Quelle stratégie syndicale dans SUD éducation ?

samedi 4 août 2012
mis à jour jeudi 4 octobre 2012

Texte adopté au VIème Congrès Fédéral des syndicats SUD éducation du 21 au 25 mai 2012 à Montpellier

Quelle stratégie syndicale dans SUD éducation ?

I Un contexte de crise et de politique de rigueur

1-1 L’extension de la crise depuis 2008/9
Les crises économique, financière, écologique et sociale s’entremêlent et s’autoalimentent. Cette crise globale du capitalisme montre l’impasse d’un développement basé sur un partage de plus en plus inégal de la richesse produite, la dérégulation financière, le libre échange généralisé et le mépris des impératifs écologiques.
La crise financière vient de loin. Elle plonge ses racines dans un partage toujours plus inégalitaire de la richesse produite qui a aggravé l’endettement des ménages. Si l’injection massive de liquidités par les États et les banques centrales a évité l’effondrement du système financier international, la crise financière s’est muée en une profonde récession.
Les enjeux européens. La crise économique a révélé les contradictions de la construction néolibérale de l’Europe. Au lieu d’être un espace de coopération, l’Union européenne (UE) a fait de la concurrence entre les États membres l’axe central de sa construction.
L’UE s’est mise volontairement dans les mains des marchés financiers. Le financement des déficits budgétaires s’est opéré par le recours aux banques privées et autres institutions financières, la Banque centrale européenne (BCE) n’ayant ni la volonté ni le droit de les financer.
L’augmentation de la dette publique et des déficits publics est aujourd’hui le prétexte pris par les gouvernements, les institutions européennes et le Fonds monétaire international (FMI) pour imposer une cure d’austérité drastique aux populations européennes. Remise en cause du droit du travail, attaques frontales contre la protection sociale, baisse des salaires, privatisation des services publics… se retrouvent à des degrés divers partout en Europe.
Pire, les gouvernements et les institutions européennes sont en train de mettre en place un dispositif institutionnel pour installer une austérité permanente avec l’application de la « règle d’or ».

1-2 La crise en France et les réponses du gouvernement.
* L’Europe capitaliste et libérale est une des causes de la crise. En 2011, jamais depuis 1945 la croissance n’a été aussi faible alors que le chômage officiel dépasse 9% des actifs et augmente de mois en mois.
* La politique de déréglementation sociale du travail menée par les gouvernements Sarkozy s’est accélérée depuis 2009 et avec elle le démantèlement des services publics. Les réponses à la crise économique et sociale, si elles ne dépendent pas du seul cadre national, illustrent les choix de libéralisme « pur » du gouvernement, celui de la marchandisation de tout et de tous, de la soumission aux marchés.
- Dans les entreprises : droit de grève, code du travail, contrat de travail avec licenciements facilités, baisse du système d’indemnisation chômage, remises en cause des 35 heures, exonérations des cotisations sociales baisse de la taxe professionnelle, suppressions massives d’emplois partout...
- Contre nos droits sociaux et la fonction publique : assurance maladie, accès aux soins pour tous (franchises médicales, fermeture des hôpitaux), retraites en 2010 (41 annuités et départ à 65 ans)... remise en cause de tous les services publics à travers la RGPP, gel des salaires de la FP depuis 2010
- Contre les libertés : test ADN, fichage dès 3 ans, flicage accru des chômeurs, politique de l’immigration directement inspirées du FN (expulsions massives des sans-papiers, restriction d’accès à la nationalité française…) pénalisation des plus jeunes, répression contre les militants, mise sous tutelle des médias ...
* Les grands discours sur la régulation, la transparence, la coopération, ou la lutte contre les paradis fiscaux et maintenant la lutte contre le chômage ne sont que des postures pour se dispenser de mesures concrètes à l’encontre des financiers et préparer les élections de 2012.
Contre ces régressions, des luttes existent et il appartient à la Fédération SUD éducation et à ses syndicats de les renforcer et de travailler à leur convergence.

1-3 Les réponses des salariés et du mouvement syndical.

