Sans lycée

Sud éducation Hauts-de-Seine
samedi 28 novembre 2015

Lors de la dernière rentrée, nombre de lycéen-nes recalé-es au bac ont été traité-es de façon scandaleuse par l’Institution : non seulement ils et elles n’ont pas trouvé de places pour redoubler dans leur lycée d’origine, mais ils et elles n’en n’ont parfois pas trouvé tout court, faute de moyens et donc d’ouverture de classes de terminale nécessaires. Soit ils et elles ont été découragé-es à l’usure, soit on leur a proposé des dispositifs au rabais qui ne leur permettent pas de suivre une vraie préparation au bac ni à leurs études post-bac. Les élèves les plus touché-es étaient principalement issu-es de milieux sociaux défavorisés. La situation n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave chaque année. L’affaire, malheureusement pour le Men, a été médiatisée au plan national contraignant la Ministre à reconnaître l’ampleur du problème et à réagir.
Pour la rentrée 2015, le nombre de lycéen-nes est en hausse (les élèves arrivant en classe de 2nde sont issu-es du baby boom 2000), mais les moyens n’ont pas augmenté. Et si des ouvertures de classes de 2nde sont prévues, il y a fort à parier que cela se fasse au détriment de classes de terminale. Le phénomène des « sans lycée » risque donc d’être bien plus important que l’an dernier.
C’est dans ce contexte que le Cse (Conseil supérieur de l’éducation) a voté le 2 juillet trois propositions destinées à régler le problème :
• accorder à chaque élève le droit de redoubler dans son lycée d’origine ;
• accorder à chaque élève le droit de garder les notes supérieures à la moyenne pour une durée de 5 ans (bac et Bts) ;
• permettre à chaque élève de suivre un enseignement à la carte.

On est bien loin du projet d’École émancipatrice et épanouissante, développant la solidarité et la coopération, défendu par Sud éducation. Mais dans le contexte d’austérité que subit l’École libérale de notre société capitaliste, on peut considérer que les deux premières propositions améliorent les droits des élèves et leurs chances de réussite à l’examen. Au contraire, la troisième proposition accentue la vision consumériste et modulaire de l’École, faisant fi des échanges et des apports qui existent au sein d’une classe, sans parler des problèmes d’organisation qu’elle entraînera, notamment dans les lycées surpeuplés des Hauts-de-Seine. On peut d’ailleurs se demander si la première proposition, dont la mise en place n’est prévue que pour la rentrée 2016, et qui est la plus importante pour les droits des élèves, n’est pas destinée à mieux faire accepter la dernière, notamment à ceux et celles qui dénoncent cette exclusion scolaire.
Sud éducation 92 continue donc à se battre pour une réelle transformation de l’École dans le cadre d’une transformation sociale globale, mais aussi, dans l’immédiat, pour défendre le droit des élèves que l’Institution tente souvent d’exclure prématurément du système scolaire ou d’éduquer à bas prix sous prétexte de réduction des dépenses publiques. C’est pourquoi nous avons co-signé le communiqué suivant avec la Cgt éducation, la Fcpe, la Peep, le Snes et le snFolc des Hauts-de-Seine.

Pour lutter contre le décrochage scolaire, commençons par ne pas exclure des lycéen-nes qui ne demandent qu’à être scolarisé-es !
Dans les Hauts-de-Seine, comme au plan national, la direction des services de l’Éducation nationale invoque souvent la bienveillance à l’égard des jeunes et le souci de lutter contre le décrochage scolaire. Pourtant, depuis plusieurs années dans notre département, des centaines d’élèves de lycée n’ont pas d’affectation à la rentrée.
Non seulement les jeunes et les familles concernés doivent passer tout l’été sans savoir où ils feront leur scolarité l’année suivante, mais ils ne sont pas sûrs d’avoir une place dans un établissement proche de leur domicile. Ils sont obligés de s’adresser régulièrement aux proviseurs afin d’essayer d’obtenir une place qu’ils n’ont quasiment aucune chance de trouver. Cette situation inadmissible et scandaleuse ne doit plus perdurer : ce n’est pas aux familles de trouver une solution, mais à l’Éducation nationale de proposer des places en nombre suffisant.
C’est, en tous cas, l’idée que nous nous faisons de l’École publique.
Nous demandons à la Région Île-de-France de construire rapidement de nouveaux lycées dans notre département afin de faire face à la hausse démographique.
Nous demandons à la Direction académique des Hauts-de-Seine de créer le nombre de classes nécessaires pour que la préparation de la rentrée puisse se faire de manière sereine et bienveillante à l’égard des jeunes. Les élèves ayant échoué à un examen doivent pouvoir redoubler dans un établissement proche de leur domicile.
Enfin, nous tenons à dénoncer les projets de transferts des filières professionnelles et technologiques présentes dans certains lycées polyvalents du département. Cela nuit à la mixité sociale et scolaire et dégrade les conditions d’études des élèves.