Sans-Papiers : résister par la mobilisation

lundi 8 janvier 2018

Clermont-Ferrand, occupation des jardins de l’université : 180 personnes relogées, une victoire pour la mobilisation

L’occupation des jardins de la fac de lettres de Clermont-Ferrand, du 3 au 20 octobre 2017, a porté ses fruits : 180 personnes dont 80 enfants ont été relogées. Sans la solidarité des étudiant-es, des personnels de l’université et de toute la population, ces demandeur-euses d’asile vivraient, toujours, dans des conditions indignes. Cette action, coordonnée par l’Unef et RESF, a mis en lumière un problème récurrent et dramatique : l’hébergement des demandeur-euses d’asile, à Clermont-Ferrand, comme ailleurs. Chaque lundi soir, à la réunion de RESF, des familles avec enfants, des débouté-es de l’asile, des personnes en attente d’être enregistrées par la Préfecture viennent, dans l’espoir de ne pas passer une nouvelle nuit à la rue. Malheureusement, les appels à l’hébergement d’urgence, les mails aux différents services n’aboutissent souvent à rien. Les réfugié-es sont, alors, obligé-es de trouver des abris précaires : tentes, locaux de retrait automatique de billets, salle d’attente des urgences de l’hôpital... Cette situation ne cesse d’amplifier depuis le printemps.

Gergovia Fac solidaire

Le 3 octobre, l’Unef, RESF et les personnes concernées, ont organisé, ensemble, l’occupation des jardins de l’université. La présidence de l’université a fait preuve de bienveillance, en installant des toilettes, à l’extérieur des locaux de la faculté. La solidarité s’est organisée, en amplifiant de jours en jours, avec les occupant-es des 70 tentes, plantées sur les pelouses. Des repas chauds ont pu être servis, tous les jours. Des manifestations importantes se sont déroulées. Elles ont rassemblé jusqu’à 700 personnes. Une pétition a recueilli plusieurs milliers de signatures en quelques jours.
Dès le 4 octobre, nous avons refusé l’approche de la Préfecture qui disait vouloir loger les demandeur-euses d’asile, mais pas les débouté-es, alors même qu’elle laissait ces demandeur-euses d’asile à la rue, depuis des mois. Cette mobilisation a fait la Une de la presse locale. Le travail militant a été énorme (collages, diffusions de tracts), avec des étudiant-es omniprésent-es. Tout-es les enfants sont allé-es à l’école. Des cours de français ont été mis en place, ainsi que des animations, pour les enfants. Des profs de l’université ont organisé, sur le campement même, des séances de réflexion sur l’immigration avec leurs étudiant-es. Chaque jour, une Assemblée générale a pu se tenir, regroupant entre 50 et 120 personnes, militant-es et migrant-es, le tout traduit, en arabe, en russe, en anglais, en albanais, en serbo-croate. Mairie, Conseil départemental et Préfecture ont été mis en cause, par toutes celles et ceux qui revendiquaient « un toit, une école et des papiers pour tout-es ». Le 20 octobre, la Préfecture a enfin cédé : tou-tes les demandeurs d’asile, débouté-es ou non, présent-es sur le campement sont logé-es. Mais, tout n’est pas réglé. Clermont-Ferrand n’est pas devenu un havre de paix pour les migrant-es. L’accueil en Préfecture est indigne et, avec les réductions de personnels, dans toutes les Préfectures, cela ne va pas s’arranger.
Durant cette mobilisation, dans le cadre unitaire, pluraliste et laïque qu’est RESF, nous avons aussi tenté de mettre en lumière la situation des jeunes étranger-es isolé-es non pris-es en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, une responsabilité du Conseil départemental. Venu-es, seul-es, de différents États africains, ils et elles vivent dans les pires conditions. Avec l’aide de RESF, 45 occupent un squat, depuis fin août, et 30 autres sont logé-es par la solidarité militante. À l’heure où nous écrivons, 11 des jeunes garçons qui occupent ce squat sont convoqués au tribunal pour occupation illégale de locaux privés. Donc le combat continue : 150 personnes étaient rassemblées devant la Préfecture, le 18 décembre, journée internationale des migrant-es, avec la régularisation de tou-tes comme axe central de nos revendications. Ce jour, 150 manifestations se sont déroulées dans le pays, ce qui montre que, face à la stupidité des politiques menées, depuis 30 ans, contre les étranger-ères désireux-euses de vivre parmi nous, une France solidaire existe.
Nombre de camarades de Sud éducation et de syndicats Solidaires (étudiant-es, santé, rural, PTT, retraité-es) ont participé à cette mobilisation, qui contribue à renforcer RESF sur le plan militant. Après ce mouvement, exemplaire, de solidarité dans la lutte, les questions restent entières, quant à l’entrée et le séjour des étranger-es en France. Les choses vont même s’aggraver avec la publication, le 20 novembre 2017, de 14 pages d’instructions du ministre de l’Intérieur dont l’objet est ainsi libellé : « objectifs et priorités en matière de lutte contre l’immigration irrégulière ».