* En 2009 contre la politique du gouvernement
Une large dynamique unitaire a pu donner lieu à deux très grosses journées de mobilisations et de grèves le 29 janvier et le 19 mars 2009 sur le thème « nous ne voulons pas payer la crise ». Avec deux millions de salarié-e-s dans la rue, ces deux journées marquaient le retour de la contestation contre le pouvoir « sarkozyste », dont chacune des mesures était vécue comme une aggravation de la crise.
Mais la grève ne généralise pas car les luttes locales et sectorielles (Éducation-Recherche, Santé-Sociaux, Énergie, entreprises privées…) ne sont pas relayées par une volonté intersyndicale de convergence et encore moins de grève générale reconductible. L’axe majoritaire CGT-CFDT a pesé dans ce sens comme il marquera ensuite l’approche de la campagne de sensibilisation sur les retraites et plus encore la dynamique de lutte enclenchée à partir la grève du 7 septembre 2010 contre le projet Woerth-Sarkozy-Parisot.

* Le mouvement des retraites en 2010
Le mouvement interprofessionnel bien que mettant à plusieurs reprises en quelques semaines des centaines de milliers de personnes dans la rue n’a pas donné lieu à de grandes Assemblées Générales comme c’était encore le cas en 2003. A l’échelle nationale les processus d’appropriation de la grève par les grévistes ont été faibles. Les AG de grévistes n’ont pas été faciles à organiser, elles n’ont pas pu enclencher la grève reconductible à un niveau qui oblige davantage les directions syndicales comme cela avait été le cas en 2003.
Au niveau interprofessionnel, la CFDT a freiné toute extension de la grève, l’Unsa n’était pas pour, la Fsu s’est rangée derrière la direction confédérale CGT qui refusait l’affrontement et espérait une ouverture de Sarkozy. SOLIDAIRES se retrouvait seul porteur d’une volonté d’extension du mouvement avec une difficulté à reconduire les grèves là où nous avons des équipes syndicales.
Dans ce contexte, alors que les grèves reconductibles des raffineries et des ports faisaient vaciller le gouvernement, l’intersyndicale en-dehors de Solidaires, n’a pas cherché une véritable généralisation de la grève, se limitant à de fortes journées de mobilisation. FO est resté longtemps dans une position maximaliste de « chevalier blanc » sans se donner pour autant les moyens d’aller vers une grève reconductible.
Si les directions CGT - CFDT ont, comme en 2009, joué un rôle très négatif, plusieurs syndicats, fédérations, Unions départementales ou locales de la CGT se retrouvaient à l’animation dans les secteurs et territoires où la grève était reconduite.
Dans cette situation SOLIDAIRES a tenu une ligne plutôt juste, capable de fournir des éléments pour l’intervention des équipes militantes dans la grève. Là où la grève reconductible s’est organisée, elle n’a pas été soutenue et encore moins popularisée par les directions syndicales nationales et départementales. Peu de départements ont vu se mettre en place une intersyndicale interprofessionnelle réunie régulièrement pour aider au développement de la mobilisation dans les différents secteurs.
Tout ceci a pesé pour alimenter l’illusion qu’une grève des secteurs bloquant allait suffire en appui aux fortes journées de mobilisation et de grève et on a pu voir se développer une confiance dans le rythme imposé des manifestations… rythme malheureusement bien insuffisant à lui seul pour nous engager sur le chemin de la victoire. Et bien qu’il soit important que de telles manifestations rassemblant des millions de travailleurs et de travailleuses se soient tenues, la focalisation sur les démonstrations de rue aura pu, paradoxalement, occulter la nécessaire auto-organisation des luttes et de l’action gréviste.
Le mouvement social n’a pas réussi à bloquer la contre-réforme des retraites. En ce sens, le pouvoir a gagné.
Malgré cela, ce mouvement social a permis de tisser des liens interprofessionnels et intergénérationnels, a redonné un espace au syndicalisme interprofessionnel, à la lutte, à la grève, aux manifestations, aux décisions collectives à la base et aux actions de blocage. L’idée même de Grève générale a dépassé largement les rangs des militants de Solidaires, seule organisation à populariser ce mot d’ordre, ce qui a pu se matérialiser dans les deux appels unitaires de syndicalistes en faveur de la Grève générale, soutenus par l’Union syndicale Solidaires, appels qui ont rassemblé plusieurs centaines de signatures, toutes organisations confondues.
Nous ne pouvons qu’espérer et tout faire pour que cela puisse se retrouver et s’amplifier dans les combats futurs.
Le mouvement syndical, malgré des divergences, est resté uni et son action a été massivement soutenue par la population.
Ce mouvement a posé plus fondamentalement la question des alternatives.
Des points fondamentaux ont été installés dans le débat public, comme le partage de la richesse produite par le travail, la question des inégalités hommes-femmes, celle de la pénibilité du travail ou celle encore de la double peine que constitue le système des décotes qui touche la majorité des prétendants au départ en retraite. Au-delà même de la question des retraites s’est cristallisé un refus global des politiques néolibérales menées depuis 25 ans.
Dans notre secteur, bien que nombre de nos militants et adhérent-e-s aient participé aux actions, nous n’avons pas été en mesure non plus de développer la grève reconductible. Il faut ainsi reconnaître les faiblesses et les difficultés de Solidaires et de Sud Éducation à mobiliser massivement ; à nous de construire un outil syndical à la hauteur des enjeux que nous défendons.
*Reste que, durant la période écoulée, la stratégie des Confédérations et des grandes Fédérations de l’Éducation a été, à quelques nuances près, d’empêcher le “ tous ensemble ”. Elles portent même, notamment la plus importante d’entre elles, la CGT, une grande responsabilité dans l’échec de l’extension de la grève en 2008/2009 et mais aussi avec plus de nuances sectorielles en 2010.

