SUD en Suisse

Le “pitbull” du service public helvétique
 janvier 2001
mis à jour lundi 4 avril 2005

Voilà bientôt deux ans que la Fédération SUD Service public est apparue dans le paysage syndical du canton de Vaud (Suisse). Chez nos voisins comme ici, c’est la remise en cause systématique des acquis et des droits des salariés, la casse programmée des statuts, la précarisation du travail et surtout l’incapacité chronique d’une certaine forme de syndicalisme à s’opposer à ce formidable mouvement de recul social qui a conduit de nombreux travailleurs à s’engager dans la construction de nouveaux syndicats, réellement indépendants et démocratiques, opposés à toute forme de cogestion et résolument tournés vers l’organisation des luttes. La création à Lausanne d’une Fédération SUD procède de cette urgence ; c’est la réponse collective des salariés de l’ensemble des secteurs de la fonction publique vaudoise aux terribles menaces qui pèsent sur eux.

A l’instar de la CGT espagnole et de l’UNICOBAS scuola italienne, nous avons manifesté aux côtés des camarades de SUD Service public il y a quelques mois dans les rues de Genève (cortège anti-OMC du 25 juin dernier). Nous discutons régulièrement avec ces organisations. L’enjeu de ces échanges est essentiel : il s’agit de construire une structure syndicale alternative capable de coordonner la lutte contre les politiques éducatives ultra libérales initiées par la Commission de Bruxelles et la plupart des gouvernements européens.

Un syndicat vaudois de combat

La Fédération syndicale SUD a été créée le 8 décembre 1998. Elle fait suite à l’exclusion des présidents de trois syndicats fédérés dans la très molle Fédération vaudoise des Sociétés de Fonctionnaires (FSF). Ces syndicats sont le Syndicat Général de la Fonction Publique, le Syndicat Vaudois des Maîtres de l’Enseignement Professionnel et la Société Vaudoise des Maîtres Secondaires. Actuellement SUD compte dans ses rangs une douzaine d’associations et de syndicats rassemblant plus de

7 000 membres actifs, pour un effectif de 26 000 fonctionnaires

Citons parmi eux : l’Association suisse pour la rééducation psychomotrice de l’enfant et l’Association vaudoise des psychologues, SUD Enseignement et recherche, le Groupe Régional des Bibliothécaires Vaudois, etc.

Notre credo pourrait se résumer en ces quelques phrases : "Le service public relève de l’économie sociale. Il n’est pas régi par la loi du profit ou la recherche de la maximalisation des plus-values. Il fonctionne selon des critères d’efficacité sociale : principes de solidarité, d’égalité de traitement, de durabilité et de qualité des prestations, d’utilisation des meilleures techniques disponibles. Le service public répond au principe d’universalité : on ne peut exclure de son domaine d’intervention aucun individu ou collectivité, sous prétexte qu’ils ne garantiraient pas une rentabilité suffisante."

Sur le front des luttes

Pour l’heure notre fédération syndicale doit organiser de nombreuses luttes. Elles se livrent sur plusieurs fronts. Tout d’abord, la suppression pure et simple du statut de fonctionnaire cantonal remplacé par une loi sur le personnel particulièrement réactionnaire, donnant les pleins pouvoirs au gouvernement cantonal et limitant les libertés syndicales. La lutte contre cette loi, qui dure depuis trois ans, nous a permis de déclencher des manifestations réunissant parfois jusqu’à de 15 000 personnes (pour une population de 500 000 habitants). Malheureusement, la très consensuelle FSF a signé un accord qui restreint notre lutte aux modalités d’application de la loi sur le personnel. Parmi les pires aspects de cette loi, citons : le licenciement collectif, la limitation du droit de grève, la reconnaissance édulcorée des syndicats remplacés par des commissions du personnel bidon.

Un autre combat

Un autre combat d’importance est celui qui nous oppose aux diverses formes de la "nouvelle gestion publique". Celle-ci se manifeste par l’introduction des contrats de prestations qui précèdent l’externalisation puis la privatisation de certains services de l’État. Dans cette démarche, l’assurance publique contre l’incendie et l’informatique vaudoise précèdent de peu les services hospitaliers et les écoles professionnelles.

La lutte sur le terrain, au cas par cas, contre le harcèlement professionnel mobilise de plus en plus nos forces vives. Les résultats sont variables, la justice suisse découvrant ce fléau ! Maigre consolation, SUD Service public est en passe de se tailler une réputation de "pitbull" dans ce domaine. Les divers plans d’économies des finances du canton de Vaud ayant vidé de sa substance certains services, dont la santé et l’enseignement, la lutte pour des effectifs corrects et la réallocation des ressources est un combat de tous les jours.

Sur le plan de l’enseignement, la formation professionnelle va voir sa loi fédérale modifiée sous peu. Pour nous, il s’agit de veiller à ce que la perméabilité entre les filières académique et professionnelle soit réellement appliquée. L’obligation faite aux entreprises non formatrices d’apprentis de contribuer financièrement à la formation est l’une de nos revendications essentielles. La lutte contre le subventionnement des prestataires privés prévu par cette loi retiendra toute notre attention.