Répression à Lyon II : un président d’Université s’acharne sur deux syndicalistes de Solidaires étudiant-es

Sud éducation Haute-Loire
jeudi 19 mars 2015

« 40 ans d’humanité », il n’y a guère que l’Université Lumière Lyon II pour se reconnaître un tel mérite. Entre la dénonciation des boursiers-ères défaillant-es au CROUS, la collaboration avec la préfecture pour les étudiant-es sans-papiers, l’exploitation des personnels de service et des vacataires et la répression envers les syndicalistes, on a du mal à saisir tout le sens de cette « humanité ». C’est plutôt dans sa politique répressive du mouvement syndical que Lyon II s’affiche aujourd’hui.

Petit rappel des faits :

Le 21 novembre 2013, les étudiant-es en lutte décident en AG d’investir la salle du Conseil de l’université. Le président Jean-Luc Mayaud fait intervenir la police. Après des arrestations musclées, ils/elles étaient 6 (dont 4 de Solidaires étudiant-es) à passer les 25h suivantes en garde à vue. Quelques mois plus tard, 3 étaient poursuivi-es en justice pour « violences aggravées » sur des vigiles et « rébellion » contre les agents de la BAC, deux chefs d’accusation extrêmement sévères qu’il/elles rejettent avec fermeté lors du procès, en juin, où chacun-e nie avoir fait usage de violence : en vain. Leur parole est opposée à celle des 3 vigiles qui, fortement soutenus par la direction de l’université, ont porté plainte. Le 8 septembre 2014, le verdict tombe : si Julie est relaxée, Vincent et Myriam sont condamné-es l’un à 6 mois de prison avec sursis, l’autre à 3, et 4000€ d’amende… Justice d’État.
Pour récolter l’argent, les étudiant-es se mobilisent, se relaient des journées entières pour vendre des crêpes sur le campus, organisent concerts et repas de soutien. La solidarité syndicale joue aussi, notamment avec Solidaires et Sud éducation. À peine la somme récoltée qu’on apprenait déjà la mauvaise nouvelle : non content de faire planer au dessus de ses étudiant-es la menace de la prison, le président de l’Université les informe qu’il les poursuit en Conseil Disciplinaire pour « entrave au bon fonctionnement de l’établissement ». Sans surprise le jugement se solde par une sanction : 2 ans d’exclusion de l’Université dont 18 mois avec sursis. Double peine, et double injustice. Mais Myriam et Vincent, désormais privé-es de cours et d’examens pour un semestre entier, n’en ont pas encore fini : estimant que cette peine n’est pas suffisamment lourde, en janvier 2015, Mayaud décide de faire appel de cette décision au CNESER en demandant cette fois rien moins que 5 ans d’exclusion ferme de l’Université.

Une politique répressive

Dissimulée jusqu’à présent derrière la plainte de ses vigiles, la présidence se dédouanait de toute implication dans le procès. Avec cette attaque en Conseil Disciplinaire et à présent au CNESER, elle ne peut plus se cacher derrière ses employé-es : c’est bien le président qui initie, appuie et multiplie les poursuites contre les deux syndicalistes. Menant sa vendetta personnelle jusqu’au bout de ses pouvoirs, il use du plan Vigipirate et de la présence de vigiles à chaque entrée de la fac pour leur interdire l’accès au campus (les vigiles ont des photos pour identifier Vincent et Myriam). Dès lors, il est impossible de nier le caractère politique de la répression qu’il orchestre, ni sa volonté tenace de se débarrasser de ceux et celles qui osent animer des foyers de résistance et de contestation à la fac, le sort qui leur a été réservé devant servir d’exemple pour tiédir à l’avance toute velléité d’action revendicative ou protestataire.

En s’attaquant aux personnes qu’elle considère comme des leaders, la présidence s’affiche déterminée à empêcher Solidaires étudiant-es de continuer de lutter. Erreur. Aujourd’hui, sur la fac, de multiples foyers de contestation voient le jour. Un mouvement de vacataires fait grand bruit : en grève pendant plusieurs semaines, ils/elles demandent le paiement de leurs heures de travail, le versement mensuel de leur salaire, l’écriture d’un contrat de travail… La contestation gronde également chez les personnels administratifs dont les primes sont réduites et chez les personnels de service dont la précarité ne cesse de croître.

À l’heure où des banderoles « liberté d’expression » sont tendues à l’entrée des campus, n’oublions pas que la seule parole tolérée dans l’enceinte de la fac reste celle des dirigeant-es et que celles et ceux qui osent élever la voix en payent lourdement le prix…

Mais la répression n’arrêtera pas la lutte !