II La situation dans l’Éducation

1.1 Les axes éducatifs de la politique Châtel – Pecresse
La loi Fillon, que nous analysions en 2009 comme « loi de régression scolaire dans le cadre des la politique néolibérale dominante », en est à sa phase d’aboutissement en 2011 : la construction d’un véritable projet d’éducation néolibérale : moins d’école dans une société dont le projet explicite n’est plus d’éduquer et de transmettre des savoirs mais de formater et de préparer une main d’œuvre adaptée au nouveau marché de l’emploi marqué par une précarisation accrue mais aussi à son sommet par un haut niveau de qualification. Ce ne sont plus des attaques contre lesquelles nous nous mobilisions ponctuellement, mais un modèle d’institution néolibérale de prise en charge des jeunes.

A / Le recul du rôle de socialisation et d’apprentissage de l’École
- l’âge de la scolarisation est repoussé le plus tard possible à la maternelle. En revanche, demande institutionnelle de repérer le plus tôt possible les individus à « risque » ne cesse de s’accroitre.
- La mise en place dès le début de la scolarisation d’une logique de gestion manageuriale et normalisée des élèves : évaluer- corriger- évaluer, au lieu de partir de l’acquisition des savoirs pour y retourner. Il s’agit de classer et trier le plus tôt possible : ce sont les évaluations à répétition en primaire, mais aussi le LPC dans le second degré.
- Par ce biais l’institution prône aussi l’élémentation des contenus d’enseignement, pour une transmission plus normée, plus rapide et plus mesurable. Le savoir transmis à chacun doit se résumer au socle commun, seuil minimum en-deçà duquel l’individu n’est plus scolarisable.
Le retour vers une acquisition et une construction des savoirs avec les élèves n’est plus la priorité.
- Individualiser les parcours et la responsabilité du devenir scolaire
Faire des jeunes des individus plutôt que des élèves appartenant à un groupe-classe. Ces individus, jeunes apprentis de la citoyenneté libérale, sont censément libres et égaux devant une institution avec laquelle ils peuvent passer des contrats individuels d’engagement disciplinaire, de « réussite éducative », etc. Ils sont susceptibles de recevoir une aide, voire un enseignement individualisé sur des compétences ponctuelles pointées par les protocoles d’évaluation, le parcours scolaire est suivi par le LPC et chacun est responsable de sa capacité à observer la loi et les règlements, capacité qui peut être évaluée par une note de « vie scolaire ».
Abandonner la pédagogie et les apprentissages liés au groupe-classe. Ainsi avec la reforme du lycée en est il des groupes de compétences en LV, les regroupements de filières que permet le tronc commun dès la 1ere et des nouvelles disciplines optionnelles.
Le groupe-classe devient une référence un peu obsolète et ringarde dont la taille peut varier à la hausse : si chacun travaille dans son coin pour soi, qu’importe qu’il y ait 20, 30 voir 40 élèves dans une salle, tant qu’y règne la « discipline ». C’est d’ailleurs sur cette capacité de « tenue de classe » qu’il est « formé » puis évalué et recruté.

