Service public et continuité territoriale : Guyane, l’enfant pauvre !

Sud éducation Guyane
jeudi 9 janvier 2014

La continuité territoriale se donne pour objectif de renforcer la cohésion entre différents territoires d’un même État, en compensant les handicaps liés à leur éloignement, un enclavement ou un accès difficile. Il s’agit ici de constater et dénoncer l’inégalité d’accès aux services publics liée aux territoires.

Les inégalités scolaires en Guyane

Prenons deux enfants de 11 ans : l’un vit à Maripasoula, le plus grand territoire communal de France mais aussi l’un des plus difficiles d’accès, accessible uniquement en pirogue (3 à 6 jours) ou en avion (1h30) depuis la préfecture ; l’autre vit à Rémire-Montjoly, une commune résidentielle limitrophe de Cayenne. Pour leur entrée en 6ème, l’un vit un début de scolarité chaotique au collège Gran Man Difou, sans vrais cours depuis près de trois semaines car pas moins de quatorze postes d’enseignant-es ne sont pas pourvus (sur un effectif de 48 professeur-es). Cet élève n’aura sans doute jamais face à lui une équipe stable, formée et diplômée (les contractuel-les recruté-es par le rectorat, à la va-vite, ont une « durée de vie » moyenne de 5 mois sur place). L’autre se trouve dans une classe dans laquelle est regroupé un nombre important de titulaires de l’Éducation nationale. Il sera entouré par des équipes éducatives et pédagogiques stables et confirmées. Ici, donc, pas d’égalité entre les citoyens.

L’austérité pour expliquer l’agonie des services publics

Bien sûr, dans le plus grand département de France mais aussi le moins densément peuplé (2.9 hab/km²), nous sommes loin des grands principes du service public et une partie non négligeable de la population ne connaît que des prestations de qualité moyenne, voire médiocre, et parfois inexistantes. Pourtant, ces citoyens paient leurs impôts. Cet état de fait s’explique par l’austérité, une logique plus comptable que sociale et territoriale. Le regroupement des services vers les grands centres urbains pousse à l’exode rural qui vide les communes et déséquilibre le territoire. On peut prendre l’exemple de ces milliers de bureaux de poste sacrifiés sur l’autel de la rentabilité, sans que soit pris en compte le rôle humain et social des postiers dans ces régions rurales où la population n’a pas forcément accès aux nouvelles technologies.

L’exemple de la réforme des rythmes scolaires

On pourrait dire que ces inégalités sont un problème spécifique à la Guyane et se réjouir que la Halde ait demandé, en 2011, la reconnaissance de la discrimination liée au territoire. Cependant, ces inégalités s’accentuent sous l’effet de l’austérité, pourtant décriée par le candidat Hollande en 2012. La situation de la Poste se retrouve dans l’Éducation nationale avec la récente réforme des rythmes scolaires qui transfère une partie des obligations de l’État vers les collectivités territoriales, notamment en ce qui concerne les activités périscolaires. Si le rectorat de Guyane n’est pas capable de fournir assez d’enseignant-es pour les communes isolées, alors il ne faut pas s’attendre qu’un maire puisse recruter des animatrices et animateurs convenablement formés et en nombre suffisant. Les disparités évoquées dans les premiers paragraphes de cet article ne pourront que se creuser.
Il est temps d’arrêter cette hémorragie qui touche le service public : mettons fin d’abord à la logique comptable qui ne vise que le court terme, et établissons un service public de qualité correspondant aux territoires et aux attentes des citoyens. Pour cela, il faut d’abord déployer autrement les moyens, notamment lorsqu’ils servent à créer des postes surnuméraires de Directeurs, Directeurs Adjoints et autre Conseillers techniques dans les services administratifs. Ces moyens doivent servir à la mise en place d’un service public de qualité et efficace pour les usagers. Toute politique efficace doit se concentrer sur l’augmentation de l’attractivité des territoires isolés et le développement de la formation locale.