Quand expérimentation rime avec régression...

Enseignement des langues vivantes
jeudi 13 avril 2006
mis à jour jeudi 13 juillet 2006

Première étape : le sabotage... Deuxième étape : le discrédit...

Pour justifier la réduction des budgets, la recette est bien rodée. Il s’agit dans un premier temps d’empêcher le système de fonctionner correctement pour pouvoir ensuite le dénoncer et le remettre en cause. C’est le cas depuis des années concernant l’enseignement des langues vivantes : effectifs de classes pléthoriques, suppression d’une heure hebdomadaire par niveau à partir de 2001, « saupoudrage » d’assistants étrangers accueillis dans l’urgence et propulsés sans formation devant les élèves, regroupements d’heures (aberration pédagogique) de plus en plus fréquents dans les emplois du temps... A la rentrée 2005, ce sont les premières d’adaptation qui disparaissent et des élèves grands débutants en LV2 sont regroupés avec d’autres qui ont au moins trois années de pratique. Dans ces conditions, il est facile de critiquer l’enseignement des langues en France.

Troisième étape : puisque ça va mal, essayons de faire pire sous prétexte de faire mieux

Profitant de ce contexte, le ministère, relayé par les inspections académiques, propose de « nouveaux modes d’organisation des classes de langues : Ces dispositifs consistent, en collège comme en lycée, à regrouper les élèves non plus en fonction du moment de début de l’apprentissage, mais par groupes de niveau constitués en fonction des compétences d’expression et de compréhension orales et écrites » (IPR de LV). Cette instauration de groupes de niveau en langues ne s’appuie sur aucune étude, ne propose aucune piste pédagogique innovante. Il s’agit bien d’organiser des groupes plus souples et plus flexibles pour faciliter la gestion des moyens et réaliser des coupes sombres dans les effectifs enseignants. Quant aux élèves, et notamment ceux qui auraient le plus besoin de soutien, il seront triés dès le collège en fonction de leur performances en école primaire (encore faudrait-il que ceux-ci bénéficient d’un enseignement), et pâtiront durant toute leur scolarité d’une homogénéité de niveaux anti-pédagogique.

Ce projet de nouvelle organisation est plus inquiétant encore lorsque l’on peut lire sous la plume de l’IPR qu’« aujourd’hui, sous l’influence du Conseil de l’Europe, l’approche communicative élaborée au début des années 70 évolue progressivement vers une perspective de type actionnel. » (sic). Cette vision utilitaire des langues nie la dimension socio-culturelle qui fait partie intégrante de la découverte et de l’assimilation d’une autre langue, reflet d’une autre culture. Le cadre européen de référence pour les langues (CECR) ne laisse aucun doute à ce sujet :
« l’usager et l’apprenant d’une langue » sont considérés comme des « acteurs sociaux ayant à accomplir des tâches ».

Qui sont réellement les « conservateurs » ?

Cette prose cache mal son caractère idéologique. L’école de l’égalité des droits n’a pas à se limiter au formatage de travailleurs flexibles que réclame la concurrence économique, en transmettant toujours moins de savoirs mais davantage de compétences adaptables. Il conviendrait par exemple de réfléchir plus sérieusement aux moyens de prendre en compte et de gérer l’hétérogénéité culturelle et sociale des classes et établissements. Regrouper des élèves de niveaux soi-disant homogènes est un leurre qui entraîne un appauvrissement des jeunes les plus éloignés culturellement et socialement de l’école, tandis que les plus « riches » resteront bien entre eux dans leur bulle éducative protégée. Les conservateurs sont bien ceux qui n’ont aucune ambition pour l’école. Sud éducation Nord/Pas-de-Calais continue pour sa part à dénoncer les attaques contre le service public d’éducation et mène une réflexion sur les pratiques pédagogiques à travers sa commission « Quelle école ? ». Nous suivons et soutenons les initiatives pédagogiques innovantes (école expérimentale en Pédagogie Freinet dans le Nord à Mons, projets de collèges - lycées innovants et expérimentaux...) que l’inspection se garde d’ailleurs bien d’encourager. Au moment où De Robien cherche à supprimer la liberté pédagogique des enseignants en imposant une méthode de lecture aussi rétrograde qu’inefficace, nous appelons les enseignants de langues, comme les autres, à rejeter les pressions d’un ministre qui confond « expérimentation » et rigueur budgétaire.

Langues vivantes aujourd’hui, autres matières demain... Ne laissons pas détruire l’école !

Sud éducation Nord/Pas-de-Calais