B/ Maintien et aggravation du tri social.
Il s’agit surtout de revenir sur la scolarisation de fait de la quasi totalité de la classe d’âge jusqu’à 18 ans pour s’adapter aux nouveaux impératifs sociaux économiques (Cf. intro)

- Faire oublier l’idée de l’enseignement prioritaire. A l’idée rétrograde de donner plus à ceux qui « ont » moins, substituer des dispositifs de « tenue » sociale du type ECLAIR, ERS, etc. Là encore, le jeune n’est pas considéré comme déterminé par une catégorie sociale, mais comme une individualité « égale » à toutes les autres et son échec est donc lié à un manque de « talent », de volonté ou de docilité personnels.

- A l’école comme au collège, ce tri social s’opère par un dynamitage parfois discret des parcours des élèves en difficulté : destruction des Rased, carences chronique de remplaçants, horaires aménagés, classes relais, ateliers relais voire ERS pour les irréductibles, généralisation des dispositifs d’alternance dérogatoires au principe de scolarité jusqu’à 16 ans. Il s’agit d’en finir en catimini avec l’idée du collège unique et d’une scolarité pour tous jusqu’à 16ans ;

- Au lycée. Dans la voie générale, la reforme imposée de 2010 à 2012 ne rééquilibre en rien les filières mais semble conforter la prééminence de la S. La reforme ne permet pas une prise en charge des difficultés scolaires des élèves. Dans la voie technologique la complexité des nouveaux programmes risque de pousse beaucoup d’élèves hors du LGT ce qui est aussi une conséquence du bac pro en 3ans dans la voie professionnelle.
Ces mesures aboutissent en fait à exclure davantage de jeunes en difficultés du lycée et à laisse envisager pour les autres une sélection généralisée dans le supérieur dans le cadre de la LRU.

C / La structuration de l’école libérale

- Individualiser les établissements scolaires et les Écoles par une mise en concurrence de leurs projets, de leurs résultats et de leur conformité à la norme. Tout cela est rendu possible par la quantification et le classement généralisé des nouveaux procédés d’évaluation.

- Individualiser les établissements dans leur gestion, avec par exemple la mise en place du conseil pédagogique dans le second degré et d’1/3 des horaires globalisés laissé à l’autonomie des établissements dans les LGT et LP. Le cadre national, garantie d’équité s’évanouit.
Effacer et combattre le projet pédagogique progressiste d’école pour tous issu de la Libération et donc combattre les idées progressistes chez les enseignants. Se dessine aussi le profil d’un nouvel enseignant plus docile, plus flexible recruté et évalué par celui le plus à même de juger de son aptitude à « tenir » les élèves : le chef d’établissement.
Encore plus en 2011, nous devons impulser des mobilisations globales ; nous ne pouvons plus nous contenter de résister sur quelques points seulement dans notre champ professionnel et accompagner les résistances face à la souffrance au travail et les refuseurs. Cela implique aussi de donner une dimension interprofessionnelle à notre combat, ce sont les familles travailleurs qui sont les premières victimes de cette « école » nouvelle.

2-1 La politique contre les personnels
Cette École n’a plus vraiment besoin de personnels payés au niveau de leur qualification et bénéficiant des garanties de la F P. C’est avec les « économies « exigées par le dogme libéral l’explication des mesures qui frappent les personnels de l’éducation comme les autres fonctionnaires et salariés.

* Les suppressions de postes de titulaires atteindront à la rentrée 2012 environ 75 000 sur l’objectif 80 000. Ce non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite répond à un des objectifs de la RGPP que la droite veut poursuivre. Le PS n’entend pas vraiment les rétablir les postes.
Cela se traduit notamment par des sureffectifs, des remplacements non assurés, la suppression des rased et un recours accru à la précarité dans le supérieur, le secondaire et maintenant le primaire.
De ce point de vue l’accord sur la résorption de la précarité en 2011 qui ne concerne que qu’une minorité de personnel et les CDI ne peuvent être des réponses globales, nous continuons à exiger la titularisation et l’arrêt du recours à la précarité.

