Refondation ?

dimanche 17 février 2013

Huit mois après une campagne électorale qui promettait une réforme historique pour l’école publique, la refondation du ministre Peillon a bien du mal à convaincre. Ainsi au Conseil Supérieur de l’Éducation du 8 janvier, aucun syndicat n’a apporté ses voix au projet ministériel de modification des rythmes scolaires. Au final, ce thème agité depuis des mois comme un véritable écran de fumée révèle davantage la pauvreté du projet qu’il ne la cache.

Un projet sans imagination

Cette refondation ne mérite pas son nom : elle ne revient sur aucune des réformes de régression scolaire qui ont rythmé dix années de droite au pouvoir et cassé le sens de nos métiers, de la maternelle à l’université. Le projet mis en débat à l’assemblée nationale en ce début d’année et contre lequel s’est exprimé Sud éducation au CSE du 14 décembre ne marque aucune rupture avec la logique utilitariste qui prévaut en matière d’éducation depuis vingt ans. L’importance donnée aux indicateurs internationaux de performances dans le discours ministériel montre comment ce gouvernement inscrit sa pensée dans les préconisations libérales de la commission européenne et de ses lobbys économiques et patronaux.

Dans cette même logique, le gouvernement confirme le transfert intégral aux régions de l’orientation et de la carte des formations de la voie professionnelle. C’est assurément l’inégalité entre les territoires qui en sera renforcée, c’est à dire l’inverse d’un service public générateur d’égalités de droits.

Le ministre Peillon, comme Allègre en son temps, envisage de « faire découvrir l’entreprise et les métiers, dès la sixième ». Il poursuit la relégation au second plan du projet humaniste. La faiblesse de la refondation résulte également de sa logique budgétaire corsetée par la volonté présidentielle de paiement de la dette publique.

Une fragilisation maintenue des services publics

Le gouvernement a affirmé une priorité pour l’éducation. Mais la programmation budgétaire est très en-deçà des besoins. Elle ne permettra pas de recréer les postes supprimés alors qu’il en manquait déjà avant la purge subie sous le gouvernement précédent. 7 000 postes nouveaux seront créés à la rentrée 2013 quand 13 000 ont été supprimés à la dernière rentrée et plus de 60 000 durant le quinquennat de Sarkozy. Plusieurs départements continueront à perdre des postes pour colmater quelques brèches dans le département voisin. Cette programmation se fait à postes publics constants, c’est à dire au détriment des autres services publics avec la poursuite de fait de la RGPP et donc la diminution du nombre de fonctionnaires dans de nombreux services.

La mobilisation c’est maintenant

Après des années de dégradations de l’ensemble des services publics, un changement de cap est indispensable, il ne saurait se réduire à des échanges de postes entre différents secteurs de la fonction publique. Contre cette logique, Sud éducation et Solidaires travaillent depuis septembre à construire un nouvel élan pour les mobilisations. En décembre plusieurs départements ont construit des mobilisations contre les projets de Peillon. Localement et nationalement, les réunions se sont multipliées. En région parisienne des grèves et manifestations ont été organisées dès les premiers jours de janvier. À l’heure où nous mettons sous presse (28 janvier), la grève nationale se prépare dans la fonction publique pour le 31 janvier à l’appel de la CGT, de la FSU et de Solidaires.

Battons-nous pour le maintien et le développement de services publics porteurs d’égalité, contre la précarité, pour l’augmentation des salaires de toutes et tous, le relèvement des minima sociaux, pour une véritable refondation laïque de l’école publique de la maternelle à l’université : soyons certain-es qu’aujourd’hui, sans une mobilisation importante, rien ne nous sera donné de plus qu’hier.