Retraites : combattre toute nouvelle régression

dimanche 8 septembre 2013

Le gouvernement programme une nouvelle attaque contre les retraites : poursuite de la loi Fillon, augmentation de la durée de cotisation jusqu’à 43 annuités, baisse des pensions et des salaires. Il n’y a aucune raison d’accepter un quelconque recul. Le « problème du financement » des retraites est largement fictif et il s’agit avant tout d’une question de répartition des richesses. Il nous faut construire la mobilisation la plus large pour stopper les régressions sociales et changer les rapports de force.

Pas un jour de plus !

L’unique argument rabâché pour défendre un nouvel allongement des cotisations est que nous devrions travailler plus longtemps puisque l’espérance de vie augmente. Pourtant :

- L’allongement de la vie dure depuis 250 ans et n’a pas empêché le progrès social. Si nous avions suivi le « vivre plus, donc travailler plus », il n’y aurait jamais eu aucune réduction du temps de travail, aucun congé payé, aucune baisse de l’âge de la retraite.

- Avec 5 millions de chômeur/euses, toute augmentation du temps de travail est indécente. Il faut réduire le temps passé au travail (par semaine, par an, et au cours d’une vie) pour travailler moins, tou-tes, et mieux.

- L’espérance de vie en bonne santé commence à reculer depuis quelques années. Les conditions de travail se dégradent, de nouvelles maladies apparaissent. Les années les plus dures au travail sont les dernières. Les meilleures années de retraites sont celles du début. Augmenter la durée du travail réduirait la durée et la qualité de nos retraites (et de nos vies !)

- Allonger la durée de cotisation, c’est baisser les pensions. Les contre-réformes depuis 1993 ont réduit les pensions de plus de 30 %. La moitié des salarié-es est hors emploi en partant à la retraite et l’augmentation des annuités exigibles ne modifie pas la durée réelle de cotisation : la durée moyenne cotisée est de 31 ans et la durée moyenne validée de 37,75. Augmenter la durée de cotisation attendue, c’est creuser l’écart entre annuités exigibles et annuités cotisées et ainsi baisser les pensions, phénomène amplifié par les décotes.

- Allonger la durée de cotisation, c’est accentuer les inégalités femmes/hommes. La différence des salaires entre femmes et hommes est déjà en moyenne de 27 % ; pour les pensions elle s’élève à 33 %. Les femmes validant en moyenne 12 trimestres de moins, toute augmentation des annuités aggraverait ces inégalités de la vie professionnelle et des retraites, à l’encontre desquelles le gouvernement n’envisage aucune réponse sérieuse.

Pas un euro de moins !

Aujourd’hui déjà, 40% des retraité-e-s vivent, se logent et se nourrissent avec moins d’un SMIC. Une femme retraitée sur 3 touche une pension inférieure à 700 euros par mois. Outre l’augmentation de la durée de cotisation, qui ferait baisser les pensions, le gouvernement projette d’augmenter les cotisations sociales des employeurs comme des salarié-e-s, « à égalité » (0,15 % en 2014, puis 0,05 point en 2015, 2016 et 2017, soit 0,3 point à l’arrivée). Sous des faux airs de justice et de mesure « équilibrée », majorer les cotisations salariales reviendrait à baisser le salaire net des actifs/ves afin d’augmenter le moins possible les cotisations patronales. Et encore, pour les cotisations patronales, le MEDEF a obtenu en compensation une baisse des cotisations pour la branche « famille », qui baisseraient d’autant, voire plus ! Le projet du gouvernement revient ainsi à faire payer trois fois les salarié-e-s : des revenus plus bas pendant leur activité, une durée de travail plus longue, des pensions diminuées.

La situation n’a rien de catastrophique

Il y a plus de retraité-es et c’est un progrès. Les retraites, c’était 5% du PIB (produit intérieur brut) en 1960, 10% en 1980, 13% aujourd’hui… Il n’y a pas lieu de s’interdire l’augmentation de cette part… en prenant l’argent où il s’accumule ! Selon les prévisions du Conseil d’Orientation des Retraites, il y aura un pic de déficit en 2020 (avec 20 milliards annuels), puis un retour à l’équilibre vers 2035. 20 milliards à trouver par an, c’est 1 point de PIB : c’est comparable au crédit d’impôt offert sans contreparties aux entreprises en novembre 2012 avec le « Pacte de compétitivité ». La fraude fiscale, c’est 80 milliards par an.