* La baisse du pouvoir d’achat. Les personnels de l’éducation ont perdu 20 % de pouvoir d’achat en 25 ans. Depuis 2010 vient s’ajouter le gel des salaires de la fonction publique et depuis 2012 avec le du projet évaluation-notation, une réduction de l’avancement pour l’essentiel des enseignants. L’avancement de début de carrière annoncée, année électorale oblige, laisse les salaires enseignants dans les moins élevés de l’OCDE mais fige les avancées au-delà là du 5me échelon.
* La remise en cause du statut de la fonction publique est à l’ordre du jour. Remplacement à l’interne, formation des stagiaires en plus de leur maximum des services devant élèves, projets Jolion ou Grosperin de recrutement plus ou moins local comme c’est déjà le cas pour les AED des vies scolaire… Le dispositif ECLAIR subsume l’ensemble des attaques avec sa hiérarchie intermédiaire nommée par le chef d’établissement (préfet des études), le recrutement local avec lettres de missions, l’invitation des titulaires en poste à muter en cas de désaccord avec le projet de l’établissement.
C’est bien le projet de métiers de l’enseignement précarisés, flexibles, annualisés comme les autres catégories de personnels de l’éducation qu’il faut se préparer à combattre en passant aussi à l’offensive pour l’amélioration du statut et des salaires et des conditions de travail de tous.

Les Agents comme laboratoire de la décentralisation.
SUD Éducation a toujours combattu la décentralisation ; à l’heure du bilan sud avait raison : plus de hiérarchie, moins de mutations mais plus de flexibilité et un gain financier qui reste à prouver.
Nous avons constaté de nombreuses victoires locales dans le cadre de luttes inter-catégorielles. Aussi Sud Éducation défendra, sur des valeurs communes, les agents aux côtés de Sud CT.

Afin que les agents puissent se défendre et militer, il faut :
 se présenter aux élections partout où c’est nécessaire,
 se présenter avec SUD CT quand c’est possible ; et, dans ce cas, reconnaître la double syndicalisation, organiser des commissions rassemblant des adhérents des deux syndicats et partager les décharges.
 que cette position soit portée par la fédération SUD Éducation dans ses rencontres avec SUD CT.
La déstructuration du service public d’éducation s’accompagne de la diversification des conditions, de recrutement des différents personnels et des employeurs. La décentralisation des personnels, la multiplication des employeurs, la diversité des conditions d’embauche et le développement de la précarité préparent la privatisation des services dans le secteur de l’éducation, en parallèle de ce qui se passe dans les autres services publics, pour certains déjà livrés à la concurrence marchande.

1.2 Les luttes et la mobilisation des salariés dans l’Éducation.

- En 2008/09 les enseignants se sont massivement mobilisés sur les journées interprofessionnelles. Cependant le poids de l’échec de 2003 pesait encore trop lourd pour que l’Education s’engage dans une grève reconductible. Pourtant La grève du 29 janvier a favorisé le démarrage des grèves dans les universités contre la réforme du statut des enseignants-chercheurs et contre la réforme des concours de recrutement des enseignants. Malgré une mobilisation de plusieurs mois dans les universités, ce mouvement ne s’est pas élargi et s’est, soldé par un échec revendicatif.
La division du syndicalisme majoritaire entre son syndicat du supérieur mobilisé contre les 2 projets et les syndicats du 1er et surtout du second degré favorables à la mastérisation du recrutement ont lourdement pesé sur l’absence d’extension dans l’Éducation ; la seule journée de grève unitaire initiée par la coordination des universités ayant été transformée sous l’influence de la direction nationale du Snesup/FSU en un mercredi de manifestation sans grève.

- En 2010 lors du mouvement contre le projet de loi sur les retraites, malgré une véritable carence dans la reconduction très limitée dans notre secteur, des personnels se sont engagés en participant massivement aux journées d’action et aux manifestations. Il est vrai que le projet frappe durement une profession marquée par une entrée tardive dans le salariat et une forte féminisation ; mais cette entrée dans l’action s’est faite avec les mêmes réserves que l’année précédente, ne retenant des grèves de 2003 et de 2009 que les conséquences visibles : « l’inefficacité » de la grève reconductible comme des grèves de 24H. Pourtant une minorité non négligeable de collègue s’est mobilisé aussi à la base dans des collectifs soutenant notamment les grèves des raffineries et des ports (Marseille, Nantes…)
Cependant l’impression, qu’on ne peut dans ce contexte rien obtenir, reste très importante après 2010 et en spécialement avant les élections présidentielles. L’idée selon laquelle les grèves spécialement dans l’Éducation ne seraient pas un moyen de pression réel contrairement aux secteurs « productifs » existe tout comme l’illusion de la grève par procuration des secteurs réputés bloquant (transports, pétrochimie…)

