Réforme des lycées : pour un "contre-bilan" des personnels !

Contribution aux débats de la fédération Sud éducation
mercredi 6 janvier 2016
mis à jour dimanche 10 janvier 2016

Le Ministère vient enfin d’ouvrir en novembre 2015 les réunions sur le bilan de la réforme du lycée.

Plus d’un an après l’annonce d’une réforme du collège, inspirée de celle du lycée, les documents fournis aux organisations syndicales en valident les principes. Le ministère a même précisé que les éventuels aménagements "seraient marginaux". Dès 2009 ,Sud éducation a combattu cette réforme du lycée et combat aujourd’hui la réforme du collège, regrettant que le bilan -mauvais- n’ait pas été fait avant la généralisation de ces principes au collège. Quelques éléments pour un contre-bilan :

"Autonomie" des établissements ou compétition généralisée ?

Les conditions de travail se dégradent pour les enseignant-es comme pour les élèves, avec des emplois du temps de plus en plus éclatés, et pour les collègues du travail d’équipe, non rémunéré statutairement, par exemple pour les enseignements d’exploration. La concurrence entre disciplines que nous prédisions est confirmée. La répartition des 10 heures globalisées en seconde et des 6 à 10 heures globalisées selon les séries du cycle terminal est l’objet, au mieux de tensions, au pire de conflits ouverts, pour obtenir une partie de ces heures à "groupes réduits". En langue vivante l’enveloppe de 4 heures 30 est ainsi à partager localement. Les tentatives de faire financer certaines options sur le volant d’heures globalisées sont légions. La mise en concurrence par des choix locaux des établissements, des collègues et des disciplines est une réalité partout, variable selon la résistance collective.

Accompagnement "personnalisé" (AP) : l’arnaque annoncée.

Le dispositif pose le problème de l’égalité entre élèves dans la mesure où chaque élève doit normalement bénéficier de 2 heures d’AP par semaine. Cela signifie qu’il faut faire l’AP en classe entière et renoncer à la "personnalisation", ou le plus souvent que les élèves ne bénéficient pas tous et toutes de l’AP selon les horaires prévus règlementairement.

En première et en terminale, la possibilité d’ancrer l’AP sur les disciplines phares de la série limite un peu les dégâts ; on a, dans le meilleur des cas, affaire à un soutien ou à de la méthodologie disciplinaire. Dans toutes les situations, ce dispositif consacre une inégalité totale entre lycées et entre élèves ; ceci sans réponse à leurs difficultés, qui ne sont plus du tout prises en compte depuis la disparition de "l’Aide individualisée", qui était déjà très insuffisante, et des dédoublements nationaux.

Filiarisation et diminution de l’offre de formation : enseignements d’exploration (EE) et pseudo "rééquilibrage des filières".

Trois ans après la mise en place de la réforme, aucun rééquilibrage n’est constaté et on assiste au maintien, voire à une poussée, des demandes d’orientation en série scientifique. Les enseignements d’exploration n’ont pas permis, comme cela était annoncé, la mise en place d’une véritable seconde indifférenciée. On observe la reconstitution de classes à profil ou à niveau, les lycées ayant souvent organisé leurs classes de seconde selon les choix d’EE. On aboutit par ailleurs à ce que nous dénoncions en 2009 : une mise en concurrence des établissements. En effet le nombre d’EE proposés, d’un établissement à l’autre, est très variable. Les EE, qui ont été mis en place au détriment d’autres enseignements, notamment ceux d’économie (SES et PFEG) dont l’horaire en seconde a été réduit de moitié, accroissent les inégalités entre lycées et au sein d’un même lycée.

Dans la voie technologique, la refonte totale des séries STI et STL a été l’occasion d’un véritable jeu de massacre : on est passé d’une vingtaine de spécialités à seulement deux bacs, tout en imposant la polyvalence ou une reconversion forcée aux collègues dont les disciplines disparaissaient, sans aucune amélioration des conditions d’enseignement et d’apprentissage, et avec des effectifs par classe en augmentation.

Au-delà des projets des collègues qui utilisent parfois les heures d’EE et l’AP au mieux, il faut se rappeler que cette réforme a supprimé des postes et des heures, et nous installe dans une logique de concurrence et de filière. Tant qu’il y aura des filières dont l’objet est de trier et de sélectionner les élèves, la logique de hiérarchie des filières existera. Vouloir "rééquilibrer" les filières en accentuant leur différenciation est un jeu de dupe.

C’est l’inverse du projet de lycée polyvalent et émancipateur que nous défendons.

Contribution aux débats de la fédération Sud éducation