Précaires de l’Education nationale, plusieurs statuts mais une lutte commune !

Sud éducation Hauts-de-Seine
jeudi 6 novembre 2014

« CDIsation » est le néologisme qui a fait espérer l’ensemble des précaires chargé-es de l’accompagnement des élèves en situation de handicap, l’année dernière. Au final, à la rentrée 2014, l’espoir se transforme en cauchemar.

Le CDI n’est pas la fin de la précarité

En effet, le problème n’est pas seule- ment le peu de personnes qui ont été « CDIsées », mais aussi et surtout le contenu de ce CDI qui n’assure ni sécurisation ni stabilisation des salarié-es. Employé-es à temps très partiel, sous payé-es, sans même les compléments de salaire, possibles pour les salarié-es occupant le même poste en CUI-CAE, les « CDIsé-es » se retrouvent avec un demi emploi, des conditions de travail dégradées, et un statut concret encore moins favorable qu’avec les contrats d’insertion de droit privé.
C’est une situation malheureusement banale dans l’Éducation nationale où le CDI de droit public a remplacé la titularisation. Contrairement aux idées reçues, le CDI n’est pas forcément le contraire de la précarité, car celle-ci ne se définit pas sur ce seul critère : ne pas pouvoir vivre correctement de son salaire et être contraint d’exercer plusieurs emplois. La précarité, c’est aussi être soumis à un cadre de travail totalement déréglementé, qui autorise toutes les pressions, de la multiplication des tâches à accomplir à l’éparpillement des lieux de travail sur plusieurs établissements.
Cette situation est vécue par une multitude de personnels, et finalement les salarié-es que nous rencontrons dans la permanence de lutte et d’entraide, ouverte
au début de l’été dernier, connaissent une situation similaire malgré l’éparpillement des statuts. Qu’elles ou ils soient en CUI-CAE de droit privé, en CDD de droit public, « CDIsé-es » du GRETA ou en charge des élèves en situation de handicap, toutes et tous nous parlent « dé- faut de formation, souffrance au travail, tensions avec la hiérarchie, salaires de misère et avenir bouché ».

Construire une lutte commune

Face à ces phénomènes, le piège serait aujourd’hui de répondre à l’éparpille- ment des statuts par la division des luttes. Au contraire, l’année dernière, avec Agir ensemble contre le chômage ( AC !), nous nous sommes appuyé-es sur la mobilisation des AVS pour mener des mobilisations fondées sur les revendications très concrètes de ces salarié-es, luttes immédiatement dirigées contre la précarité dans son ensemble. En occupant les services du premier Ministre, et également la Direction Générale du Travail, nous avons voulu, non seulement contrer le mépris des rectorats pour des personnels qu’ils considèrent comme « de passage » et corvéables à merci, mais aussi montrer que nous étions bien conscient-es que les problèmes d’une catégorie de personnels étaient ceux de tous les précaires de l’Éducation nationale qui ne fait, elle- même, qu’appliquer des politiques globales de l’emploi.

C’est aussi l’esprit qui nous anime aujourd’hui :

• Recréer du commun entre des professeur-es remplaçant-es en CDD à qui le rectorat réclame des trop perçus fantaisistes sur des contrats vieux de trois ans, des assistantes et assistants administratifs aux directions d’écoles, utilisé-es comme bouche-trous corvéables à merci, des AVS à qui l’on demande de s’occuper d’enfants en situation de handicap sans leur en donner les moyens.
• Si les retards de salaires ou les situations de harcèlement au travail, comme les non renouvellements de contrats exigent une mobilisation immédiate et parfois parcellaire, à partir de situations communes, il s’agit de construire dès maintenant des mobilisations qui rassemblent les précaires, quelles que soient les différences de statuts et de postes. Il convient aussi d’adapter notre organisation à la porosité de plus en plus grande entre emploi et chômage : de fait, une partie des personnels de l’Éducation nationale alterne des périodes d’indemnisation par Pôle Emploi et des CDD. Les CUI-CAE, quant à eux, sont des contrats d’insertion où une partie de la rémunération est constituée par le revenu de solidarité active (RSA) ou l’allocation adulte handicapé (AAH).C’est la raison pour laquelle dans le 92, la mobilisation se construit avec AC ! Île de France (www. ac.eu.org).