des revendications qui permettent de lutter et de rassembler des forces plus larges que simplement les militant-e-s de SUD éducation et de Solidaires. Pour cela il faut privilégier la rencontre intercatégorielle avec les personnels pour impulser des débats et aider sur le terrain les résistances collectives.
Dans le même temps il faut tenter de préciser nos revendications à moyen termes, de faire les campagnes nécessaires pour les faire connaître.
L’heure est donc à la reconstruction d’une opposition syndicale face au libéralisme du gouvernement actuel et face aux orientations de destruction sociale de la commission européenne. La question pour le syndicalisme de lutte est donc de promouvoir des revendications qui puissent unir les salarié-e-s dans des luttes réelles, et cela dans des cadres larges où les revendications de SUD éducation ne sont pas nécessairement majoritaires.
Au moment où les départs en retraite sont à un haut niveau dans les franges militantes il est également nécessaire de renforcer et de former nos équipes militantes, de développer nos syndicats.

III.1. Nos campagnes et revendications immédiates

Nos revendications pour le service public d’éducation et ses travailleurs/euses, pour une autre école, une autre université, une autre recherche, s’appuient sur une critique globale de la casse des positions salariales acquises par des décennies de luttes et s’inscrivent dans la perspective d’une alternative globale, qui passe par la socialisation des moyens de production et l’autogestion généralisée de la société.

III.1.1. Contre l’austérité, défendre l’école et le service public d’éducation

L’austérité, on la paie au quotidien. La réalité de l’austérité dans l’éducation, c’est la hausse du nombre d’élèves par classe, la remise en cause des projets, des dédoublements dans le second degré. La réalité de l’austérité, c’est la promesse de réformes, comme celle de l’éducation prioritaire, qui finissent par se faire à moyens constants, c’est-à-dire en prenant de l’argent au sein de l’éducation nationale pour “faire mieux” sans donner plus de moyens. La réalité de l’austérité, c’est le transfert d’une partie du temps scolaire aux collectivités territoriales, prélude à un désengagement de l’Etat en la matière : la réforme des rythmes, répétons-le, c’est avant tout la territorialisation de l’éducation nationale comme moyen de démantèlement du service public d’éducation.
L’austérité, on nous la présente comme incontournable, comme correspondant à des objectifs techniques inéluctables et finalement incompréhensibles : réduction des déficits à moins de 3%, maîtrise de la dette et de l’inflation. Les recettes néolibérales, on essaie de nous les faire avaler en nous expliquant qu’elles vont permettre de renouer avec la croissance et d’inverser la courbe du chômage. Mais force est de constater que depuis plus de trois décennies que ces choix sont hégémoniques, les inégalités n’ont fait qu’augmenter. Et pour cause, elles sont faites pour cela : imposer une répartition des richesses favorable aux patrons et aux actionnaires, les uns augmentant leurs marges et les autres leurs dividendes. L’austérité est une politique de classe visant à accroître les profits du capital au détriment du travail. Et ces dogmes au service des plus riches, c’est nous qui les payons dans nos conditions de travail, et nos élèves dans leurs conditions d’apprentissages.
La défense du service public et en particulier celui de l’éducation. L’un des axes prioritaires des plans d’austérité sera de s’en prendre aux dépenses de fonctionnement et d’investissement des administrations publiques. La défense du service public est donc plus que jamais à l’ordre du jour. Ceci ne signifie pas qu’il faille s’en tenir à la simple défense de l’existant. C’est pourtant trop souvent ce qui se passe dans le domaine scolaire, où la défense d’une prétendue « école républicaine » est, pour certaines organisations syndicales, devenue une fin en soi. Car la question des services publics n’est pas seulement budgétaire.
Dans le domaine scolaire par exemple, si nous devons refuser une logique comptable faisant de la réduction des coûts le premier critère de gestion, si nous devons lui opposer une autre logique dont la priorité serait la satisfaction des besoins collectifs, nous ne devons pas renoncer à remettre en cause une école socialement inégalitaire, porteuse de discriminations de genre et racistes. Nous ne devons pas abandonner non plus la critique de l’organisation hiérarchique des services publics pour lui opposer une alternative autogestionnaire. De même, la promotion des pédagogies émancipatrices est une dimension essentielle d’un projet d’école émancipatrice. Nous devons donc livrer deux batailles parallèles : pour le maintien du service public mais aussi pour une autre école.
Cette approche est tout aussi valable pour l’Enseignement supérieur et la recherche. Notre vision de l’enseignement et de la recherche n’est pas de conditionner les étudiant es et les étudiants à accepter l’idée que la vie ne sert qu’à produire et consommer. Nous refusons l’asphyxie budgétaire et la marchandisation, et nous défendons bien au contraire l’idée d’une Université et d’une Recherche émancipatrices permettant l’accès de toutes et tous aux savoirs et aux résultats de la recherche : leur mission principale doit rester de produire et de diffuser les savoirs et leurs critiques. L’instauration d’un salaire socialisé pour toutes et tous dès l’âge de la fin de la scolarité obligatoire est une projection que nous partageons mais elle reste une revendication lointaine. Il nous faut travailler à des revendications intermédiaires qui permettent aux jeunes issus des classes populaires d’engager et de suivre des études supérieures.
L’extension de leurs domaines et leur accès gratuit doit être une revendication prioritaire. Nous voulons interroger le périmètre et les finalités des services publics, c’est la question de l’égalité des droits qui est en jeu dans leur développement.
Un des axes majeurs de la lutte pour des moyens dans l’éducation est la baisse des effectifs par classe. La baisse des effectifs par classe est un enjeu majeur pour les conditions de travail des personnels comme pour les conditions d’apprentissage des élèves. Les personnels ne s’y sont pas trompés au cours de multiples luttes locales, ces dernières années ; pour la défense des dotations horaires globales dans les collèges et lycées, ou contre les fermetures de classes dans les écoles élémentaires et maternelles, ou encore pour le maintien de leur établissement ou école dans le dispositif d’éducation prioritaire. Des effectifs par classe trop élevés, c’est la garantie de laisser un grand nombre d’élèves de côté, donc favoriser la reproduction scolaire en empêchant les plus fragiles de s’investir dans les activités, et in fine le sentiment pour les personnels de ne pas faire leur travail correctement. La baisse des effectifs par classe, c’est une condition - nécessaire même si non suffisante - pour développer les pédagogies coopératives dont la visée serait l’émancipation individuelle et collective contre la sélection et la reproduction qui s’effectuent de fait dans des classes surchargées.

