Seule la lutte paie

jeudi 12 janvier 2017

Le collège Vercors, en plein cœur de Grenoble, est classé en REP. Avec ses 350 élèves, il est avant-dernier du département au brevet, mais en progrès grâce aux efforts d’une équipe soudée.

Dès la rentrée, la mobilisation se construit

Juin 2016, le rectorat supprime deux postes de surveillants en CUI-CAE [1] et ce, malgré des effectifs en augmentation. Courrier de protestation, demande de rendez-vous à la Directrice académique des services de l’Éducation nationale (Dasen), entrevue au mois de juillet avec l’adjoint puis une fin de non-recevoir.
Le collège a eu le prix de l’innovation de l’éducation prioritaire, les collègues ont l’habitude de travailler en équipe. La veille de la pré-rentrée, l’équipe au complet se réunit au collège pour faire le constat. 50 élèves en plus dont 40 inscrit-es à la cantine du lycée voisin et la confirmation de deux surveillants en moins. Surveillant-es et CPE ne peuvent assurer leurs missions, pour les enseignant-es non plus, pas question d’assurer leur boulot dans ces conditions. Devant le manque de considération du rectorat, à l’issue de l’heure mensuelle d’information (HMI), on dépose un préavis de grève pour le lundi suivant et un courrier à la Dasen espérant une réaction avant la date butoir.

Les revendications s’amplifient

Lundi matin, aucune réponse. Le collège est en grève, rejoint par les parents et les élèves. Les collègues du collège Village olympique sont en grève pour les mêmes raisons. Le cortège se dirige vers l’Inspection académique (IA) qui daigne nous recevoir séparément. Mardi, mobilisation devant le collège. Les parents sont avec nous. On contacte les médias et les élus puis cortège jusqu’à l’IA avec la présence des élèves. Reçu-es par l’adjoint de la Dasen, après avoir envahi les locaux, on n’obtient aucune avancée. On va alors au rectorat qui bloque les accès et nous donne rendez-vous à 12h30. On repart vers le conseil départemental car on réclame aussi la titularisation d’une agente d’entretien et le passage à temps plein de l’ouvrier spécialisé. Autre revendication, le passage à temps plein pour les Accompagant-es des élèves en situation de handicap (AESH) et la prise en charge de tout-es les élèves en attente de suivi.

On nous lâche... des miettes

Une délégation est reçue pendant que le reste du cortège repart au rectorat où le directeur de cabinet de la rectrice nous reçoit dans le hall d’accueil, debout au milieu des visiteurs. De retour au collège, la Cheffe d’Établissement (CDE) nous informe que le Dasen adjoint nous « lâche » un contrat en CUI sur les deux perdus, 10 HSA [2] et 1 IMP [3], juste avant notre AG, dans l’espoir qu’on cesse notre « crise d’humeur ». La CDE exprime sa satisfaction mais pour les collègues on est loin du compte et la grève se poursuit.
Mercredi, rebelote au rectorat, avec les parents en nombre, flash-mob, concert de casseroles et encerclement du rectorat. On nous reçoit mais en refusant les élèves dans la délégation ; « ils ne peuvent pas comprendre ». Colère des élèves et prise de conscience du dédain du rectorat. L’administration est accompagnée de notre CDE, on nous accorde alors un deuxième CUI, la CDE intervient pour y voir la victoire tant attendue. « Débriefing » en AG, la CDE nous presse pour reprendre les cours mais pour le personnel le compte n’y est pas.

Déception et colère

Jeudi, grève nationale, la banderole du collège en tête de manif ; la caisse de grève circule, soutien de Sud éduc, PTT et Solidaires mais aussi du Snes. L’AG de grève décide de taper plus haut. Dans la nuit, 25 collègues montent à Paris, tandis qu’une quinzaine vont interpeller la ministre en visite à Lyon. Au MEN on trouve porte-close, le directeur de cabinet consent à les voir ... sur le trottoir, déception et colère.
À Lyon le dispositif de sécurité est pris de court : les RG ne nous attendaient pas là ! La préfecture organise une entrevue, avec le conseiller aux affaires sociales de la ministre et la directrice de cabinet du recteur de Lyon, mais dans un local municipal, à l’écart du collège où la ministre est attendue. On accepte puis des gendarmes nous escortent. On craint de s’être fait flouer mais les émissaires arrivent. Après 45 minutes d’entrevue, on nous donne raison pour nous promettre des « avancées » dans la foulée.
De retour à Grenoble, la Dasen veut nous voir pour annoncer des concessions, on y va. Elle nous annonce un 1/2 poste d’Assistant d’éducation (AED) mais jusqu’à l’arrivée des CUI !

La grève est reconduite jusqu’à la victoire

Samedi matin, AG avec le retour de la délégation parisienne. L’un des collègues est sorti de la route après 36 heures sans dormir ; la voiture est foutue mais le collègue s’en est sorti. Une évolution notable se produit dans l’esprit des collègues. Le mépris de l’administration provoque la colère des camarades qui pensaient arrêter le mouvement. On reconduit la grève pour la deuxième semaine. Lundi, les parents se mobilisent pour harceler le rectorat. Ils proposent de prendre le relais mais souhaitent qu’on reprenne les cours. L’AG de grève est incertaine, quelques collègues sont pour la reprise des cours, d’autres pour la grève tournante ou le retrait de la vie scolaire. On s’écoute, on a pris conscience que la grève de tout-es a permis le rapport de force qui a poussé le rectorat à reculer. La grève est reconduite avec trois abstentions qui se rallient au nom de l’unité d’action. Ambiance électrique, ça commence à faire long, la CDE fulmine pour la forme. Malgré quelques dissensions on convainc les parents de rester dans le mouvement. Mardi, surpris de « l’hyper-réactivité » du collège face à la baisse des moyens, le rectorat s’engage à assurer le 1/2 poste d’AED jusqu’à la fin de l’année. L’AG de grève vote la reprise du travail, c’est une victoire, basée sur des revendications inter catégorielles et la grève unanime.

Ce fut un apprentissage pour certain-es collègues, une intégration fulgurante pour les nouveaux-elles et source de réflexion sur les rapports à l’autorité, aux médias et aux politiques. Pour ceux et celles qui imaginaient jusque là l’administration bienveillante ou faisant au mieux, c’est une prise de conscience des rapports employeur/salarié-es, de la lutte des classes et de la grève comme outil principal pour gagner.

Épilogue. Le 3 octobre, entrevue au rectorat pour « négocier » les retraits de salaire. Réponse : « on applique le droit » de retirer 1/30e par jour de grève, soit plus de sept mois de salaire cumulés. Malgré la caisse de grève, la grève coûte aussi ! C’est pourquoi un appel à la solidarité reste encore ouvert auprès de L’AMICOOL du collège Vercors, 59 bis Rue Léon Jouhaux, 38100 Grenoble.

Sud éducation académie de Grenoble


[1Contrat unique d’insertion-Contrat d’aide à l’emploi

[2Dix heures supplémentaires année

[3Une Indemnité pour mission pariculière