Sarkozy annonce l’expulsion de milliers d’élèves pendant les grandes vacances

vendredi 20 janvier 2006
mis à jour lundi 13 février 2006

Au journaliste du Monde qui lui demandait « Entendez-vous les protestations concernant les expulsions d’élèves en situation irrégulière ? », l’humaniste ministre de l’Intérieur répondit : « Oui, car on ne peut être ferme si l’on n’est pas juste. La solution consiste à ne pas reconduire les élèves à la frontière pendant l’année scolaire en cours. Mais ce n’est pas parce que des enfants sont scolarisés que les parents ont droit au séjour au-delà de la période scolaire. Notre politique d’immigration doit être à la fois ferme et humaine. »

En conséquence, par une circulaire du 31 octobre adressée aux préfets, Nicolas Sarkozy décide que « les enfants scolarisés depuis plusieurs mois pourraient achever leur année scolaire, mais à la fin de cette période, les parents en situation irrégulière devront regagner leur pays d’origine avec leurs enfants. » Les expulsions des jeunes majeurs scolarisés, et des parents sans papiers d’enfants scolarisés, sont donc officiellement suspendues jusqu’aux grandes vacances. La police n’ira plus chercher des enfants dans les écoles ou les centres de loisirs, il lui est maintenant recommandé « d’éviter [...] des démarches dans l’enceinte scolaire ou dans ses abords. »

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Mais nous ne sommes pas dupes. Ce qui vient de se passer, c’est l’expression d’une gêne du ministre sur le dossier des jeunes scolarisés sans papiers ; ça ne fonctionne pas comme prévu, ça bouge où il se passe quelque chose, les médias s’en mêlent, l’opinion publique est informée, expulser n’est plus si aisé... Le premier objectif du Réseau Education Sans Frontières (RESF) -révéler au plan national ce scandale de l’expulsion des jeunes scolarisés- est atteint. Si ce n’est pas LA victoire, c’est au moins un recul obtenu grâce à l’action de RESF, grâce au vaste mouvement de soutien, à la mobilisation, partout en France de profs, de parents d’élèves, de jeunes qui ont cette force d’indignation que beaucoup d’adultes ont perdue, grâce au regroupement de multiples syndicats, associations de défense des droits humains et des immigrés, d’élus, de citoyens... C’est un succès du réseau et c’est un camouflet pour celui qui donnait la consigne impérative aux préfets, le 9 septembre, de « savoir résister aux pressions de tels ou tels collectifs ou coordinations qui ne représentent qu’eux-mêmes » et qui leur demande aujourd’hui de nouer « un dialogue constructif » avec eux.

Mais les mesures actuelles ne sont qu’un coup de communication destiné à masquer un durcissement généralisé, à faire croire que le danger est passé et à casser cette mobilisation nationale. Nous sommes d’autant moins dupes que, depuis la parution de la circulaire du 31 octobre, les arrestations et placements de jeunes scolarisés et de leurs parents en centres de rétention en vue d’expulsion continuent à Paris, en Eure-et-Loir, en Moselle, dans la Nièvre, le Lot-et-Garonne, le Rhône... La vigilance s’impose donc pour obliger au respect d’une circulaire que des préfets n’appliquent pas en s’obstinant à faire du chiffre.

Il ne faut donc pas tomber dans le piège tendu mais réagir au contraire en dénonçant, parce qu’elle est scandaleuse et inacceptable, l’annonce des expulsions massives programmées pour les prochaines vacances d’été. Qui peut comprendre comment des expulsions déclarées inhumaines en octobre deviendraient tolérables en juillet ?

Evidemment, une circulaire ne peut en aucun cas régler la situation, c’est la loi qu’il faut changer. La revendication essentielle reste la régularisation, c’est-à-dire le titre « vie familiale et privée » pour tous ces jeunes dont la vie est désormais, pour la plupart, ici. Nous continuerons la défense, l’accompagnement et la protection de chacun au cas par cas. Mais c’est un véritable processus de régularisation collective qui doit être engagé.

Les délégués fédéraux de Sud éducation au RESF

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