III.1.2 Contre le libéralisme et le management, construire des alternatives

S’opposer aux nouvelles pratiques managériales issues du privé. Non que les pratiques hiérarchiques eussent été plus souples et positives « avant ». Mais néanmoins, la période est marquée dans notre champ de syndicalisation par le « Nouveau management public », dont l’objectif est d’obtenir plus d’efficience de la part des salarié-e-s – et donc plus d’obéissance. Ainsi, en 2012, la Cour des comptes publiait son rapport « Gérer les enseignants autrement », qui mettait les dysfonctionnements supposés du corps enseignants sur le compte de l’absence de perspectives de carrière. Au bâton de l’inspection et de la notation – qu’il s’agit de continuer de dénoncer avec force, s’ajoute la carotte de la reconnaissance institutionnelle par la logique de projet, et donc de concurrence pour les financements de pratiques professionnelles et la multiplication des hiérarchies intermédiaires et des reconnaissances symboliques du « dynamisme » de certains collègues (coordinateurs de disciplines, membres du conseil pédagogiques, professeurs référents, coordinateurs réseaux…). Il s’agit bien, pour l’institution, d’individualiser les carrières, d’introduire de la concurrence pour améliorer les résult ats du servi ce public. Cette évolution engendre beaucoup de tension au sein des équipes, de frustration pour les collègues, de renforcement du favoritisme des chefs et, au final, de souffrance au travail pour l’ensemble des personnels. SUD éducation condamne cette évolution avec force et s’y opposer, sur les lieux de travail et au quotidien, est bien une priorité syndicale.
S’opposer plus que jamais au socle commun de compétences, qui est de plus en plus hégémonique dans les enseignements. Les finalités de l’école sont de plus en plus orientées vers les exigences du patronat. Le monde de l’entreprise devient la norme pour la gestion des personnels du service public d’éducation, mais aussi la finalité des apprentissages pour les élèves. Le socle commun a été remodelé, ce qui ne change pas sa logique de fond, issue de l’ERT et des préconisations de l’OCDE : l’adaptation de l’école aux exigences du patronat. L’objectif est que les élèves des classes populaires, les plus susceptibles de quitter l’école à l’âge minimal réglementaire, soient « employables » rapidement, en ayant validé des minima en terme de connaissances (lire, écrire, compter) et en terme d’attitude (esprit d’initiative, comprendre et exécuter des consignes). A l’échelle de l’organisation du système éducatif (remise en cause de la séparation école/collègue, collège modulaire), comme à celle du contenu des enseignements obligatoires (nouveaux programmes), l’ « école du socle » mise en place par la loi Fillon de 2005 devient plus que jamais hégémonique : l’objectif étant de rendre plus difficile la focalisation de la résistance à cette évolution sur tel ou tel dispositif, comme au LPC dans son ancienne version. SUD éducation s’oppose plus que jamais à l’école du socle et à tout objectif d’adaptation des objectifs de l’école au monde de l’entreprise.
Face à ces évolutions, la nécessité d’alternatives autogestionnaires, et donc la critique du système hiérarchique, pour la société en général et dans le service public d’éducation. Il n’y aura pas de démocratie réelle tant que les décisions principales dépendront de la propriété privée. Il faut cependant insister sur la distinction entre la simple nationalisation (où les décisions sont prises par l’Etat) et la véritable socialisation (où les décisions ne sont plus prises par l’Etat mais par des conseils auto-gestionnaires regroupant usagers et personnels). Si nous voulons porter une alternative sociale, les questions de la socialisation et de la démocratisation des moyens de production et d’échange, des services publics et de la sécurité sociale doivent revenir au cœur des discussions. Cela suppose un travail d’explication pour rendre ces propositions accessibles et compréhensibles le plus largement possible. Cela suppose également le développement et la popularisation des pratiques coopératives et égalitaires y compris dans les écoles, établissements et services.
Sur la socialisation comme sur l’autogestion, il nous faut chercher les modalités, à partir de la situation matérielle et idéologique de nos collègues, de leur conditions de vie et de travail, de leurs préoccupations quotidiennes, pour leur présenter ces alternatives af i n qu’elles ne leur apparaissent pas dogmatiques ou irréalistes. Cela suppose de réfléchir à l’adaptation de nos expressions et à l’articulation de nos revendications immédiates avec ce projet de société, et de réfléchir aux moyens d’amener les collègues vers une expérience immédiate de l’autogestion par exemple – même partielle.
Promouvoir la réflexion pédagogique : un syndicalisme de transformation sociale et égalitaire ne peut faire l’impasse sur une réflexion sur les relations enseignant-e-s/enseigné-e-s, sur les méthodes d’apprentissage et de transmission des connaissances, sur le fonctionnement général des relations sociales dans les écoles et les établissements, sur les modes d’évaluation, l’organisation du temps scolaire, sur les objectifs même de l’école, sur les contenus et les programmes. Cela suppose également le développement et la popularisation des pratiques coopératives et égalitaires. Il est indispensable de promouvoir ces pratiques dans la gestion des écoles, établissements et services, de rendre compte et de populariser ces pratiques quand elles existent. Parce que nous voulons privilégier l’éducation par l’échange au sein du collectif qu’est la classe, l’enseignement mutuel, le développement de l’esprit critique, la construction patiente d’une pensée autonome chez les élèves, la conviction et le raisonnement au lieu du formatage, nous entendons, au sein du syndicalisme et donc dans SUD éducation promouvoir la réflexion sur les pratiques pédagogiques quotidiennes.

