Refondation de l’école : la destruction continue !

samedi 16 février 2013

Refondation de l’école de la République, voilà un bien joli nom pour un projet de loi qui, malheureusement, ne change pas la politique destructrice actuelle de l’école et cherche à se conformer aux exigences d’une société ultralibérale.

Compétences, évaluations et hiérarchie sont toujours là…

Par la référence omniprésente, aux compétences à acquérir et à maîtriser, la loi se place « dans le cadre des engagements européens » (c’est-à-dire des recommandations du Conseil européen de l’éducation et de l’OCDE). Le socle des compétences reste central. Il est juste prévu de le repenser pour l’articuler aux programmes et à l’évaluation des élèves (article 6).

Les évaluations actuelles de l’acquisition du socle sont critiquées mais seulement pour leur lourdeur et le peu de coordination. Pourtant les évaluations nationales posent de nombreux problèmes. Elles contribuent à la standardisation pédagogique des pratiques de classe, sans pour autant permettre un diagnostic qui servirait d’outil pour réduire l’échec scolaire. Orientées vers la recherche de résultats quantitatifs, à tout prix, elles favorisent le développement de la compétition entre individus et établissements. Enfin, la conservation de résultats nominatifs sur base informatique participe au fichage des élèves durant toute leur scolarité.

Quant à la hiérarchie, son développement – oppressant ces dernières années – n’est pas remis en cause. Pourtant la multiplication des injonctions, des contrôles et des pressions ne fait que dévaloriser l’initiative et la motivation des enseignant-es et des personnels pour les contraindre à se plier à de nouvelles normes, contrôles, ou feuilles de route, impossibles à tenir. Le nombre des inspecteurs et des inspectrices sera augmenté mais leurs missions resteront inchangées. Le retour à des missions d’accompagnement et de formation n’est toujours pas prévu. Le fonctionnement pyramidal perdure. Pas de consultation des personnels, ni de renforcement du travail en équipe, accordant plus de temps pour faire des propositions. De nouvelles injonctions découleront aussi du poids accru des collectivités territoriales, à travers les projets éducatifs territoriaux (concernant notamment les rythmes scolaires et les ateliers pédagogiques complémentaires), et de l’influence des personnalités extérieures dans le Conseil national d’évaluation du système éducatif .

Pour une autre école…

Cette conception de « l’école des compétences », ce pilotage par les résultats et les l’autoritarisme, à Sud éducation, nous les réfutons. L’école ne doit pas devenir un marché. Son objectif ne doit pas être de fournir de futurs employés, devant négocier individuellement leurs compétences, sans pouvoir s’appuyer sur des diplômes correspondant à des conventions collectives.

Donner à tous les élèves les moyens de se construire au mieux comme des sujets dotés d’une autonomie de pensée et d’action, c’est ce que nous voulons dans une école émancipatrice pour une autre société.

Sud éducation Bouches-du-Rhône et commission 1er degré

Direction d’école : un nouveau statut ?

Le ministre de l’éducation nationale a annoncé l’ouverture d’une discussion autour de la direction d’école au 1er trimestre 2013. Un certain nombre de syndicats et d’associations de directeurs et directrices d’école militent pour un statut spécifique, qui engendrerait la création d’un nouvel échelon hiérarchique.

Si nous reconnaissons la difficulté actuelle liée aux multiples tâches, nous ne pensons pas que le problème puisse se résoudre par la mise en place d’un statut. Ne serait-il pas souhaitable tout simplement de recentrer le travail administratif sur l’essentiel : moins de pressions, de paperasseries, moins d’enquêtes à faire dans l’urgence… ?

Nous revendiquons du temps pour les équipes, tant pour l’organisation pédagogique qu’administrative des écoles. Nous défendons l’idée d’une direction collégiale, fidèle à nos principes antihiérarchiques.

M. Peillon assure qu’il y a trop d’écoles en France pour donner un statut à tous les directeurs-trices actuel-les. Cela sous-entend qu’en regroupant les écoles en établissements, donc en réduisant le nombre de directeurs-trices, l’échelon hiérarchique de chef d’établissement devient possible.

Revendiquer aujourd’hui un statut de directeur-trice, c’est donner le bâton pour se faire battre et transformer l’école primaire en établissements de type second degré. L’institution a toujours essayé d’avoir un interlocuteur privilégié dans les écoles. On retrouve cette volonté dans le cadre de la refondation, notamment au travers de l’un des cinq grands axes du projet : « redynamiser le dialogue avec les partenaires de l’école, au premier rang desquels les parents d’élèves et les collectivités territoriales », et les projets communs école/collège.

Dans ce débat, Sud éducation porte une conception du fonctionnement des écoles bien différente de celle portée par la majorité des autres syndicats.

Sud éducation Côtes-d’Armor et commission 1er degré

Cycle commun école-collège : quelle direction ?

Le gouvernement, dans son projet de Refondation, prévoit d’instaurer un cycle commun école/collège avec création d’un conseil pédagogique spécifique mixte, alliant CM1, CM2 et 6e.

Cette nouvelle définition des cycles sort de la loi et ferait donc l’objet d’un décret.

Ce cycle artificiel CM-6e serait piloté, au moins pour une part, par un conseil école-collège. Les projets d’école pourraient ainsi explicitement mentionner les actions communes.

Si l’on est en droit de s’inquiéter sur l’écartèlement pédagogique ainsi provoqué au sein du collège (car le niveau 3e serait de même concerné avec le lycée), force est de constater qu’à ce jour, aucune indication n’a été avancée sur la composition de ces « conseils pédagogiques » ni sur les moyens mis à disposition pour les échanges nécessaires entre enseignants des 1ers et 2nd degrés.

Ira-t-on vers une mise en place de « décloisonnements » inter-établissements ? Dans quelles conditions et avec quel encadrement : déplacements, prise en main de la classe, contenus ?

Quelle direction ?

Sud éducation craint que la constitution et l’organisation de conseils pédagogiques mixtes crée une rupture avec l’organisation actuelle des écoles sans supérieur hiérarchique et que le principal du collège devienne chef de la grande école du socle (direction des établissements publics locaux d’enseignement - EPLE)

Sud éducation Manche et commission 1er degré