RASED : du Réseau d’Aides au Réseau DEAD

samedi 21 avril 2012

Le sort des RASED a été arrêté en septembre 2008 quand, Rue de Grenelle, on a programmé la disparition de 2 ou 3 000 postes chaque année jusqu’à l’agonie.

Une disparition programmée depuis longtemps

Parallèlement, Xavier Darcos a entériné la réforme des programmes de juin 2008, la « libération du samedi matin », l’institution de l’accompagnement éducatif au collège, de l’aide personnalisée et des stages hors temps scolaire pour les élèves de CM.

Souvenons-nous de ces propos, d’octobre 2008 : « Toutes les mesures que je prends servent surtout d’habillage aux suppressions de postes. », énoncés par ce même Xavier Darcos, ancien secrétaire du club de l’horloge, cofondateur de « Créateurs d’école » ou « comment privatiser l’éducation ? », et proche d’« Enseignement et liberté » dans la mouvance de l’Opus Dei qui considère l’Éducation nationale comme une entreprise comme les autres.

À cette époque, Luc Ferry, toujours proche du pouvoir, a été on ne peut plus clair. À la question d’un journaliste qui lui demandait, étonné, comment la mise en place de 2 heures d’aide personnalisée pourraient permettre la suppression de postes, il a répondu qu’avec ces nouvelles dispositions, le ministère pourrait affirmer que l’enseignant est à même d’apporter de l’aide aux élèves en difficulté scolaire et qu’il ne serait plus nécessaire d’avoir recours à l’intervention extérieure comme celle des RASED.

Le mirage du dispositif d’aide personnalisée

Nous savons tous, et nos dirigeants les premiers, que le RASED intervient auprès des élèves qui ont déjà bénéficié d’une attention particulière en classe, d’une adaptation pédagogique de la part des enseignants. Or si cette aide n’a pas permis à un élève d’endiguer ses difficultés, c’est bien parce qu’il a besoin d’autre chose : des aides spécialisées dispensées par des enseignants formés. S’attacher aux procédures et au fonctionnement cognitif de l’élève, avoir une approche systémique de la difficulté peut permettre à ces élèves de se réconcilier avec l’école et de progresser dans leurs apprentissages.

L’aide personnalisée, présentée comme un dispositif pouvant se substituer au RASED ne peut apporter qu’un soutien ponctuel à un élève n’ayant pas assimilé telle ou telle notion, et non une aide efficace à des enfants dont les difficultés sont durables et complexes.

Supprimer les RASED, c’est se priver du seul dispositif gratuit d’aides spécialisées à l’intérieur de l’école ; c’est inciter les familles à se tourner vers des officines privées en cas d’échec de l’aide personnalisée. Quelles familles pourront assurer le coût d’une prise en charge dans les structures privées ?

Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage

Alors, pourquoi certains enseignants doutent-ils eux-mêmes de l’efficacité des RASED ?

Les raisons sont simples. Les RASED depuis de nombreuses années ne fonctionnent déjà plus correctement : de moins en moins de réseau complet devant couvrir des territoires de plus en plus grands, des départs en formation réduits à peau de chagrin, le non-remboursement de la totalité des frais de déplacements liés à l’exercice des missions…

Faire dysfonctionner le dispositif RASED en lui ôtant ses moyens fait qu’il n’est plus crédible, même auprès des enseignants, et facilite grandement sa suppression.

Supprimer les RASED pour faire des économies ? Pas seulement

La liquidation des RASED s’inscrit dans une logique d’économie budgétaire, mais il serait simpliste de la réduire à cela.

Agiter le spectre de la dette publique pour justifier la casse de l’école permet de cacher la transformation profonde de l’éducation, suivant un schéma néolibéral dont la norme est la concurrence et le modèle l’entreprise. C’est ce schéma managérial et entreprenarial qui impose à l’école de dégager de façon économique une élite compétitive sur le plan mondial.

Quel serait l’intérêt alors de promouvoir l’école et à plus forte raison de s’intéresser à ces élèves qui ont moins de chance de faire partie de cette élite ?

Actuellement, c’est la classe des plus riches qui modèle l’éducation à son avantage et n’a aucun intérêt à ce que l’école forme des êtres libres capables de transformer la société.

Ce ne sont donc pas les élèves en souffrance, en difficulté qui préoccupent nos dirigeants. Pour eux, peu importe qu’une partie des élèves restent sur le carreau, s’enfoncent dans la difficulté scolaire. Peu importe que les RASED disparaissent, privant ainsi les familles, les enseignants et les élèves d’un accompagnement nécessaire.

Ce n’est pas cette École là que nous voulons.