Augmenter les cotisations patronales

- Il faut remettre en cause exonérations et allègements de cotisation ; elles ont prouvé leur inefficacité. L’exonération sur les stock-options coûte 3 milliards par an. Avec celles qui sont liées à l’intéressement et à la participation, on arrive à une perte comprise entre 6 et 8,3 milliards. Et ne sont pas comptées ici les exonérations sur les bas salaires, les zones franches, etc.

- Les cotisations patronales peuvent augmenter en diminuant les dividendes. Le taux de cotisation patronale n’a pas bougé depuis 1980, alors que les cotisations salariales ont augmenté. Ce qui coûte cher aux entreprises, c’est d’abord le coût du capital. En 30 ans, la part des dividendes versés aux actionnaires a triplé (94 milliards par an environ).

- Il faut élargir l’assiette des cotisations patronales  : le patronat a multiplié les substituts pour ne pas augmenter les salaires et individualiser la rémunération : dividendes, intéressement, stock-options, bonus…

Les cotisations devraient être élargies à l’ensemble des revenus distribués par les entreprises.

En finir avec les politiques libérales

Le déficit de 20 milliards pour 2020 est la conséquence des politiques d’austérité. Nous ne sommes pas responsables de la crise du capitalisme ; ce n’est pas à nous de la payer. Le financement de la protection sociale est grevé par le chômage et les bas salaires, autant de cotisations en moins. Il faut créer des emplois socialement et écologiquement utiles, réduire le temps de travail, augmenter l’emploi public, développer les services publics et créer ceux qui manquent alors que le gouvernement se vante de faire mieux que ses prédécesseurs pour la réduction des dépenses publiques. De même, la poursuite du gel des traitements des fonctionnaires comme le refus d’augmenter significativement le SMIC serviront de prétexte au patronat pour continuer une politique globale de gel des salaires.

Il n’y a pas de « problème des retraites » ; il y a l’urgence d’une autre répartition des richesses et d’une alternative sociale !

Les revendications de Solidaires

Réduire les injustices et les inégalités suppose d’abroger les contre-réformes depuis 1993 pour :
- définir l’âge légal pour une retraite à taux plein à 60 ans,
- supprimer la décote et ramener la durée de cotisation à 37,5 annuités,
- indexer les pensions sur les salaires.

Pour financer les retraites, il faut augmenter les cotisations patronales et :
- abroger les mesures d’exonération et d’allègement des cotisations,
- augmenter leur taux,
- élargir leur assiette à l’ensemble des revenus distribués par les entreprises.

Quelle Mobilisation ?

Nous devons tirer les bilans des luttes précédentes si nous voulons empêcher les régressions programmées. Il faut, pour développer la mobilisation, s’appuyer sur les journées de grève et manifester le plus massivement. Mais il ne suffit pas de montrer son désaccord. Il faut créer un véritable rapport de force, par la construction d’une grève interprofessionnelle reconductible bloquant le fonctionnement de l’économie et des institutions, seule à même de faire plier les pouvoirs. Chaque secteur doit y prendre sa part. À Sud éducation, dans notre champ professionnel, avec Solidaires, notre union syndicale interprofessionnelle, nous y mettrons toutes nos forces.

Ni aujourd’hui, ni en 2020 !

Pour essayer de tuer dans l’œuf la forte mobilisation qui s’annonçait, le gouvernement a finalement renoncé à allonger dès maintenant la durée de cotisation. Mais c’est reculer pour mieux sauter, puisqu’il maintient l’augmentation des annuités prévues par la loi Fillon jusqu’en 2020, et il programme en plus la poursuite de cet allongement après 2020 pour aller jusqu’à 43 annuités pour une retraite à taux plein ! Cela doit renforcer notre détermination à créer le rapport de force : par nos luttes, empêchons toute régression pour aujourd’hui ou pour demain, imposons l’abrogation des contre-réformes de la droite et la satisfaction de nos revendications.

Un appel unitaire

« Ensemble, défendons nos retraites ! » : Attac et la Fondation Copernic ont lancé un appel soutenu par des représentant-es d’organisations de diverses sensibilités associatives, politiques et syndicales (Solidaires et les syndicats SUD, la FSU, des fédérations CGT…). Il peut être le cadre de la création de collectifs unitaires locaux pour mener des initiatives de sensibilisation et développer une large mobilisation populaire.

Appel à signature sur www.retraites2013.org

Dossier élaboré par Sud éducation Loire


Documents joints

Pages 8 et 9
Pages 8 et 9
N°54 du journal des syndicats et de la fédération SUD éducation, septembre 2013