Résistance antifasciste à Lyon : le collectif de vigilance 69 sur tous les fronts

dimanche 8 septembre 2013

Pour les militant-es antifascistes lyonnais-es et leurs organisations, la mort de Clément Méric, le 5 juin dernier, à Paris, n’a surpris personne, tant la violence de l’extrême droite n’a cessé de croître, ici, ces dernières années. Dans nos récents tracts, nous interpellions ainsi les pouvoirs publics : «  Faudra-t-il un mort ? ». La situation lyonnaise est un exemple intéressant pour qui veut combattre le fascisme, dans ce pays et au-delà. Pour qu’il n’y ait jamais plus de Clément à pleurer.

Lyon et les fascistes : une longue tradition.

L’extrême droite à Lyon n’est pas une nouveauté puisque la ville et son département ont longtemps été le terreau de groupes tissant leurs théories racistes et négationnistes, notamment à l’université. Mais, depuis quelques années, on assiste à l’explosion des groupuscules fascistes. En effet, outre un FN structuré par des dirigeants très « droitiers » comme Bruno Gollnisch ou Pierre Vial, Lyon présente toute la palette de l’extrême droite, allant des cathos intégristes et anti-IVG, aux pétainistes antisémites de l’Œuvre Française et des Jeunesses Nationalistes (organisations dissoutes au cours de l’été), en passant par les identitaires, ainsi que le GUD, les soraliens d’Égalité & Réconciliation, et quelques nazis Blood & Honour (un temps affiliés localement à 3e Voie, également dissoute cet été).

Ces groupes ont pu prospérer, alimentés classiquement par la crise et la désignation facile de boucs émissaires, mais aussi par la libération de la parole et du racisme gouvernementaux au fil des ans. Des bandes de supporters ultras de l’Olympique Lyonnais, que les fascistes avaient investies, leur ont permis d’attirer des jeunes issus des classes populaires. Dernièrement, l’atroce «  printemps français », qui a montré, lors des manifestations contre le mariage pour tout-es, la porosité entre la droite « classique » et l’extrême droite radicale, a assurément renforcé chacun de ces groupes.

Lyon est ainsi devenu un véritable laboratoire de l’extrême droite, chaque groupe occupant une niche écologique. Des va-et-vient entre ces groupes sont cependant facilités par un discours et la désignation d’ennemis communs, en la personne de l’immigré-e, des « sans-paps », des « gauches » (qu’elles ou ils soient syndicalistes, associatifs, politiques). De tristes personnages ont émergé et fait parler d’eux, au-delà de la scène locale, comme Benedetti ou Gabriac.

Le quartier touristique de Saint-Jean est devenu le terrain de jeu de cette extrême droite, notamment depuis qu’y est implantée « la Traboule », le local des identitaires. Les commerçant-es d’origine étrangère y sont des cibles régulières, au point que certain-es d’entre elles ont préféré fermer. Surtout, depuis 2010, une quarantaine d’agressions racistes, ou sur des militant-es, ont été commises, dont certaines gravissimes. Cumulées, elles ont occasionné plus de 400 jours d’incapacité totale de travail aux différentes victimes ! Ce chiffre est pourtant sous-évalué, beaucoup d’agressions n’ayant pas fait l’objet de plainte ni d’enquête.

Une riposte unitaire : le collectif de vigilance contre l’extrême droite.

Tentatives d’intrusion dans les locaux (PCF, PS…), intimidation des initiatives militantes comme un concert du Réseau éducation sans frontières, une réunion du Réseau université sans frontières à la Bourse du Travail, exactions sur des bars estampillés « gauchistes », agressions d’individus, la litanie est désormais longue. Trop longue : en 2010, suite à l’agression de trois militants CNT, un collectif de vigilance contre l’extrême droite, (ci-après, le CV69) est réactivé. Il comprend une trentaine d’organisations : des partis politiques (du PS aux groupes libertaires), des syndicats (CGT, CNT, FSU, Solidaires) et des associations (Ligue des droits de l’homme (LDH) et SOS racisme très classiquement, mais aussi, entre autres, la fédération Rhône-Alpes des Maisons des Jeunes et de la Culture).

Le CV69 intervient sur tous les fronts. Il agit politiquement avec des rassemblements et manifestations de masse, des réunions de quartier pour informer et sensibiliser ; il intervient médiatiquement, en organisant des conférences de presse et compilant des dossiers sur l’activité des groupuscules fascistes et néonazis (le CV69 est depuis reconnu comme une source fiable par une partie de la presse locale et nationale) ; il est présent juridiquement, enfin, en assistant et soutenant les victimes d’agressions.

Grâce à une inlassable activité, des victoires ont été obtenues, comme la fermeture du local néonazi du « Bunker Korps Lyon » en 2011. C’est un des chevaux de bataille du CV69 car, à contrario des dissolutions juridiques des structures, qui demeurent essentiellement symboliques, la fermeture des locaux prive, effectivement, les groupes fascistes de leurs bases logistiques. Obtenir la fermeture du local identitaire « la Traboule  », d’où sont parties plusieurs agressions condamnées par la justice, est donc un objectif prioritaire.

Une lutte syndicale essentielle et nécessaire.

Sud éducation et Solidaires sont évidemment des acteurs de la première heure du CV69. En effet, le fascisme ne disparaîtra pas tout seul et les syndicats doivent animer la lutte antifasciste et combattre son idéologie d’extrême droite, nationaliste, raciste et xénophobe qui, en masquant les antagonismes de classe, gomme la nécessité des luttes populaires.

Si la lutte passe naturellement par la formation militante, une partie importante du travail consiste aussi à s’opposer aux tentatives de marginalisation de celles et ceux qui mènent le combat antifasciste. Ainsi, il est particulièrement inadmissible que la Préfecture, une partie de la municipalité PS et l’essentiel de la presse régionale ne voient dans ce combat qu’une guéguerre des extrêmes, comme si les symboles et les discours fascistes qui se banalisent étaient le reflet d’idées acceptables dans un cadre démocratique. Nationalement, une telle tentative de marginalisation a eu lieu, cet été, lorsque les dirigeant-es de l’UMP ont demandé la dissolution d’organisations d’extrême gauche.

La tâche, immense, doit être envisagée sur le long terme. Sud éducation et Solidaires y prendront toute leur part. L’ennemi, ça n’est pas les immigré-es ou l’islam, ce sont toutes celles et ceux qui chassent les sans-papiers, qui licencient ou organisent l’austérité.

Sud éducation Rhône


Documents joints

Pages 12 et 13
Pages 12 et 13
N°54 du journal des syndicats et de la fédération SUD éducation, septembre 2013