Retraites : à COR et à cris

vendredi 22 mars 2013

À grand fracas médiatique, le COR (Conseil d’orientation des retraites) vient de publier deux rapports, l’un le 19 décembre, l’autre le 22 janvier dernier. Sans surprise, il annonce la poursuite des déficits du régime général, de 21,3 à 24,9 milliards d’euros en 2020. Sans surprise, il réclame une nouvelle et urgente réforme des retraites.

Quand sonne le COR, montent des cris d’épouvante

Sans attendre, Laurence Parisot, la porte-flingue du MEDEF, exige une « désindexation des retraites », façon policée de demander leur réduction. En précisant toutefois que cela ne saurait suffire : « il faudra trouver une combinaison optimale entre recul de l’âge de la retraite et allongement de la durée de cotisation ». L’optimum, elle le verrait bien quelque part du côté de l’Allemagne où l’on galope allègrement vers les 45 années de cotisation et un départ à 67 ans.

Au gouvernement, on n’est pas en reste. Du côté de Matignon, il se murmure à l’oreille des médias qu’Ayrault chercherait à « rassurer les marchés financiers ». On ne saurait dire les choses plus élégamment. Moscovici de renchérir : sans attendre, « il faudra de nouveau revoir le régime de retraites sous ce quinquennat pour le ramener à l’équilibre financier »

Dans la presse respectable et bien-pensante, on ne manque pas d’appeler salarié-es et retraité-es à la raison. Pour les inviter à la soumission, Le Monde se risque à invoquer les considérations morales les plus élevées. L’équité, en premier lieu. Au nom de laquelle le journal de « référence » dénonce ces inégalités qui gangrènent la société. Le scandale du mode de calcul des pensions des fonctionnaires n’est pas la moindre d’entre elles : seuls les 6 derniers mois de salaires sont pris en considération contre les 25 meilleures années pour le commun des salarié-es. Il est donc urgent de niveler, mais par le bas bien sûr. Fût-ce en oubliant que, dans la fonction publique, les meilleurs salaires se concentrent dans les toutes dernières années. Mais il est pire injustice encore : celle des inégalités intergénérationnelles. Ces salauds de vieilles et de vieux qui se goinfrent sur le dos de la jeunesse. En comptant les revenus du patrimoine, le niveau de vie des retraité-es serait proche de celui des activ-es. Horreur ! Voilà comment Le Monde dévoile une vérité sociologique de la plus haute importance : il n’est pas de plus grands privilégié-es que les retraité-es.

Ce qu’on n’entend pas

- Peu importe au Monde, comme au gouvernement et au patronat, que ce patrimoine si inégalement réparti soit, pour près de 50%, entre les mains de 10% des ménages.
- Peu importe que, fin du « papy-boom » oblige, les comptes devraient pouvoir revenir progressivement à l’équilibre après 2020.
- Peu importe que, décote oblige, le minimum vieillesse concerne aujourd’hui près de 40% des nouveaux retraité-es de la fonction publique.- Peu importe, que, réforme de 2003 oblige, le taux de pauvreté des retraité-es recommence à augmenter (+ 0,3 point entre 2008 et 2010) et que leur revenu ne représentera plus que 75% de celui des activ-es après 2020.
- Peu importe que, allongement de la durée de cotisation oblige, le taux de remplacement des pensions (en pourcentage du dernier salaire) ait été amputé de 2 points pour les femmes et de 4 points pour les hommes, entre la génération née en 1934 et celle née en 1942.
- Peu importe que, report de l’âge de départ oblige, la durée moyenne des retraites diminue pour les générations nées après 1950.
- Peu importe enfin que la part des retraites dans le PIB passe de 13,8 points en 2011 à 14,2 en 2020 : 0,4 point en plus ! À titre de comparaison, entre 1982 et 2007, la part des dividendes versés aux actionnaires est passée de 3,2% à 8,5% du PIB. Imaginons que l’on prélève ces 0,4 point sur les dividendes et que, pour faire bonne mesure, on leur retire un ou deux points supplémentaires. On pourrait alors garantir un retour aux 37,5 années pour tout-es et un départ à 60 ans. Ce ne serait pas bien révolutionnaire et même la mère Bettencourt ne serait pas privée de ses petits fours.

Une nouvelle bataille commence

Ne rêvons pas. Pour le patronat, le gouvernement et leurs médias, l’enjeu principal aujourd’hui est de convaincre que le déficit est « abyssal » (Le Monde), les sacrifices nécessaires (le MEDEF) et douloureuses les mesures à prendre (le gouvernement). Après l’austérité budgétaire, les attaques contre les salaires, l’emploi et le droit du travail, les retraites sont le troisième front ouvert par la classe dirigeante afin de faire régler la facture de la sortie de crise par les salarié-es, les chômeur-es, les retraité-es et l’immense majorité de la population.

Une nouvelle bataille sur les retraites commence. Les premiers affrontements se joueront sur le terrain idéologique. Nous ne devons pas y être défait-es sous peine d’encaisser un recul social tel qu’il conduirait à la paupérisation de la plus grande partie des retraité-es.

Sud éducation Haute-Normandie