Qui veut la peau de l’école publique ?

Sud éducation Puy de dôme / Allier
vendredi 21 mars 2014

Plusieurs indices permettent de voir plus clair dans ce que traduisent les « journées de retrait de l’école ».

Qui a lancé ces journées ?

Outre Farida Belghoul et d’autres proches de l’association d’extrême droite « Égalité et réconciliation » d’Alain Soral, le « manifeste » qui accompagne l’appel aux JRE est cosigné notamment par Béatrice Bourges, la présidente du « Printemps français » (les « radicaux » de la « Manif pour tous »), et par l’« Association lire-écrire », ex-« Famille-École-Éducation », qui se présente comme « un groupe de parents et de grands parents qui […] ont décidé d’agir pour faire changer le fonctionnement du système scolaire », et dont le premier slogan était : « Pour une école où les maîtres enseignent et où les enfants apprennent ».

Qu’est-ce qu’ils veulent ?

Le site des JRE écrit : « En 1932, le passage du Ministère de l’Instruction Publique au Ministère de l’Éducation nationale n’a pas été qu’un simple changement de nom. Il s’est agi d’élargir dangereusement les prérogatives de l’État. Au point qu’aujourd’hui ce dernier se mêle de la sexualité des enfants et même de traiter de la fameuse question de « l’orientation sexuelle » à l’école !
Au moyen d’un ministère de l’Éducation nationale, l’État empiète sur le rôle des parents et, à terme, les supplante. […] C’est la raison pour laquelle nous estimons que la restauration d’un ministère de l’Instruction Publique doit s’ajouter à l’interdiction de l’idéologie du genre à l’école. »
On voit là le lien étroit entre les Journées de Retrait de l’école, la réaction catholique et les contempteurs de l’école publique.
On voit là aussi une des conséquences d’un quart de siècle de dénigrement systématique de celle-ci, par des gens et des organisations de droite mais aussi de gauche, qui ont imprimé dans l’opinion publique l’idée que l’école va mal parce qu’elle est aux mains de « pédagogistes » qui nuisent aux enfants.
Aujourd’hui, cette idée est dominante dans l’opinion. Le journal Le Monde titrait encore ce 3 février : « Rien ne va plus à l’école ». De là à imaginer des complots et à chercher des boucs émissaires pour pallier le désarroi ainsi instauré, il n’y a qu’un pas.

Les extrêmes droites à la manœuvre

C’est ce pas qu’ont franchi délibérément les extrémistes initiateurs des JRE, mobilisant pour l’occasion, par l’entremise d’ « Égalité et Réconciliation », des réseaux musulmans sensibles à ces problématiques et des parents abusés par une propagande qui n’hésite pas à recourir à la dramatisation (« L’heure est grave »), au leurre (la prétendue « théorie du genre ») ou au mensonge (la masturbation enseignée en maternelle).
Ce sont les valeurs d’égalité et de laïcité portées par l’école publique qui sont en ligne de mire et que les JRE tentent de jeter à bas, en instillant le soupçon. On comprend que, catholiques, soraliens ou musulmans, les diverses extrêmes droites et les réactionnaires de tout poil puissent faire taire leurs divergences pour une cause si importante à leurs yeux.