Réforme du collège : une rentrée EPIque…

mardi 6 septembre 2016

Comme nous nous y attendions, la mise en place de la réforme du collège, dans le cadre de la « refondation de l’école », s’avère ardue pour chaque établissement. La cacophonie est au rendez-vous et l’absence d’harmonisation patente. Les chef-fes d’établissement ont dû jongler, pour réaliser les emplois du temps des élèves et des professeur-es, avec les alignements nécessaires à la mise en place des Aides Personnalisées (AP), des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI), des groupes de langues, le tout en tenant compte des disponibilités des salles ou de la possible co-animation lors de ces nouveaux dispositifs obligatoires.

L’année scolaire passée a été marquée par la prolifération de réunions pour préparer la mise en place de cette réforme, le plus souvent hors du temps devant élèves ou même, in extremis, le 04 et le 05 juillet ! Il est donc évident que la plupart des EPI ou des AP sont encore en cours d’élaboration, même si les professeur-es du 2nd degré n’ont pas eu d’autres choix que de travailler cet été pour ne pas être submergés à la rentrée par les nouveaux programmes, les AP et les EPI.

Des formations insuffisantes

Les 5 journées de formation obligatoires pour les enseignant-es, imposées au dépens de notre formation continue annuelle, ont été un énorme temps perdu, en plus d’être une gageure. Censées nous éclairer, elles ont surtout réussi à brouiller les cartes avec des informations souvent contradictoires, des formateurs ou formatrices non formé-es, des documents non finalisés ou d’autres trop « précieux » pour être distribués aux enseignant-es et seulement proposés à la consultation ! Certes des informations ont été mises en ligne, mais la consultation des sites « educ.gouv » ou « eduscol » reste toujours une épreuve de force et les documents fournis manquent souvent de clarté et de concision.

Les parents d’élèves quant à eux se sont régalés, ces formations obligatoires leur ayant donné des arguments supplémentaires pour se plaindre des nombreuses absences des enseignant-es.
Pendant ces réunions, au contenu trop léger et à la durée insuffisante, les professeur-es ont -encore une fois- servi de têtes chercheuses pour réaliser des propositions pertinentes de cours, d’EPI ou d’AP en tenant compte du nouveau livret unique de compétences ou des nouveaux programmes. Un véritable casse tête peu concluant et souvent fastidieux au vu du travail à mener déjà dans les classes et des autres impératifs liés au métier. Les enseignant-es du 2nd degré ont fini l’année épuisé-es, découragé-es et désorienté-es, avec -encore- cette impression désagréable d’être laissé-es seul-es face à une immensité de questions et de pistes de travail possibles.

Des nouveautés qui masquent la réalité

Si l’on en croit la brochure ONISEP distribuée à tous les élèves de collège en fin d’année dernière, les « nouveautés mises en place pour mieux apprendre » vont permettre des « parcours éducatifs pour développer son esprit critique, sa créativité et son sens de l’autonomie. » Visiblement, le ministère a de l’argent pour soigner la propagande ! Sud éducation lutte pour une autre école, d’autres pratiques pédagogiques, et donc pour un autre collège. Mais la réalité du terrain, vécue par l’ensemble des collègues du second degré nous démontre -s’il en était besoin- qu’il s’agit encore d’une contre-réforme drapée dans les habits vertueux de la pédagogie. L’inspiration revendiquée de structures innovantes masque juste l’adaptation du système éducatif aux logiques de rentabilité, véritable objectif de cette réforme, basée sur l’autonomie des établissements, la concurrence entre les disciplines et les équipes, les financements aux projets...

Mais à quand une véritable réforme du collège, comme celle revendiquée depuis longtemps par Sud éducation, basée notamment sur :
• Une réelle concertation des équipes intégrée dans leurs heures d’enseignement,
• Une baisse des effectifs par classe pour permettre un réel accompagnement individualisé,
• Un véritable projet d’école polytechnique garantissant à tout-es les élèves l’exploration des savoirs techniques, manuels, artistiques ou théoriques et s’appuyant sur des pratiques pédagogiques réellement coopératives et émancipatrices…

Sud éducation Deux-Sèvres