III.1.3. Face aux attaques du patronat défendre les droits sociaux et en gagner de nouveaux

La lutte pour l’amélioration de nos conditions de travail : il faut poursuivre et amplifier le travail de fond engagé ces dernières années, par les formations, la production de matériels adaptés, l’appropriation des outils juridiques et militants par les équipes syndicales et par les personnels. Dans le même temps et sans contradiction, il faut rappeler que l’amélioration véritable des conditions de vie et de travail ne pourra passer que par des transformations des structures de l’école et de la société et en particulier par l’augmentation des salaires, la baisse du temps de travail, la diminution du nombre d’élèves par classe, l’amélioration des conditions matérielles, la remise en cause des structures hiérarchiques…
L a dégradation des conditions matérielles de travail (comme conséquence des politiques d’austérité), le renforcement des pouvoirs de la hiérarchie, l’introduction de nouvelles normes de gestion des personnels et de méthodes de management empruntées au secteur privé rendent de plus en plus difficile l’exercice des métiers. Les personnels ouvriers, techniques, administratifs, de vie scolaire, de santé sont les premier-ère-s à faire les frais de ces méthodes de management. Les plus fervent-e-s propagandistes de la libéralisation du système scolaire parlent déjà « d’industrialisation de l’enseignement ». On sait ce que signifie une telle « industrialisation » : logique de marché, critères de gestion et outils de contrôle empruntés aux entreprises privées, mise en concurrence par l’Etat des écoles et des établissements entre eux, du public et du privé ainsi que de leurs personnels Face aux discours des employeurs qui présentent les difficultés rencontrées au travail comme des échecs personnels, nos tâches seront de :
• Mener un travail d’explication pour déconstruire le discours promouvant une prétendue « modernisation » de l’École et dénoncer la logique qui la sous-tend ;
• assurer la défense collective des collègues victimes de ces modes de gestion.
La défense et l’extension des droits sociaux et des solidarités. Dans ce cadre, nous revendiquons notamment :
L’augmentation générale des salaires et la réduction des écarts de rémunération pour aller vers un salaire unique. Dans un contexte difficile où défilent les plans sociaux, les délocalisations et la hausse du chômage, les revendications salariales restent plus que jamais légitimes. Si les salarié-e-s ont des scrupules, les grand-e-s patron-ne-s n’en ont aucun : la crise que Les dirigeant-e-s font payer au monde du travail ne les empêchent pas de réviser largement leurs revenus à la hausse.
Dans l’Éducation Nationale et les collectivités territoriales, la situation de blocage des salaires et de suppression de postes favorise le recours aux contrats précaires, la surcharge de travail, le recours aux heures supplémentaires, les pressions hiérarchiques. Partout où cela se pose SUD Éducation appelle à construire le refus collectif et individuel des heures supplémentaires, du recours aux emplois précaires et des surcharges de travail.
Les revendications salariales sont le plus souvent exprimées par les directions syndicales sous forme de revendications en pourcentages. SUD éducation n’a jamais partagé cette conception hiérarchique des revendications salariales qui donne plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont le moins.
En ce qui concerne les salaires, SUD éducation revendique immédiatement une augmentation inversement proportionnelle aux salaires pour réduire l’éventail des rémunérations, avec un salaire minimum porté immédiatement à 1700 euros net et l’indexation des salaires sur l’inflation pour garantir le maintien du niveau de vie des personnels en activité et à la retraite.
Nous combattons toute rémunération et primes « au mérite ». Nous revendiquons l’intégration des primes et indemnités générales aux salaires, et la compensation des tâches supplémentaires et des con- ditions difficiles par des réductions des services.
Nos carrières sont divisées en échelons, que nous ne passons pas toutes et tous à la même vitesse. Ce système injuste et inégalitaire doit disparaître. Nous revendiquons ainsi la mise en place d’un un salaire unique.
Une diminution significative du temps de travail hebdomadaire, sans perte de salaire ni flexibilité, en réclamant d’abord le passage à la semaine de 32 heures pour toutes et tous (avec une déclinaison sur le temps de travail des personnels de l’Éducation nationale). Cette diminution est une dimension essentielle de la transformation sociale :
1. Pour lutter contre le chômage de masse : alors qu’il y a plus de 5 millions de chômeurs et de chômeuses, à quoi il faut ajouter les temps partiels imposés et les petits boulots précaires, l’idée de partager le travail pour travailler tou-te-s devrait s’imposer comme un des piliers de la lutte contre le chômage de masse, avec les créations massives d’emplois nécessaires pour satisfaire les besoins sociaux actuellement non comblés (éducation, petite enfance, aide à la personne, …).
2. Pour favoriser la vie démocratique : la réduction du temps de travail est également une des conditions sociales de la participation des salarié-e-s au débat démocratique, ce qui reste difficilement envisageable de façon continue dans une situation où ils travaillent près de huit heures par jour, sans compter le temps passé dans les transports. Le temps libre devient alors une soupape et un temps consacré à la reconstitution… de la force de travail.
3. Pour vivre mieux : un temps de travail réduit c’est aussi un travail moins stressant, et donc un mieux-vivre au travail. C’est enfin une condition pour que tou te s et tous puissent participer pleinement à une vie associative, créatrice, pour laisser sa place à l’imaginaire, aux rencontres, à la culture et à la fête. Bref, pour vivre autrement !
La diminution des années de travail, avec pour commencer l’annulation de toutes les décotes et surcotes et le retour aux 37,5 années de cotisations pour un départ à la retraite à 60 ans sur la base de 75% du meilleur salaire, pour aller vers une pension unique à 55 ans sans condition. Ces seuls objectifs atteints constitueraient une énorme victoire pour le mouvement ouvrier et ouvriraient d’autres perspectives pour gagner d’autres propositions.
La gratuité dans l’accès aux besoins sociaux fondamentaux, qui ne doit pas dépendre du salaire (soins, transports, etc.)
Le droit à l’emploi stable et au revenu. Non seulement il faut résister aux attaques contre le droit du travail, mais nous devons populariser la revendication de droits nouveaux et notamment l’abolition des licenciements et la création d’un statut du salarié – applicable à tous et toutes et financé par un fonds mutualisé – pour garantir le maintien du salaire et les formations, et garantir à tou-te-s un revenu socialisé à partir de l’âge de la fin de la scolarité obligatoire. Le droit à l’emploi stable passe aussi par la création d’emplois publics. Dans ce cadre, il faut défendre les garanties attachées aujourd’hui au statut de la fonction publique d’Etat. Les processus de précarisation de l’emploi public qui se perpétuent, se massifient et désormais se diversifient constituent un contournement du statut qui permet à l’Etat employeur l’embauche sans cesse renouvelée de dizaines de milliers de salarié-e-s jetables. Cette précarité n’a jamais été vraiment mise à mal par les différents « plans de résorption » qui se sont soldés par quelques titularisations par concours et beaucoup de vrais licenciements. Il nous paraît indis- pensable d’aller à la rencontre de ces salarié-e-s, d’entendre leurs revendications immédiates et de construire avec eux/elles et avec les personnels titulaires le rapport de force nécessaire pour imposer l’arrêt des recrutements de salarié-e-s précaires et leur réemploi, la titularisation immédiate de ces personnels sans condition de diplôme, de concours ou de nationalité.
Dans l’éducation, Sud éducation lutte contre la précarité en revendiquant la titularisation sans condition de concours ni de nationalité de toutes et tous les précaires.
Cette revendication principale s’appuie sur trois axes revendicatifs pour les personnels en statut ou contrat précaire : de véritables formations sur le temps de travail ; l’alignement des salaires et des droits sur ceux des titulaires ; l’abrogation de toutes les journées de carence en cas d’arrêt-maladie.
Ces axes revendicatifs définissent nos revendications ou exigences à court terme :
Pas de jour de carence en cas d’arrêt-maladie quel que soit le statut ou contrat.
L’emploi sur un seul service ou établissement, ou sinon compensation par une décharge de service.
La fn du sous-effectif chronique, notamment par la création d’une véritable « brigade de remplacement » pour chaque métier.
L’égalité salariale : à travail égal, salaire égal, temps de travail égal.
Le réemploi tacite de tou-te-s les personnes en fin de contrat précaire, ou saisie de la commission paritaire compétente.
La fin du recrutement par les chef-fe-s d’établissement.

