Quand des salarié-es de l’Éducation nationale organisent eux/elles-mêmes une enquête sur la santé au travail. Une expérience à généraliser !

Sud éducation Ille-et-Vilaine
mercredi 6 janvier 2016
mis à jour dimanche 10 janvier 2016

Au cours de l’année scolaire 2014-2015, après avoir été informé-es de l’audit décidé par le Conseil d’administration du lycée, les personnels du lycée Victor Hélène Basch (Rennes) ont souhaité prendre une part active à l’élaboration du document unique de prévention des risques professionnels (DUER) de l’établissement.

En assemblée générale, ils et elles ont décidé de réaliser une enquête anonyme sur la santé, la sécurité et les conditions de travail. Un document a été adressé aux personnels, il est l’adaptation d’un questionnaire élaboré par un CHST départemental.

Au vu de l’expression massive des personnels -103 réponses en 48 heures !-, on ne peut qu’être frappé par la réactivité et l’écho favorable qu’a connu cette démarche.

L’assemblée générale des personnels a souhaité que les résultats soient portés à la connaissance de l’entreprise prestataire de l’audit.

En effet, cette enquête, non exhaustive, permet de mettre en évidence une situation sanitaire très préoccupante mais peut-être aussi d’en identifier une partie des facteurs explicatifs.

Voici quelques éléments marquants qui révèlent des situations fréquentes de souffrance au travail. Une majorité des personnels déclare ne pas envisager pouvoir faire le même travail qu’aujourd’hui jusqu’à sa retraite. Dans le domaine de la santé, l’enquête permet d’identifier les problèmes suivants : troubles musculo-squelettiques (61 réponses oui), insomnies, maux de tête, maux de ventre (48), problèmes de voix (35). Par ailleurs, 18 personnes déclarent souffrir d’une maladie chronique liée au travail et 26 personnes disent avoir déposé un arrêt maladie en raison de leur travail ; enfin 20 personnes ont eu un accident de service ou de trajet. Enfin 49 personnes déclarent travailler au contact de personnes en situation de détresse.

L’enquête permet de repérer quelques facteurs explicatifs, notamment en matière de risques psycho-sociaux. L’intensité du travail est très élevée : 70 réponses oui à l’item sur le sentiment de devoir se presser ; 69 à l’item concernant la surcharge de travail. Le stress ressenti au travail semble aussi lié à des problèmes d’équipements, de salles et de matériel : 59 personnes se plaignent de nuisances sonores, 55 de difficultés liées au dysfonctionnement du matériel (photocopieuses, vidéo-projecteurs...) et 40 personnes soulignent travailler dans des locaux exigus. En outre, 51 personnes affirment travailler plus de 3 heures quotidiennes face à un écran d’ordinateur. Point spécifique remarquable également : 64 personnes disent devoir être amenées à gérer des conflits. Une majorité des réponses montrent également la méconnaissance des acteurs et des outils liés à la prévention.

Enfin le niveau de stress déclaré sur une échelle de 1 à 10 donne le résultat suivant : 80 personnes se situent à un niveau supérieur ou égal à 5 et, parmi elles, 32 évaluent leur niveau de stress supérieur à 7 ! Ce dernier indicateur confirme que de nombreu-ses salarié-es du lycée Victor Hélène Basch sont très directement exposé-es à des risques psycho-sociaux dans le cadre de leur activité professionnelle. Le degré élevé de satisfaction au travail, souvent exprimé, n’invalide nullement ce constat : la satisfaction ressentie, quand elle est associée à un degré anormalement élevé de stress déclaré, révèle l’investissement de plus en plus intensif des personnels dans leurs métiers et la fatigue nerveuse croissante qu’il leur faut alors supporter.

La démarche conduite par les salarié-es de ce lycée mériterait d’être reprise et généralisée ; ainsi pourrons-nous mettre en évidence les situations de pénibilité qui se multiplient dans l’Éducation nationale et légitimer la lutte nécessaire sur les conditions de travail !

Sud éducation Ille-et-Vilaine