Réforme de l’évaluation :

pour des alternatives émancipatrices
jeudi 10 mars 2016

Dans une société divisée en classes sociales, l’évaluation sert en dernier lieu à trier les élèves. On peut, cependant, aujourd’hui chercher des modalités d’évaluation moins violentes et moins discriminantes. Ce n’est pas le sens que prennent les réforme de l’évaluation proposées par le ministère.

Système de classes et tri social

Si le brevet est largement délivré, le bac reste un examen très discriminant : seul 71% d’une classe d’âge obtient un bac dont 35% un bac général. Tant que la société sera hiérarchisée, la question de la sélection se posera. Sans remise en cause du système de classes, il ne peut pas y avoir de bonne réforme de l’évaluation.

En tant que syndicat de transformation sociale, nous cherchons ce qui permet aux élèves d’échapper aux déterminismes sociaux, en luttant pour une réelle égalité. Il est donc nécessaire de se demander, même dans la société actuelle, quelles modalités d’évaluation favoriseraient l’émancipation des élèves ou seraient les moins discriminantes. Pour cela l’évaluation doit être construite par les enseignant-es en s’appuyant sur les recherches des pédagogies coopératives. Il faut distinguer la question de l’évaluation dans la classe et la relation pédagogique de l’évaluation à visée certificative, liée à l’orientation.

Examens terminaux, contrôle continu et CCF

Le brevet et le bac comportent un double système d’évaluation, mixant contrôle continu et examen final. Lorsqu’il est dit que ces diplômes garantissent l’égalité, deux questions sont confondues : la certification nationale d’un diplôme identique sur tout le territoire donnant le droit d’accéder à la poursuite d’étude, et une supposée uniformité sur le territoire de l’évaluation. Aujourd’hui, le premier aspect n’est pas mis en cause : le bac professionnel ouvre les mêmes droits à tou-tes, même avec le Contrôle en Cours de Formation (CCF), que nous combattons. Pour le deuxième aspect, il est illusoire : la notation n’est pas la même d’un jury ou d’un paquet à l’autre et les employeur/euses peuvent regarder où le diplôme a été obtenu.

L’examen terminal a des aspects positifs : l’anonymat tente de garantir un bac non discriminant, selon l’origine et le genre, réels ou supposés, avec la séparation entre celui ou celle qui forme et qui évalue ; le mythe de l’égalité de l’évaluation du bac sur l’ensemble du territoire fait que son obtention peut avoir un effet de valorisation pour des élèves. Pour cela, en 2009, notre congrès fédéral s’était prononcé dans le système actuel pour le maintien du bac comme examen national, correspondant au premier grade universitaire.

Pour autant, le mythe de l’égalité masque les déterminismes sociaux. L’examen terminal peut entraîner une vision utilitariste des enseignements, une démotivation des élèves en difficulté et un arbitraire face à une évaluation ponctuelle, génératrice de stress.

Le contrôle continu -partiellement pris en compte pour les délivrances des diplômes lors de l’examen des livrets scolaires par les jurys- est distinct du CCF. Dans le CCF, les examens ont lieu en cours d’année, avec la lourdeur d’organisation et l’augmentation de la charge de travail que cela entraîne. Le contrôle continu permet une prise en compte des progrès de l’élève et limite le stress lié à l’évaluation unique.

Sud éducation revendique à long terme :
• l’abolition du système hiérarchisé actuel qui fonctionne sur un modèle d’orientation et de sélection des élèves ;
• un enseignement polytechnique contre toute hiérarchisation des savoirs et des disciplines, en opposition à la logique actuelle de filiarisation.

Sud éducation revendique dans l’immédiat :
• une évaluation formative plutôt que sommative ;
• une évaluation dans un cadre pédagogique ne donnant pas lieu à un fichage de l’élève ;
• un cadre national du diplôme contre toute localisation ;
• le droit à l’anonymat des élèves pour les épreuves certificatives (continues ou terminales) ;
• l’absence de hiérarchisation entre les disciplines par une différenciation entre celles qui donneront lieu à examen terminal ou non ;
• un temps de réflexion collective pour traiter de l’évaluation dans nos obligations de service.

Sud éducation continue à dénoncer le CCF (grande lourdeur d’organisation, partialité des notes d’examen attribuées par l’enseignant-e à ses propres élèves), le CCF n’a rien à voir avec le contrôle continu. Nous refusons que des examens terminaux prenant en partie en compte le contrôle continu soient remplacés par des CCF.

Fédération Sud éducation