II.1.3. Contre les réactionnaires : organiser la contre-attaque

Le combat pour l’égalité hommes / femmes et pour les droits des LGBTQI (lesbiennnes, gays, bisexuel-le-s, trans, queers, intersexes). Face à la montée réactionnaire, suite au mouvement de la Manif pour tous et des Journées de Retrait de l’Ecole, et aux renoncements du gouvernement sur ces questions, nous devons mener la bataille sur tous les plans. Au sein même de l’Education nationale que ce soit en matière de salaire, de division sexuelle du travail, ou d’accès aux postes et fonctions, mais aussi en matière de harcèlement et d’insultes au travail. Dans les pratiques pédagogiques, que ce soit sur les questions d’orientation, d’évaluation, d’outils pédagogiques, de distribution de la parole, de programmes, mais aussi à travers le travail éducatif face aux agissements sexistes et lgbtphobes.
Le développement de nos campagnes antiracistes et contre l’extrême droite. Le fascisme se nourrit du désespoir présent et des peurs face à l’avenir. La base de sa politique est la discrimination et la promotion d’un capitalisme national. Il faut à la fois dénoncer sa réalité, et porter des alternatives pour reconstruire l’espoir collectif en une société plus juste par la convergence des luttes. La politique actuelle qui augmente les inégalités et la misère sociale est le ferment du développement du fascisme et de l’extrême droite. Les combattre suppose de lutter contre le capitalisme et les politiques qui sont à son service.
Nous devons combattre le racisme toutes ses formes et d’où qu’il vienne, en particulier le racisme d’Etat et institutionnel qui le banalise, comme système de discrimination et de division des travailleurs et des travailleuses. Plus que jamais, SUD éducation dénonce la chasse aux Roms et aux sans-papiers, revendique l’égalité des droits pour toutes et tous, sans condition de papier ou de nationalité. Dans une période où le consensus politique s’établit de la gauche à l’extrême droite pour dire qu’ « ils sont trop nombreux », il faut travailler à reconquérir le terrain perdu et recréer les conditions d’une mobilisation pour la régularisation de tou-te-s les sans-papiers, la liberté de circulation et d’installation.
Il n’est pas possible de considérer l’École comme un sanctuaire protégé des soubresauts qui agitent le monde. Tensions, contradictions, confits la traversent tout autant. Nous n’avons donc pas à rester des spect at eurs/ trices passifs/ves. La diffusion de théories réactionnaires justifiant inégalités et discriminations, la banalisation de l’idéologie raciste et xénophobe sont un affront à la conception égalitaire et émancipatrice portée par SUD éducation et une menace dirigée contre la liberté de conscience et la laïcité. Celle-ci ne représente pas seulement un principe à protéger, elle doit être aussi une réalité vivante. La laïcité n’est pas une religion supplémentaire, pas plus qu’elle n’est un dogme contre les religions. Elle est la garantie de la liberté de conscience et donc celle du droit de chacune et de chacun d’avoir ou non une religion. Elle ne peut pas être un instrument servant à légitimer un arsenal de mesures normatives et répressives qui viseraient à définir un « comportement citoyen » imposé à tous les niveaux. C‘est bien cela qu’a tenté de faire le gouvernement et la ministre de l’éducation nationale au lendemain des attentats de janvier 2015 à Paris.
L’appel aux grands principes ne peut remplacer des politiques concrètes pour l’égalité. Il ne suffira pas de cours de morale ou d’éducation civique, de minutes de silence ou d’une « charte de la laïcité ». L’appel aux « valeurs de la République », l’enseignement abstrait d’une morale ne peuvent qu’entrer en contradiction avec les inégalités de la société et de l’école. L’école doit être profondément, structurellement, transformée. Ce qui fait notamment le jeu des fanatiques, c’est un système inégalitaire et le « deux poids deux mesures » : Comment, au nom de la laïcité, multiplier les injonctions et interdictions pour les uns tout en continuant pour les autres à financer à coups de milliards d’argent public l’enseignement privé, essentiellement catholique, sans donner le signe d’un traitement discriminatoire ? Pour toutes ces raisons, SUD éducation continue de condamner le dualisme scolaire qui prévaut en France. Avec l’Union syndicale Solidaires, nous revendiquons la nationalisation de l’enseignement privé et l’intégration de ses personnels à la fonction publique ».

