Rassemblement de Guéret : pour la défense des services publics

Sud éducation et recherche du Cher
samedi 28 novembre 2015

10 ans après, Guéret fête la création du réseau Convergence nationale de défense et de développement des services publics (www.convergence-sp.org)

Le 5 mars 2005, une grande manifestation de résistance était organisée à Guéret, petite préfecture de la Creuse, département aux nombreuses menaces de fermetures de bureaux de poste, maternité, écoles. Dans les semaines précédentes, 263 élu-es creusois-es avaient démissionné pour protester contre les fermetures massives de perceptions et autres projets gouvernementaux de réductions de services publics. Ils et elles prennent alors position contre le traité constitutionnel européen ; un collectif d’associations de défense des services publics appelle à un rassemblement : Guéret devient le symbole de la résistance rurale antilibérale.

7000 personnes vont défiler sous la neige pour défendre l’école publique, la poste, les transports, les hôpitaux, l’accès aux énergies et tous les services publics qui concourent à l’égalité de traitement des citoyen-nes sur le territoire, à la redistribution solidaire des richesses, à conduire une politique écologiquement responsable. 7000 personnes qui appellent à la convergence des luttes des divers collectifs, coordinations, réseaux et associations, avec les organisations syndicales et les partis politiques de gauche et, au-delà, avec la population.
Ce jour-là, 7000 personnes c’est peu mais spectaculaire dans Guéret. Les élu-es PS, alors dans l’opposition gouvernementale, défilent ceinturé-es de leur écharpe. François Hollande, premier secrétaire du PS en campagne pour le « oui » à la constitution européenne, est en tête du cortège. Tandis que deux camarades Sud éducation lui jettent des boules de neige, il doit quitter la manifestation, hué par la population. Le message est passé : la défense des services publics n’est pas compatible avec l’Europe toujours plus libérale et hors contrôle démocratique.

10 ans après, où en est-on ?

Les 13 et 14 juin 2015, le rassemblement de Guéret était l’occasion de débattre, partager et fêter ensemble la résistance... Premier constat : pas plus de manifestant-es qu’en 2005 ; le réseau syndical s’est resserré autour de la GT–FSU et de Solidaires ; les élu-es socialistes sont désormais absent-es bien sûr (sauf quelques locaux et le club « des socialistes affligés »).
Au cœur de l’actualité de ce rassemblement, il y a la loi Macron qui libéralise le travail de nuit et du dimanche, limite les indemnités dues en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, libéralise les transports, les professions réglementées (notaires...), permet au secteur privé d’investir dans les pharmacies ou l’armement militaire français et augmente de 30 % les zones urbaines constructibles... Elle accompagne la réforme territoriale qui prévoit de recentrer le politique et l’administratif sur des métropoles qui vont aspirer les recettes, les services et le pouvoir.
Le gouvernement veut réduire la « dette publique » prétextant la crise. Les manifestant-es répondent « ce n’est pas notre dette, ce sont nos emplois et nos vies ». Contre la désertification des campagnes, à quelques mois de la conférence de Paris sur le climat, Convergence lance à Guéret « les assises nationales du service public du XXIème siècle ». Assises qui devront aboutir en juin 2016 à la rédaction d’un nouveau manifeste sur l’égalité d’accès aux services sur tout le territoire, à une fiscalité plus équitable et au contrôle public des banques.
Dans les divers ateliers, il a été rappelé que la fermeture d’un service est un territoire qui s’appauvrit en qualité de vie et d’emploi : 20 % des emplois en France sont dans le service public. Ana Azaria, de Femmes Egalité, a animé l’atelier « Femmes et services publics ». Les femmes sont doublement touchées par le recul du service public : leurs moyens économiques plus faibles, la charge des enfants et ascendant-es font d’elles les premiers usagers. De plus la promotion sociale des femmes en France s’est faite d’abord dans et grâce à la fonction publique où elles sont entrées massivement.
Lors d’une allocution à la mairie, B. Groison (secrétaire générale de la FSU) a remercié les journalistes de leur présence plaidant pour des « services publics modernisés »... On a vu Jean-Luc Mélenchon du Front de Gauche, député européen, venu serrer des mains et faire campagne contre « les technocrates qui veulent rendre la campagne invivable » pour faire des profits en métropole, mais pas d’autres célébrités...
Ce fut une manifestation tranquille, sans pression des forces de l’ordre, avec le géant Fabien Commun, réalisé sur place par des plasticiens. Les marcheur-euses des collectifs locaux de défense arboraient la marguerite des services publics, devenue l’emblème de la coordination Convergence et un concert a été offert le samedi soir. L’inquiétude est grande mais il n’y a pas de colère.Rendez-vous à Paris pour la conclusion des assises en juin 2016.