- De 2009 à 2011 des mouvements ont contesté la politique éducative. Chaque tranche de suppression de postes (15 000 par an environ) s’est accompagné de grèves sur le budget et les DGH. Cependant après le refus du syndicalisme majoritaire d’aller à l’affrontement sur cette question en 2008, le reste de la politique est passé de fait avec plus de facilité.
La mise en place en primaire des évaluations et de l’AP a donné lieu au mouvement des désobeisseurs qui malgré la répression a porté ces questions sur la place publique.
La poursuite de la reforme du lycée s’est aussi faite contre l’avis de la majorité des personnels, mais son report d’un an de 2009 à 2010 s’explique essentiellement par le mouvement lycéen. Plus généralement les dénaturations idéologiques, les suppressions de spécialités dans la voie technologique sont fortement ressenties par les collègues et ont donné lieu à des réactions d’associations qui se vont entendre inégalement. (Hist. et SES par exemple)


1-3 La place du syndicalisme SUD

* dans ces mobilisations
SUD éducation a fédéralement soutenu et encouragé les mobilisations.
- Au niveau interprofessionnel nous avons toujours encouragé l’option de solidaires visant à déboucher sur une grève générale interprofessionnelle reconductible, qui reste la seule option pour faire reculer le pouvoir. Le débat se situant plutôt sur l’utilité de rester dans l’intersyndicale nationale et d’en signer tous les communiqués (voir texte interpro). Dans de nombreux départements nos militants se sont impliqués sur les retraites en 2010 dans les grèves, manifestation et les actions des collectifs intersyndicaux à la base. Par ailleurs, des militants de SUD Education se sont reconnus dans les deux « appels unitaires de syndicalistes pour la Grève générale ».
- Au niveau professionnel nous avons globalement maintenu une démarche unitaire participant aux intersyndicales nationales (2nd degré, LP, Orientation…), aux interfédérales en appelant la plupart du temps nationalement aux journées de grèves notamment sur les suppressions de postes et la reforme du lycée. Dans certains cas comme le 27 sept 2001 nous n’avons pas signé l’appel unitaire tout en appelant à la grève. En 2010/11 nous avons décidé une participation au coup par coup au collectif « une école, un pays, un avenir » regroupant associations, FCPE et syndicats de l’EN. Une majorité de syndicat critiquant le caractère éloigné du terrain de cette structure.

* Dans le paysage syndical depuis les élections pro 2011
Version nationale. Les élections professionnelles de 2011 redessinent un paysage syndical où l’ensemble des organisations siégeant dans les instances paritaires diverses apparaitront toutes comme moins représentatives, cela grâce en grande partie au vote électronique. Les « gagnants » de ce point de vue sont les moins perdants en nombre de voix. Nul doute que cela pèsera dans l’argumentaire du gouvernement lors des « négociations » prévues par les accords de Bercy.
SUD éducation se sort bien du test de représentativité posé par les nouvelles procédures prévues par les accords de Bercy, mais le peu de voix en terme global que nous avons recueillies doit nous interroger : pourquoi l’effet « vote militant » n’a pas vraiment eu lieu ? Comment articuler nos positions de lutte sans concession avec notre participation aux instances paritaires rénovées ?
Par ailleurs, le succès (encore une fois relatif) des OS qui ont fait campagne sur une défense du statu quo et un repli sur la défense stricte du statut doit nous interroger aussi : SUD doit, y compris sur la nécessaire lutte contre la casse des statuts, garder le cap sur ses positions anti-libérales, anti-hiérarchiques et de défense des précaires, sans statuts, sans droits, sans papiers, …Notre position intersyndicale doit être pensée ou repensée dans ces perspectives.

III Quelle stratégie syndicale ?

