Re-populariser la grève reconductible !

jeudi 10 mars 2016

La grève générale reconductible, le moyen de la victoire

La grève générale reconductible permet de créer le rapport de force suffisant pour que les travailleur-euses obtiennent une véritable victoire sur le gouvernement et le patronat : elle suppose une mobilisation massive, elle met à mal le système de production et bloque le fonctionnement économique et institutionnel. Re-populariser ce mode d’action est un enjeu crucial de notre action syndicale. Conscients des difficultés que nous avons à mobiliser et à convaincre les travailleur-euses de participer aux mobilisations inteprofessionnelles, les syndicats Sud éducation, en congrès à Brest en 2015, se sont donné pour orientation de développer des stratégies complémentaires : ainsi des luttes locales, où une solidarité physique, morale et financière [1] est possible. Ces grèves locales ou les grèves de 24h ne constituent pas à elles seules une stratégie victorieuse, mais elles peuvent être le point de départ pour une grève générale reconductible. À toutes les échelles c’est par des mouvements inscrits dans la durée que des choses ont pu être obtenues.

Penser la construction d’une mobilisation massive

D’autres modes d’actions participent à la construction d’une mobilisation : les actions d’interpellations, les rassemblement et manifestations, mais aussi les actions de désobéissance. Elles mettent en mouvement collectif les personnels, et publicisent notre projet de transformation sociale. C’est tout particulièrement le cas des actions de désobéissance car elles provoquent encore davantage de débats et participent à la radicalisation de la mobilisation, […] désacralisent la légalité. Généralisées elles peuvent rendre une mesure caduque. Cependant ce mode d’action ne peut se substituer aux autres. En effet pour construire un rapport de force victorieux, il est nécessaire qu’il soit massif, quel que soit le mode d’action envisagé. S’il est difficile de mobiliser massivement et dans la durée par un appel à la grève aujourd’hui, cela ne sera pas plus facile par des appels à la désobéissance. D’une part, car la désobéissance expose d’avantage et suppose une prise de risque individuelle -y compris dans un « cadre collectif »- qui peut mettre en difficulté les collègues. D’autre part, certaines actions de désobéissance soulèvent des questions éthiques ou de déontologie professionnelle. Refuser des élèves en classe au-delà d’un certain seuil a pour conséquence immédiate de pénaliser des élèves, même si l’objectif à moyen terme est l’amélioration des conditions de travail de tou-tes. Ces considérations rendent encore plus ardu l’élargissement de la mobilisation par ce mode d’action.

Bloquer le fonctionnement institutionnel et économique !

Il faut redire que la seule grève qui pèse vraiment, c’est la grève qui bloque ou entrave le fonctionnement économique ou institutionnel dans notre secteur. Cela implique sa reconduction. Dans la construction d’un rapport de force il faut rechercher à la base des allié-es potentiel-les que sont notamment les parents d’élèves, les lycéen-nes et les étudiant-es de nos établissements. Autour de la grève des personnels, leur action sur le blocage des lieux de travail et sur la popularisation des luttes est localement souvent décisive. […] Il faut surtout, en l’articulant à ce travail, un développement des luttes locales, auto-organisées, reconduites et victorieuses, qui prouvent « par les faits » l’importance et la nécessité de l’action gréviste. Les syndicats Sud éducation s’y emploient quotidiennement. […] Des luttes sectorielles victorieuses sont possibles mais seule une victoire interprofessionnelle peut changer le rapport de force. Porter la grève reconductible à un niveau interprofessionnel ne peut pas se faire sans des secteurs eux-mêmes déjà mobilisés dans la grève. Le travail des syndicats Sud éducation réside donc dans la construction résolue d’une grève de la maternelle à l’université soutenue par la population et porteuse d’alternatives pour les élèves, les étudiant-es et les personnels. Car si nous savons que la grève n’est qu’un moyen, elle reste un moyen qui, à l’échelle nationale et dans la durée, peut faire reculer ce gouvernement si elle va au bout de sa logique de blocage du fonctionnement institutionnel et/ou économique.

Sud éducation Créteil


[1Les citations, en italique, sont tirées du texte d’orientation de la fédération des syndicats Sud éducation, adopté au Congrès de Brest de 2015.