La modernité selon Macron : intensifier la chasse aux sans-papiers

Dans la communication du ministre de l’Intérieur, la double peine (expulsion des étranger-es condamné-es en justice), que Sarkozy n’a jamais supprimée -contrairement à ses déclarations- est bien réaffirmée, dès le début du texte. Pour le reste, le souci du gouvernement est présenté comme celui de l’hébergement d’urgence, mais il s’agit, surtout, de faire de la place dans les structures existantes. Les préfets et préfètes sont invité-es à « un suivi hebdomadaire du taux de déboutés hébergés dans le dispositif national d’accueil » et on leur suggère même de traiter, d’un seul mouvement, la sortie de l’hébergement d’urgence et l’expulsion du territoire.
Pour aider à cela, les services « étrangers » des Préfectures seront renforcés, de 150 équivalents temps-plein, quand, dans le même temps, on supprime 4 000 postes dans les Préfectures. Et, pour que les expulsables ne s’évaporent pas dans la nature, 200 places supplémentaires seront rapidement créées dans les centres de rétention administrative (CRA), qualifiés, il n’y a pas si longtemps, de « honte de la République ».
Quant au placement des enfants, en centre de rétention, mesure qui devait cesser avec l’élection de Hollande, Gérard Collomb n’est, ni pour, ni contre, bien au contraire… Il écrit : « Je vous rappelle que le placement en rétention d’un étranger accompagné d’un mineur […] doit prendre en compte l’intérêt supérieur de l’enfant ». Que tout cela est joliment dit. Et le ministre d’ajouter que « le panel des aéronefs utilisables pour des missions d’éloignement a été élargi au cours des derniers mois ». Le 8 décembre, Collomb souhaitait détailler sa circulaire, en recevant des associations impliquées dans l’hébergement d’urgence. À peine entrées, elles (Emmaüs, Secours catholique, Médecins du monde…) ont claqué la porte. « Nous refusons le recensement, l’étiquetage et le triage des personnes qui entrent dans l’hébergement d’urgence » (Le Monde, 8/12/2017). La ligne dure de dissuasion migratoire de Macron est dans la continuité de l’idée selon laquelle « les étrangers ne sont pas les bienvenus », comme l’affirmait déjà le sinistre Charles Pasqua, il y a plus de trente ans.
Les injonctions aux Préfectures et aux services de police vont pousser les sans-papiers à se cacher davantage, et constituent un défi, pour toutes celles et ceux qui continuent de se mobiliser, pour la régularisation des sans-papiers, la liberté de circulation et d’installation. Fin février 2018, les préfets et préfètes devront faire remonter leur bilan et leurs projets. À nous de faire qu’ils et elles soient tout-es mal noté-es.

Sud éducation Puy de Dôme - Allier