Remplacements : entre affichage et recettes indigestes ?

mardi 14 mars 2017

Le 18 octobre 2016, le ministère de l’Éducation nationale, à travers sa zélée patronne, lançait une campagne de communication à destination des familles, cette chère clientèle que tout bon chef d’entreprise se doit de cajoler... NVB assume son rôle et compte bien nous faire intégrer cette culture de l’entreprise qui, malgré nous, préside au sein de l’Éducation nationale.

Aussi, par ce beau matin du 18 octobre, NVB présentait tout un train de mesures destinées à « fluidifier » le remplacement [1]. Il est vrai que ça commence sacrément à coincer aux entournures cette histoire de remplacement et que, malgré l’auto congratulation du MEN sur les efforts de la mandature actuelle en matière de création de postes de remplaçant-es, la situation sur le terrain est catastrophique. Dans l’académie de Rouen, pour prendre l’exemple de l’anglais très déficitaire, ce sont des élèves sans professeur-e au lycée de Vernon pendant presque tout le 1er trimestre ; ce sont des collégien-nes sans professeur-e, du retour des vacances de la Toussaint au 10 janvier, dans un collège de Dieppe, c’est la rectrice qui réquisitionne une collègue TZR, en poste dans un collège REP de Rouen, pour l’affecter, du jour au lendemain, dans un
lycée de Dieppe où des élèves préparant le Baccalauréat n’ont pas de professeur-e. C’est « au plus fort la pouque » comme on dit en Normandie septentrionale. Les parent-es d’élèves mécontent-es (on peut les comprendre !) qui font plus de bruit que les autres obtiennent la réquisition d’une professeure d’une zone où les parent-es sont moins vindicatifs. Il est clair que le rectorat n’aurait pas « emprunté » un-e professeur-e d’anglais dans un établissement du plateau Nord de Rouen où réside le gratin bourgeois ; en revanche chez les pauvres et les dominé-es, pas de scrupules... La mobilisation des collègues du collège rouennais a fait reculer le rectorat... pour mieux sauter : certes la collègue a terminé la période scolaire, jusqu’aux vacances de février, dans son établissement d’origine, mais au vu du déficit en enseignant-es d’anglais, il
est à craindre que personne n’aille remplacer la collègue réquisitionnée. Mais soyez tranquilles braves gens, NVB veille sur vous... Elle l’a annoncé, il y a trois impératifs : une meilleure information, un renforcement du potentiel existant, une amélioration de la gestion du remplacement, le tout couronné par la convocation d’un séminaire des directeur-rices des ressources humaines académiques pour début 2017, ces grosses huiles qui vont rationaliser le système... Sans reprendre dans le détail toutes les mesures, on peut cependant s’inquiéter de quelques propositions comme celles qui consistent à « améliorer la gestion du remplacement ». Si le ministère a créé des postes de remplaçant-es dans le 1er degré (insuffisamment pour répondre aux besoins réels), dans le 2nd degré, aucune création de postes n’a été programmée et l’organisation du remplacement n’a pas été modifiée :
• Remplacements de longue durée (supérieurs à 15 jours) avec recours aux TZR (titulaires sur zone de remplacement), qui dans les faits sont en nombre bien insuffisant et nécessitent le recrutement de contractuel-les.
• Remplacements de courte durée avec réactivation du décret n°2005-1035 du 26 août 2005 : peu utilisé, car les collègues l’ont toujours rejeté, mais le ministère pourrait siffler la fin de la récré. Comme l’énonce ce décret « U n protocole doit définir notamment les modalités de mobilisation des enseignants pour un remplacement de courte durée, conformément à leurs qualifications, dans la limite de 5 heures supplémentaires par semaine et de 60 heures par année scolaire. Le chef d’établissement doit rechercher
en priorité l’accord des enseignants pour participer à ce dispositif même s’il a la possibilité de recourir à la désignation d’un enseignant en l’absence de volontaires. » Sans notre résistance, ce serait l’occasion pour ceux et celles qui ont la prétention de nous gouverner de prouver que le « dégraissage du mammouth » peut continuer. Poursuivons notre oeuvre de vraie information des personnels sur la politique des gouvernements successifs qui ont mis en place un management entrepreneurial et appliquent la logique comptable que nous dénonçons. Refusons les remplacements de
courte durée, mobilisons-nous contre toutes les dérives de cette politique néolibérale !

Sud éducation Haute Normandie