1.1 Une orientation unitaire au service des luttes

Lorsque l’École publique est attaquée dans ses fondements - et c’est certainement aujourd’hui le cas - la responsabilité des syndicalistes est de participer à la constitution d’un large front de défense de la maternelle à l’Université et s’adressant à l’ensemble des personnels, des étudiants, des parents d’élèves, du mouvement associatif et des organisations syndicales. Cela passe par la multiplication d’initiatives de réunions locales pour rencontrer les personnels et les parents d’élèves et les étudiants.

* Ne pas opposer unité syndicale et unité à la base
Nous ne pensons pas que l’unité soit seulement une question d’appareils nationaux ou locaux. Celle-ci doit aussi en parallèle se construire à la base sans laquelle rien n’est possible. Nous restons fermement partisan de l’auto organisation des salariés en AG de luttes définissant elles mêmes leur modalités d’action avec le soutien du plus intersyndical possible. Dans ce cadre Sud éducation doit continuer à apporter tout son soutien militant et logistique. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait par exemple autour du mouvement des désobéisseurs ou de celui des stagiaires en 2010-11. Il ne faut donc pas opposer unité à la base et recherche d’unité au sommet mais au contraire chercher à développer les luttes localement en leur donnant grâce aux intersyndicales la plus grande audience (départementale, académique et nationale) et la plus grande ampleur possible vers la grève reconductible.

*Davantage de victoires sociales dans l’unité syndicale
La question de l’unité reste déterminante pour le présent et l’avenir des luttes et elle explique par exemple largement l’ampleur des mobilisations interprofessionnelles de 2009 et de 2010. « Ensemble on est plus fort » reste une idée dominante pour la masse des salariés notamment dans l’éducation et nous ne connaissons pas de victoires déterminantes pour le mouvement social dans la division syndicale. Certes nous le savons bien, une journée de grève et de manifestation ne sera jamais suffisante pour faire reculer le patronat et le gouvernement, mais par son ampleur, une grève de 24h peut appeler la suite même si il ne faut pas retomber dans la répétition des grèves de 24 h, secteur par secteur, grèves qui lassent les plus motivés sans convaincre celles et ceux qui le sont moins. Nous ne voulons pas non plus nous complaire dans un syndicalisme de témoignage qui s’autoproclamerait détenteur de la vérité quand bien même les travailleurs continueraient de l’ignorer, ne partagerait pas ses mots d’ordre et ses revendications, ne s’approprieraient pas ses propositions d’action.

1.2 Une orientation unitaire déterminante pour notre développement.
* Au congrès de 2006 nous avions très largement décidé de nous impliquer davantage dans les processus syndicaux unitaires locaux et plus encore nationaux dont nous étions exclus depuis la création de la fédération en 1998. Nous ne sommes plus dans la situation qui prévalait il y 6 ans. Notre présence dans le paysage syndical est un fait acquis. C’est le résultat de notre présence dans les luttes et de notre progression au élections professionnelles qui nous ont donné une représentativité nationale, confortée m^me si c’est de justesse par le dernier scrutin de 2011.
*Avec une influence qui restait même en 2008 inférieure à nos attentes, la présence dans les appels intersyndicaux en nous donnant une plus grande visibilité là où nous ne sommes pas ou peu implanté lève des freins à nos interventions et à notre développement à partir du moment où nous donnons aussi les moyens de diffuser des positions propres.
Il est nécessaire de renforcer notre travail fédéral dans le but de nous développer dans les départements ou les secteurs où nous sommes faiblement ou pas implantés.

1.3 Affirmer les orientations de SUD dans les intersyndicales et les mobilisations.

* Les positions revendicatives de SUD doivent être défendues en intersyndicale et dans les mobilisations. Pourtant vu notre poids réel et les périodes de faibles mobilisations ont ne peu espéré beaucoup de reprise en intersyndicale nationale. Inutile donc de dresser une liste des points qu’il faudrait qq.soit les sujets absolument placer pour signer. Nous devons avoir comme principe de nous engager pour le soutient des luttes et de ne refuser notre accord que si cela contredit ouvertement nos mandats. Pour le reste une marge d’appréciation est indispensable dans le respect de ces principes.