Notre tâche est triple :

Idéologique, en faisant connaître les combats du XXème siècle pour la laïcité de l’école publique, en continuant la dénonciation d’un enseignement séparé, privé qui s’apparente un peu plus chaque année à une école de classe, en diffusant explications sur la nature des enjeux et dénonciations du discours d’extrême droite tant au travers de notre presse que par l’organisation de réunions publiques et de stages.
Pratique, en assurant la défense des collègues menacé-e-s par les pressions voire les agressions de ceux et celles qui professent l’obscurantisme et travaillent à préparer la régression sociale et culturelle.
D’organisation, en renforçant notre participation aux mobilisations laïques, antisexistes et antiracistes.

III.2. Favoriser l’action collective, re-populariser la grève reconductible

C’est aux personnels de déterminer comment ils veulent mener leur lutte. Tout ce qui construit la lutte est bon à prendre, surtout dans une période de reflux de l’action collective. Mais il faut distinguer sans les opposer les actions qui participent à la construction d’une mobilisation de celles qui permettraient d’imposer une victoire.
Les actions d’interpellation (happenings, flash mobs…) sont bien sur très utiles parce qu’elles permettent de mettre en mouvement collectif les personnels, de mettre publiquement en débat nos revendications et de gagner le soutien populaire. Les rassemblements et les manifestations permettent aussi de renforcer un mouvement mais ne suffisent pas à elles seules dans le contexte actuel à créer un rapport de force victorieux. Les actions de désobéissance et de boycott possèdent les avantages déjà décris mais provoquent encore davantage de débats, elles participent à la radicalisation de la mobilisation, elles désacralisent la légalité. Généralisée elles peuvent rendre une mesure caduque. Cependant ce mode d’action ne peut se substituer aux autres. Il doit s’inscrire dans un cadre collectif avec une solidarité. Il renvoie à des actes individuels qui exposent les collègues et il ne peut être utilisé dans tous les cas comme dans celui des suppressions de postes. Il y a donc de vrais obstacles à sa généralisation dans la durée. Le blocage partiel ou total de locaux (rectorat, établissement, centre d’examen…) est, en accompagnement de la grève, un moyen d’action sans doute très efficace mais qui nécessite au-delà de sa popularisation un haut niveau de combativité des personnels.
S’il est admis dans l’Union syndicale Solidaires que l’on doit rechercher la convergence des luttes en proposant des rendez-vous de mobilisation communs aux différents secteurs d’activité, nos efforts se limitent trop souvent aux appels nationaux construits avec d’autres organisations syndicales, politiques ou associatives. Les difficultés rencontrées à convaincre nos collègues, et plus généralement la population, de participer à ce type de mobilisation, doit nous conduire à développer des stratégies complémentaires. Nous avons pu constater qu’un certain nombre de collègues assimilent souvent les manifestations traditionnelles à des postures politiques sans perspectives ou des rituels inutiles, et que les luttes s’expriment plus clairement pour elles-eux dans la solidarité physique, morale et financière avec des conflits sociaux tels que ceux de PSA à Aulnay, de Goodyear à Amiens, de Virgin à Paris, de la Poste. Nous proposons donc que Solidaires et SUD éducation s’engagent dans des appels plus systématiques et volontaristes au soutien de ce type de lutte et propose d’éventuelles manifestations locales, comme cela avait été proposé auprès des concessions Peugeot lors de la lutte PSA. Nous sommes conscient-e-s que ces démarches n’ont rien de facile et ne représentent pas un remède miracle à la difficulté de convaincre et de mobiliser, mais elles permettraient peut-être de remobiliser des travailleu-se-r-s éloigné-e-s des luttes syndicales habituelles grâce à des objectifs plus concrets de solidarité immédiate.
Nous le constatons depuis longtemps, le scepticisme quant à l’efficacité de la grève gagne du terrain chez les collègues. Depuis 2003 dans l’éducation les possibilités d’une grève générale victorieuse sont largement mises en doute au motif du caractère non productif et non bloquant de l’éducation. C’est encore plus vrai aujourd’hui. Dans le même temps chacun se rend bien compte que les journées isolées sont inefficaces, même si aujourd’hui l’existence même de la grève isolée est en question, au moins au niveau national. Pourtant ces grèves peuvent permettre aux salarié-e-s de monter leur opposition, de lancer une mobilisation, même si elles ne constituent pas à elles seules une stratégie victorieuse. Une journée de grève et de manifestation ne sera jamais suffisante pour faire reculer le patronat et le gouvernement, mais par son ampleur, une grève de 24h peut appeler la suite – même si la répétition des grèves de 24h, secteur par secteur lasse les plus motivé- e-s sans convaincre celles et ceux qui le sont moins.
Il faut redire que la seule grève qui pèse vraiment, c’est la grève qui bloque ou entrave le fonctionnement économique ou institutionnel dans notre secteur. Cela implique sa reconduction. Dans la construction d’un rapport de force il faut rechercher à la base des alliés potentiels que sont notamment les parents d’élèves, les lycéens et les étudiants de nos établissements. Autour de la grève des personnels, leur action sur le blocage des lieux de travail et sur la popularisation des luttes est localement souvent décisive.
Pour en convaincre les collègues. Il faut un patient travail d’explication des échecs précédents et des succès locaux. Il faut surtout, en l’articulant à ce travail, un développement des luttes locales, auto-organisées, reconduites et victorieuses, qui prouvent « par les faits » l’importance et la nécessité de l’action gréviste. Les syndicats SUD éducation s’y emploient quotidiennement. Ces luttes, relayées dans les expressions des syndicats comme de la fédération, sont autant d’appui pour re-populariser la grève reconductible auprès de nos collègues de travail.
Des luttes sectorielles victorieuses sont possibles mais seule une victoire interprofessionnelle peut changer le rapport de force. Porter la grève reconductible à un niveau interprofessionnel ne peut pas se faire sans des secteurs eux-mêmes déjà mobilisés dans la grève. Le travail des syndicats SUD éducation réside donc dans la construction résolue d’une grève de la maternelle à l’université soutenue par la population et porteuse d’alternatives pour les élèves, les étudiant-e-s et les personnels. Car si nous savons que la grève n’est qu’un moyen, elle reste un moyen qui, à l’échelle nationale et dans la durée, peut faire reculer ce gouvernement si elle va au bout de sa logique de blocage du fonctionnement institutionnel et/ou économique. Ce qui suppose notamment de se préparer à aller jusqu’au blocage des centres d’examen.

