REP, REP+, « l’éducation prioritaire » et austéritaire !

Sud éducation Finistère
jeudi 19 mars 2015

« La refondation de l’éducation prioritaire est avant tout pédagogique » : on finirait par s’habituer à la novlangue de l’institution, pour qui « on peut toujours faire mieux avec l’existant ». L’argument de l’enveloppe bloquée, pour les recteurs/trices ou DASEN qui « font avec », s’est installé dans le paysage de l’éducation prioritaire pour justifier le maintien restrictif du nombre de réseaux d’éducation prioritaire (REP).

C’est l’enveloppe qui commande

Lorsque de nouveaux établissements ou écoles y entrent, on se félicite que les besoins soient enfin reconnus. Mais comme le bonheur des uns se paie du malheur des autres dans notre système de compétition généralisée, cela se traduit par des écoles qui en sortent.
C’est l’incompréhension qui domine à chaque fois, quand les plus fragiles se voient privés d’une planche de salut sans autre justification que le syndrome de « l’enveloppe bloquée » à moyens constants. Et surtout quand il est mis fin à un travail de fond mené sur plusieurs années auprès des élèves des quartiers défavorisés et des zones rurales.

Une logique de réseau qui ignore la mixité sociale

Le classement des écoles et collèges en REP repose sur un lien de dépendance entre le collège du quartier et les écoles primaires « rattachées ». Ainsi, une école dépendant d’un collège qui sort de l’EP en sort elle aussi quelle que soit sa situation ; alors que d’autres écoles ne deviennent REP+ (réseaux les plus en difficulté) que parce le collège de leur secteur est dans la liste ! Cette dépendance « systématique » n’est-elle pas une aberration, une négation de la mixité sociale à l’échelle d’un quartier, mixité déjà malmenée par les différentes politiques de la ville ?

En outre, les rectorats dressent les listes d’établissements prioritaires sur des critères flous, sur la base de chiffres parfois erronés (CSP, taux de boursiers, … les parents ayant parfois du mal à remplir les dossiers d’inscription de leur enfant). Certaines académies en rajoutent d’autres de leur côté, sans jamais les communiquer globalement, ni aux équipes ni aux syndicats. La plupart du temps, aucune discussion sérieuse n’a présidé à ces classements et les listes académiques ont été remontées au ministère sans qu’aucun vote n’ait eu lieu en Comité Technique Académique, comme d’ailleurs au Comité Technique Ministériel du 17 décembre dernier.

Les REP+ dysfonctionnent déjà

Les établissements préfigurant la réforme ne voient pas les moyens promis arriver, en tant que « prioritaires parmi les prioritaires ». On cherche les personnels santé-sociaux supplémentaires dans le 2nd degré, on cherche les postes permettant l’encadrement des 6èmes jusqu’à 16h30. Dans le primaire, les ouvertures de classe de moins de 3 ans se font au compte-goutte, on cache la misère des RASED incomplets en élargissant les zones d’intervention des psychologues et maîtres-ses spécialisé-es, les départs en formation déstabilisent les équipes et les classes.
Mais l’institution déploie les grands moyens quand elle envoie les IPR et IEN distribuer la bonne parole au cours des tournées d’école et établissements REP+, aux collègues qui « sembleraient avoir surtout besoin de formation pour faire face aux difficultés » puisque n’est-ce-pas, « l’enveloppe est bloquée » ! De qui se moque-t-on ?

La contestation gronde

Collègues et parents se mobilisent dans de nombreux établissements pour faire reconnaître la réalité du terrain, pour que ceux-ci restent REP ou soient classés REP+.
Les luttes ont concerné de nombreuses académies : après des jours, voire des semaines de grève, certains établissements ont réussi à gratter quelques moyens supplémentaires, mais à quel prix ? Les DSDEN vont prendre sur leurs enveloppes départementales pour dégager quelques heures en plus, mais l’engagement ne vaut rien sur la durée : c’est l’aumône et rien n’est pérennisé !

Sud éducation soutient toutes les mobilisations en cours, invite les collègues se réunir et à discuter en assemblée générale pour formuler des revendications.
Pour notre part, nous défendons :
• une baisse des effectifs dans les classes : 20 élèves maximum, 16 dans l’éducation prioritaire, 12 en SEGPA ;
• une baisse du temps de travail : 18h devant élèves + 6h en équipes dans le 1er degré et 14h devant élèves + 3h concertation dans le 2nd degré ;
• 1/9 de minoration de service pour tous les personnels de l’EP ;
• une vie scolaire renforcée : 1 CPE pour 120 élèves en collège et 1 pour 100 en EP, 1 personnel vie scolaire pour 50 élèves en collège et 2 pour 50 en EP ;
• des dispositifs d’aide et de prévention complets : 1 RASED complet par groupe scolaire et 1 enseignant-e supplémentaire pour 5 classes de 1er degré ;
• le recrutement massif de personnels médico-sociaux (assistance sociale, psychologues, infirmerie) ;
• des mesures pour stabiliser les équipes : la formation et titularisation de tous les contractuels ;
• le financement des études pour permettre aux jeunes d’accéder aux métiers de l’enseignement.