* Pour l’auto-organisation des personnels dans les luttes
C’est aux personnels de déterminer comment ils veulent mener leur lutte. Certes tout ce qui construit la lutte est bon à prendre mais il faut distinguer les actions qui participent à la construction d’une mobilisation de celles qui permettraient d’imposer une victoire.
Les actions médiatiques sont bien sur très utiles parce qu’elles permettent de mettre publiquement en débat nos revendications et de gagner le soutien populaire. Les rassemblements et les manifestations permettent aussi de renforcer un mouvement mais ne suffisent pas à elles seules dans le contexte actuel à créer un rapport de force victorieux.
Les actions de désobéissance possèdent les avantages déjà décris mais provoquent davantage débats. Elles participent à la radicalisation de la mobilisation ; elles désacralisent la légalité au nom de laquelle est instituée la norme. Généralisée elle peuvent rendre une mesure caduque. Cependant ce mode d’action ne peut se substituer aux autres comme nous le disions dès 2009. Il doit s’inscrire dans un cadre collectif avec une solidarité autour des désobéissants. Il renvoie à des actes individuels qui exposent les collègues et il ne peut être utilisé dans tous les cas comme dans celui des suppressions de postes ! Il y a donc de vrais obstacles à sa généralisation dans la durée comme l’on montrée les actions dans le 1er degré ou les tentative sur la NVS dans le 2nd degré.
Le blocage partiel ou total de locaux (v rectorat, établissement, centre d’examen…) est en accompagnement de la grève un moyen d’action sans doute très efficace mais qui nécessite au-delà de sa popularisation un haut niveau de combativité des personnels.

* Re-populariser la grève reconductible
- Nous le constations dès le dernier congrès, le scepticisme quant à l’efficacité de la grève gagne du terrain chez les collègues.
Depuis 2003 dans l’éducation les possibilités d’une GR victorieuses sont largement mise ne doute au motif du caractère non productif et non bloquant de l’Éducation. C’est encore plus vrai après 2009 et 2010.
Dans le même temps chacun se rend bien compte que les journées isolées sont inefficaces. Ces grèves peuvent permettre aux salariés de monter leur opposition (27 sept 2011), de lancer une mobilisation mais ne sont pas une stratégie victorieuse. Il faut redire que la seule grève qui pèse vraiment, c’est la grève qui bloque ou entrave le fonctionnement économique ou institutionnel dans notre secteur. Cela implique sa reconduction.
Il n’y a pas de miracle pour en convaincre les collègues. Il faut un patient travail d’explication des échecs précédents pour tenter de ne pas les refaire.
Il faut surtout, en l’articulant à ce travail, un développement des luttes locales, auto-organisées, reconduites et victorieuses, qui prouvent « par le fait » l’importance et la nécessité de l’action gréviste. Les syndicats SUD éducation s’y emploient quotidiennement.
Ces luttes, relayées dans les expressions des syndicats comme de la Fédération, sont autant d’appui pour re-populariser la grève reconductible auprès de nos collègues de travail.

* Des luttes sectorielles victorieuses sont possibles mais seule une victoire interpro peut changer le rapport de force.
- Pour gagner contre ce gouvernement, même sur la seule question scolaire, nous sommes d’accord pour penser que nous ne gagnerons as seuls. Porter la grève reconductible à un niveau interprofessionnel ne peut pas se faire sans des secteurs eux-mêmes déjà mobilisés dans la grève. Nous l’avons vu avec l’éducation nationale en avance par rapport aux autres secteurs en 2003. Notons que cette avance dans la mobilisation pour les retraites s’appuyait sur les mobilisations contre la décentralisation des TOS, contre la suppression des Ml/SE et la mise au chômage des Emplois jeunes. Il faut donc un milieu hyper mobilisé et dans la grèves pour envisager la grève interprofessionnelle.
- Le travail des syndicats SUD éducation réside donc dans la construction résolue d’une grève de la maternelle à l’université soutenue par la population "et porteuse d’alternatives pour les élèves, les étudiants et les personnels. Car si nous savons que la grève n’est qu’un moyen, elle reste un moyen qui, à l’échelle nationale et dans la durée, peut faire reculer ce gouvernement si elle va au bout de sa logique de blocage du fonctionnement institutionnel et/ou économique. Ce qui suppose notamment de se préparer à aller jusqu’au blocage des centres d’examen.

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Quelle strategie syndicale - congrès Montpellier
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