III.3 Construire l’unité des travailleurs et travailleuses et l’auto-organisation des luttes

Lorsque les droits sociaux, les solidarités et les services publics sont attaqués dans leur fondement même, la responsabilité des syndicalistes est de participer à la construction des mobilisations les plus larges. La question de l’unité reste déterminante pour le présent et l’avenir des luttes. « Ensemble on est plus fort-e-s » reste une idée dominante pour la masse des salarié-e-s, dans l’éducation comme ailleurs.
Nous ne pensons pas que l’unité soit seulement une question d’appareils nationaux ou locaux. Sans unité à la base, rien n’est possible. Nous défendons l’auto-organisation des salarié-e-s en assemblées générales de lutte définissant elles-mêmes leurs modalités d’action, et la coordination démocratique de ces assemblées. SUD éducation doit continuer à apporter tout son soutien militant et logistique aux luttes construites et conduites par les personnels. La lutte pour les conditions de travail au quotidien, dans les services, les écoles et les établissements permet de diffuser au mieux nos idées et nos revendications. SUD éducation apportera une attention particulière à la défense des personnels et aux luttes à la base inter-catégorielle et interprofessionnelle.
Il ne faut cependant pas opposer unité à la base et recherche d’unité d’action des organisations syndicales, m ai s a u contraire chercher à développer les luttes localement en leur donnant, grâce aux intersyndicales les plus larges possibles, la plus grande audience (départementale, académique et nationale) et la plus grande ampleur possible vers la grève reconductible.
Nous ne voulons pas renoncer à nos principes et à nos revendications au nom de l’unité d’action entre des organisations syndicales différentes. Mais nous ne voulons pas davantage nous complaire dans un syndicalisme de témoignage qui s’autoproclamerait détenteur de la vérité quand bien même les travailleurs et les travailleuses continueraient de l’ignorer, ne partageraient pas ses mots d’ordre et ses revendications, ne s’approprieraient pas ses propositions d’action. Les positions revendicatives de SUD éducation doivent donc être défendues en intersyndicale et dans les mobilisations mais nous devons avoir comme principe de nous engager pour le soutien des luttes et de ne refuser notre accord que si cela contredit ouvertement nos mandats. Nous continuons de promouvoir l’unité d’action syndicale, à chaque fois qu’elle est utile aux luttes ou à la construction d’un rapport de force, tout en portant auprès des travailleurs et des travailleuses nos propres orientations.
Nous ne devons pas nous laisser paralyser par l’absence d’unité d’action la plus large. Nous pouvons prendre des initiatives, seul-es ou dans des cadres intersyndicaux partiels.
Sur des sujets définis et des campagnes précises, comme par exemple pour le TAFTA ou les droits des sans-papiers, la constitution de cadres d’action unitaires rassemblant des organisations de types divers, selon les situations et les contextes (collectifs, associations, réseaux, organisations politiques, mouvements…) est utile. C’est une réalité militante dans laquelle SUD éducation continuera de s’investir.
S’affirmer dans le champ syndical de l’éducation : dans la lignée de nos précédents congrès, nous devons travailler à des dynamiques unitaires pour favoriser l’action. Cela peut passer par des appels intersyndicaux larges ou plus restreints, à l’image de l’arc intersyndical CGT-FO-SUD qui a été construit lors de la bataille sur les rythmes scolaires. L’un n’étant pas exclusif de l’autre, notre boussole étant la possibilité qu’offrent ces cadres unitaires de construire une dynamique favorable à l’action des personnels.

