Sport et genre

samedi 8 septembre 2012

Un système ordonné

Le sport, système ordonné et phénomène de socialisation marqué par la compétition et le classement, apparaît à la fin du 19e siècle. Créé par et pour les hommes, c’est un entre soi masculin. Il a été très difficile pour les femmes d’y faire leur place. Longtemps par exemple seules quelques pratiques sont ouvertes aux femmes aux Jeux Olympiques au motif de plus grande faiblesse et de plus grand danger (le 800 mètres leur sera interdit durant 30 ans suite à une chute mortelle). Les règlements sont émis par des hommes et destinent chacun-e à des pratiques sportives jugées conformes à un rôle sexuel : boxe et rugby pour les garçons, danse et gymnastique pour les filles ! Cette éviction socio-culturelle des femmes est toujours manifeste dans les médias où les sportives sont encore sous-représentées. Le sport-performance renforce les valeurs capitalistes du corps-spectacle qui, poussé à l’extrême, est déifié et rétribué par la gloire et l’argent. Les performances féminines sont toujours vues à l’aune de celles des hommes, considérées supérieures car physiquement plus impressionnantes. Le sport et la compétition sont le lieu de la mise en scène de la supériorité physique et donc le lieu privilégié de la masculinité. Et c’est cette supériorité de la masculinité qui est recherchée chez les garçons pour qui le sport demeure encore un rite de passage pour «  devenir un homme ».

Reproduction sexiste

À l’école, la pratique sportive reproduit cette ségrégation sexuée (pudeur corporelle des filles qui laissent leur place, provocation sexuelle des garçons, encouragés à se surpasser, absence de véritable interaction malgré une mixité affichée, renforcement des stéréotypes de genre à travers la pédagogie utilisée). Cette ségrégation sexuée apparaît bien avant. Ainsi dès les bébés nageurs, les comportements et attentes diffèrent. Un homme poussera son bébé à la prise de risque quand une femme le câlinera. Cependant on constate aussi qu’en changeant simplement l’appellation, l’investissement dans la pratique sportive augmente. À l’école primaire, les filles vont plus facilement investir le champ du football si on présente ce sport comme un jeu de « balle au pied ». En changeant de nom, on permet aux filles de franchir les barrières imposées par une détermination socialement genrée du sport. On doit donc se demander quel but on vise quand on enseigne le sport.

Un outil d’émancipation

Dès le collège on parle d’E.P.S., c’est-à-dire une éducation à la pratique physique et sportive, une éducation non à la performance mais plutôt à des règles collectives de maîtrise du corps. Le but serait donc la connaissance de soi et la recherche du bien-être physique et non pas a fortiori l’accentuation de la différenciation socio-culturelle des genres.

C’est dans cette optique que diverses expériences ont été menées par un groupe de professeur·e·s d’E.P.S. ayant mis la lutte contre le sexisme au centre de leur pratique pédagogique. Par exemple, afin d’éviter la variable genre lors de l’échauffement, la consigne a été donnée de courir en parlant et de s’arrêter lorsqu’on veut enlever son pull. Ceci permet d’apprendre à connaître les réactions de son corps dans l’acte sportif et à développer ses compétences en fonction de soi-même. Le cross n’est plus nécessairement pensé comme une performance mais comme un projet individuel par rapport à soi-même. Les élèves s’inscrivent ainsi dans le groupe de leur choix (performance ou projet) et font un départ différencié. Pour les sports de raquettes, les équipes sont tournantes. Chaque élève apporte ainsi son savoir-faire particulier tout en travaillant au contact des autres une notion qui lui est propre. Les notes ne sont plus collectives ou individuelles mais dépendent de l’évolution propre à chacun·e dans un contexte collectif mixte. Lors de ces expériences, on a constaté un plus grand investissement des filles et une amélioration des capacités générales pour tou·te·s car il y a davantage d’interactions entre les deux groupes au sein d’une même activité. Cela montre qu’en modifiant notre façon d’appréhender le sport et de placer filles et garçons face à celui-ci, on contribue à déconstruire les différences de genre au bénéfice du développement de chacun·e et des résultats généraux.

Et surtout cela tend à prouver que l’on ne doit pas se contenter de la place faite aux femmes aujourd’hui dans le sport mais qu’il faut penser l’éducation au sport différemment pour en faire un véritable outil d’émancipation.

Commission Droits des Femmes