Rétablissement du jour de carence : fausses économies et vrai cynisme

lundi 8 janvier 2018

Rétablir le jour de carence, pour les fonctionnaires, comme l’a fait Sarkozy en 2012, puis comme Macron veut le faire, cette année, après sa suppression par Hollande en 2014, c’est donner des gages à la main droite de l’État. La main budgétaire, celle de l’obsession des comptes et de l’équilibre des bilans, devient celle qui prime sur la main du social et de la bienveillance publique.

L’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques) s’est posé la question des effets véritables de la mesure sur les comptes publics. L’enquête « emploi », qu’il a menée, permet de voir (article du 10 novembre dernier) que, si le budget s’est enrichi d’une quarantaine de millions d’euros, ces économies ne sont qu’apparentes et le calcul surtout politique.
Si la fréquence des absences de deux jours a baissé, du fait de la mesure, celle des absences d’un jour est stable. Il est probable que les salarié‑es s’arrangent pour substituer à un arrêt-maladie un autre type d’absence, comme une RTT ou une autorisation d’absence par exemple.
L’effet, le plus net, du jour de carence est visible pour ce qui concerne la hausse des absences longues : « La prévalence des absences d’une semaine à trois mois a augmenté (…) pendant la période d’application du jour de carence et diminué après sa suppression ». Pour l’INSEE, le coût fixe du jour de carence incite à prolonger l’arrêt de travail jusqu’à la guérison, plutôt que de risquer une rechute pénalisante. Ensuite, le ressenti négatif de cette mesure, chez des agent‑es malades et mis-es à contribution, les déculpabilise et peut les inciter à prolonger cet arrêt.
Le dernier élément important relève du « présentéisme » accru, au risque de dégrader, encore, la santé des salarié‑es de la fonction publique : ceux/celles qui connaissent un problème de santé hésitent à s’arrêter de travailler pour se soigner. Et cela les mène à devoir prendre des congés plus longs.
Comme on peut le voir, l’efficacité gestionnaire du jour de carence n’est absolument pas avérée. Pour autant, cette aberration économique reste rentable, politiquement, pour ce gouvernement, converti à la rhétorique libérale, qui a tout intérêt à installer un bruit de fond anti-fonctionnaire pour l’opinion.
Le procédé est connu, faisons en sorte que personne ne soit dupe de la supercherie !

Sud éducation Finistère