III.4. Développer des relations avec les militant-e-s de l’émancipation, vers la constitution de collectifs pour des alternatives pédagogiques et sociales

Celles et ceux qui portent l’exigence d’une alternative émancipatrice et égalitaire aussi bien au niveau social que sur les questions scolaires et pédagogiques ont du mal à se faire entendre, pas uniquement mais notamment à cause de leur dispersion. Ces militant-e-s se trouvent en effet divisé-e-s syndicalement, ils et elles agissent aussi dans divers mouvements pédagogiques, des mouvements d’éducation populaire, des associations, des collectifs de lutte ou de résistance, des réseaux, dans l’animation de sites web, de revues, dans des initiatives d’universitaires, etc.
La fédération Sud éducation décide lors de son VIIe Congrès de se fixer comme perspective de tisser des liens avec ces militant-e-s et leurs organisations et de promouvoir le rassemblement des forces et militant-e-s qui portent un projet émancipateur indissociablement social et pédagogique, pour faire entendre le plus largement possible ces voix alternatives, leur donner toute leur place dans le combat idéologique et dans la construction des mobilisations.
Nous engageons une série de rencontres bilatérales nationales et nous lançons un appel à la construction de collectifs pour des alternatives pédagogiques et sociales (appel en annexe).
Le Conseil Fédéral réunissant les délégué-e-s syndicats SUD éducation cinq fois par an aura la maîtrise et le contrôle de l’ensemble du processus, il débattra et définira les mandats pour les rencontres et initiatives dans le cadre de cette perspective stratégique générale de constitution d’un pôle alternatif pédagogique et social.

Développer SUD éducation, un outil syndical alternatif au service des luttes et de l’interprofessionnel

Depuis sa fondation, Sud éducation cherche à « grandir et se développer, intervenir et peser dans la vie politique et sociale », à faire vivre un « autre syndicalisme » qui soit « un outil au service des luttes sociales pour qu’elles aboutissent à une véritable transformation des rapports sociaux » (Congrès de fondation, Lyon, 1998). Notre outil pour cela, c’est notre fédération.
La perte de notre représentativité nationale dans l’Éducation nationale, l’évolution de notre champ professionnel, doivent nous interroger sur ce projet initial. Force est de constater que notre fédération, globalement, stagne depuis près de dix ans tant du point de vue de ses effectifs que dans sa capacité à peser auprès des personnels de l’éducation, de la maternelle à l’université.
Pour autant, doit-on abandonner ce qui est au cœur de notre projet syndical ? Nous pensons que non. Le pire serait un repli localiste et/ou corporatiste au détriment de la construction d’initiatives, de campagnes fédérales fortes qui portent la voix de SUD éducation. Les quatre années à venir doivent être l’occasion de réaffirmer l’existence de la fédération SUD éducation, de la rendre audible, crédible et plus que jamais porteuse de cette alternative syndicale que nous cherchons à construire au quotidien.
Les élections professionnelles ont été une mascarade notamment liée au faible taux de participation. La représentativité institutionnelle de SUD éducation dans l’enseignement dans l’enseignement supérieur et la recherche a été confirmée. Ces élections ont montré un tassement de SUD éducation parmi les votant-e-s dans l’enseignement scolaire.
Ces élections, avec le progrès en voix et en pourcentage enregistré par les organisations syndicales conservatrices et réactionnaires de l’Éducation nationale, traduisent une évolution de la composition sociale et une inflexion idéologique des personnels, comme le désarroi d’ une partie d’ent re eux confrontés à la dégradation de leurs conditions de vie et de travail. Nous interprétons aussi ces résultats comme des1850 effets d’une droitisation et de la montée du corporatisme. Mais il faut sans doute analyser nos propres carences à endiguer ce phénomène. Nous devons nationalement trouver les moyens de mieux tirer profit de nos positionnements en phase avec les collègues comme lors des mobilisations sur les rythmes.
Au-delà de l’activité reconnue de la CE, que nous devons maintenir, la production et la diffusion d’un matériel en direction de toutes les catégories (enseignant-e-s, agent-e-s, personnels administratif, de santé et sociaux, de vie scolaire, titulaires ou précaires) doit être amplifiée aux enseignant-e-s, aux précaires mais aussi aux personnels administratifs, de santé et de vie scolaire.
En aucun cas cela ne remet en cause le projet porté par SUD éducation. Chercher à l’infléchir au nom d’un réalisme électoraliste signifierait qu’il n’a plus de raison d’être. Cela nous oblige cependant à nous interroger sur la manière dont nous nous adressons à l’ensemble des personnels.
Un travail d’explication, d’explicitation de nos positions, est indispensable sur le terrain. Nos collègues sont pour la plupart très éloigné-e-s des positions que nous défendons, qui peuvent leur paraître irréalistes si elles sont présentées trop brutalement. Elles peuvent alors jouer le rôle de repoussoir. Réfléchir à la manière de communiquer nos idées pour convaincre, ce n’est pas y renoncer, c’est chercher à les partager plus largement. Le développement de SUD éducation passe sans doute aujourd’hui par un effort non plus seulement pour rassembler les personnels qui partagent avec nous une critique radicale de l’ordre social actuel, mais également de mener la bataille des idées auprès de l’ensemble de nos collègues pour une adhésion aux revendications et au projet défendu par SUD éducation.
De même, dans un contexte général de désyndicalisation et même de suspicion à l’égard du syndicalisme, il ne suffit pas de rappeler la nécessité de s’organiser collectivement sur les lieux de travail. Il faut aussi apporter la preuve que se syndiquer à SUD c’est faire un choix de nature différente. Appeler à la resyndicalisation, c’est d’abord renforcer ce qui fait la spécificité du syndicat, sur le plan de son fonctionnement, de sa pratique (en réclamant la priorité à l’auto-organisation des luttes) et de ses prises de position en revendiquant l’indissociabilité des questions professionnelles et interprofessionnelles et en affirmant sans complexe la légitimité du syndicat à s’exprimer sur toutes les questions sociales et politiques en débat dans la société. Cette spécificité doit continuer à s’incarner sur le terrain par une action déterminée de défense collective et individuelle des salarié-e-s qui reste souvent la première étape pour les faire adhérer à notre syndicalisme.
Le contexte dans lequel nous intervenons est particulièrement difficile. À l’offensive menée par les classes dirigeant es, aux conditions socio-économiques nées de la crise du capitalisme, s’ajoutent la résignation et le repli sur soi individualiste de trop de collègues. La désaffection qui nous touche comme les autres menace l’existence même du syndicat. Ce travail de resyndicalisation est donc urgent.
Le renforcement de la fédération SUD éducation : cela passe par une adaptation de notre outil fédéral comme de notre intervention spécifique. Des campagnes fédérales régulières doivent être organisées, plus et mieux coordonnées et dont les bilans doivent être tirés collectivement (implication des syndicats, participation des adhérent-e-s, mobilisation des personnels) afin d’adapter notre intervention sur un temps long et non au coup par coup comme c’est encore trop souvent le cas. Nous devons construire collectivement des campagnes afin de se développer plus largement, notamment par une véritable campagne de syndicalisation.
Expliquer notre projet d’école égalitaire et émancipatrice et notre projet de société alternatif avec en son principe la socialisation et l’autogestion, porter des revendications unifiantes, défendre l’École laïque, publique et gratuite, défendre les personnels, redévelopper le sens de l’action collective, convaincre de la nécessité du rapport de force, donner à voir la spécificité démocratique et interprofessionnelle du syndicalisme que nous portons, développer nos syndicats, l’Union syndicale Solidaires et ses structures interprofessionnelles locales pour être utiles à nos collègues, aux luttes, à la transformation sociale : telles sont les tâches que se donnent pour les années qui viennent les syndicats SUD éducation réunis en congrès à Brest en mai 2015.

Annexe 

Appel à la construction de collectifs pour des alternatives pédagogiques et sociales

Appel issu du VIIe congrès de la fédération des syndicats SUD éducation

La période dans laquelle nous sommes est lourde de dangers pour les libertés publiques, les droits sociaux, les solidarités, les services publics. Le service public d’éducation, de la maternelle à l’université, subit les assauts de l’austérité et du libéralisme, qui vise à adapter la formation aux conditions contemporaines du capitalisme, mais aussi des forces réactionnaires, qui gagnent du terrain.
La défense du service public est donc plus que jamais à l’ordre du jour. Ceci ne signifie pas qu’il faille s’en tenir à la simple défense de l’existant. Si nous devons refuser une logique comptable faisant de la réduction des coûts le premier critère de gestion, si nous devons lui opposer une autre logique dont la priorité serait la satisfaction des besoins collectifs, nous ne devons pas renoncer à remettre en cause une école socialement inégalitaire, porteuse de discriminations de genre et racistes. Nous ne devons pas abandonner non plus la critique de l’organisation hiérarchique des services publics pour lui opposer une alternative autogestionnaire.
De même, la promotion des pédagogies coopératives est une dimension essentielle d’un projet d’école émancipatrice. Nous devons donc livrer deux batailles parallèles : pour le maintien du service public mais aussi pour une autre école. Cette approche est tout aussi valable pour l’Enseignement supérieur et la recherche, qui ne doit pas conditionner les étudiantes et les étudiants à accepter l’idée que la vie ne sert qu’à produire et consommer. Nous refusons l’asphyxie budgétaire et la marchandisation, et nous défendons bien au contraire l’idée d’une Université et d’une Recherche émancipatrices permettant l’accès de toutes et tous aux savoirs et aux résultats de la recherche : leur mission principale doit rester de produire et de diffuser les savoirs et leurs critiques.

Il y a urgence à faire entendre des voix alternatives, à les porter dans le débat d’idées et dans les mobilisations.

L’histoire du syndicalisme et des mouvements pédagogiques visant l’émancipation est traversée par une conviction plus que jamais d’actualité : l’alternative sociale et l’alternative éducative sont indissociables : il ne peut pas y avoir d’école réellement émancipatrice dans une société socialement hiérarchisée, fondée sur l’inégalité et l’exploitation de la force de travail par les propriétaires des capitaux ; il ne peut pas y avoir de société égalitaire sans une école émancipatrice. Cela n’amène à aucun cercle vicieux dont il serait impossible de sortir, mais à la nécessité de mener de front les deux combats, pour une autre école, une autre société, toute séparation entre les deux dimensions de la transformation étant une impasse.
Celles et ceux qui portent l’exigence d’une alternative émancipatrice et égalitaire aussi bien au niveau social que sur les questions scolaires et pédagogiques ont du mal à se faire entendre, pas uniquement mais notamment à cause de leur dispersion. Ces militant-e-s se trouvent en effet divisé-e-s syndicalement, ils et elles agissent aussi dans divers mouvements pédagogiques, dans des mouvements d’éducation populaire, des associations, des collectifs de lutte ou de résistance, des réseaux, dans l’animation de sites web, de revues, dans des initiatives d’universitaires, etc.

Le VIIe Congrès de la fédération SUD éducation lance un appel au rassemblement, à la construction de collectifs pour des alternatives pédagogiques et sociales.

Cet appel n’exclut personne : dans l’autonomie par rapport aux organisations politiques, il s’adresse à tou-te-s les militant‑e-s, à tou-te-s les organisations, tendances et courants syndicaux, à toutes les associations, collectifs et réseaux, qui luttent à la fois contre le capitalisme et les inégalités et pour une école émancipatrice et des pédagogies coopératives.
Cet appel n’est pas un coup de communication : c’est l’expression d’une volonté de construire avec les partenaires intéressé-e-s. Il ne s’agit pas pour nous de décider d’un cadre, d’une plateforme ou d’une dénomination, mais de prendre notre part dans la construction d’un processus qui ne nous appartiendra pas.
Cet appel ne vise pas une construction uniquement « par en haut » ou uniquement « par en bas » : nous souhaitons que se crée un cadre national pour impulser et donner à voir ce processus, mais il s’agit surtout de créer des collectifs locaux pour porter ensemble débats et initiatives.

Toutes les organisations, associations, tous les courants, groupes, collectifs, réseaux, militant-e-s, etc., sont invité-e-s à prendre contact avec nous pour échanger sur cette proposition.