Stage pédagogies en lutte et émancipations : les 12 et 13 avril 2018

lundi 12 mars 2018

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Alors que le nouveau gouvernement avance dans le sillage des politiques éducatives de droite, avec le retour en force de la sélection et l’éloge des fondamentaux, aucune illusion ne peut subsister sur l’objectif de tri que poursuit l’Institution scolaire ; nous ne sommes pas dupes de ce grand mensonge de la démocratisation.

Rappelons que loin de combattre les inégalités sociales d’origine, l’école françaises les reconduit voire les amplifie ! L’absence de mixité sociale dans les établissements à laquelle s’ajoute la ségrégation migratoire, la formation fragile voire inexistante d’enseignants débutants en ZEP, l’instabilité des équipes, le temps d’apprentissage plus court et moins efficace du fait de contextes de classes plus difficiles, le déni des politiques pour s’atteler à l’apartheid scolaire, expliquent en grande partie le creusement des inégalités par l’école en France.

Face à cette situation honteuse qui discrédite tout discours méritocratique, que propose le gouvernement Macron-­‐Blanquer ? Beaucoup de com et des mesures de pacotilles pour satisfaire un électorat de droite : retour de la dictée, retour du redoublement, retour des classes bi-­‐langues, du latin et du grec. Les poncifs réactionnaires recyclés sans l’once d’une originalité.

A cela il faut ajouter la liquidation de 150 000 postes en contrats aidés, pourtant bien peu payés qui a sapé certaines missions essentielles au quotidien de l’école. Quant à la précarisation des associations dont certaines jouent un rôle fondamental dans les quartiers, elle impacte à son tour le vécu des enfants et des familles.
Ce qui s’annonce clairement : un renforcement de la sélection. Réforme du bac, sélection à l’université avec le système parcours sup, liberté de recrutement pour les grandes écoles comme pour les universités, la tenue d’assises pour la maternelle en mars 2018, la diminution de 10% des postes au concours pour la rentrée 2018… les prochains mois annoncent une recomposition des parcours scolaires au mépris du plus grand nombre.
Une école de classe pour une société de classes. Une école libérale pour une société libérale.
Que faire face aux logiques de tri social dans l’éducation ?

La mise en place des CP à 12 en éducation prioritaire est un coup médiatique qui masque à peine la dégradation des conditions de travail et d’étude dans les quartiers populaires. Manque et précarisation des personnels, en particulier des remplaçants (recrutement de contractuels dans les Bouches-du Rhône pour la première fois), baisse des moyens pour les associations, pour les services sociaux et de santé, vétusté des locaux y ont des effets particulièrement désastreux. Cette dégradation profite aux officines privées, du genre de la très médiatique et réactionnaire Espérance banlieues, qui prétendent sauver les plus méritants d’entre les pauvres. Comment à l’inverse permettre la réussite de tous les élèves ? Nombreux sont les travaux de sociologie qui ont décrit les mécanismes de reproduction des inégalités à travers l’école : l’existence d’un marché scolaire mettant en concurrence les établissements et aggravant la ségrégation socio-spatiale, filières de relégation, instabilité des personnels... Comment se positionner vis à vis des élèves et des parents qui subissent ce tri social ? Quelles alternatives pédagogiques peuvent contribuer à contrecarrer ces logiques sélectives ? Véronique Decker, directrice d’école à Bobigny en éducation prioritaire et auteure de 2 ouvrages chez Libertalia (trop classe ! et l’école du peuple) nous fera part de son expérience et de ses réflexions sur ces questions.
Que faire face à l’intrusion du privé dans les établissements scolaires ?

La volonté de privatiser l’éducation se manifeste sous de nombreuses formes. L’enjeu n’est pas seulement de se rendre propriétaire d’un marché plus lucratif que bien d’autres : il est aussi d’inculquer idéologiquement le fonctionnement d’une entreprise capitaliste dès le plus jeune âge.
A ce titre, les micro entreprises qui pullulent depuis plusieurs années, en particulier dans le second degré, répandent les valeurs et les pratiques patronales, se servant d’élèves comme cobayes.
La sociologue Lucie Tanguy, directrice de recherche honoraire au CNRS, propose dans son ouvrage Enseigner l’esprit d’entreprise à l’école une étude glaçante de ce phénomène : méthodes de recrutement dans la lignée du new management, intervention de sociétés d’interim, division du travail selon les filières, procédures de licenciement d’élèves, mises en concurrence entre eux... Toutes les tares du système capitaliste se retrouvent enseignées avec une violence sociale et psychologique inouïe dans le milieu scolaire, à l’invitation d’enseignants en recherche de dispositifs pédagogiques clés en main et réputés motivants. Entreprendre Pour Apprendre, association patronale financée par le MEDEF, est même rémunérée pour assurer ce travail de formatage idéologique, avec la neutralité bienveillante d’une administration et parfois de collègues plus ou moins conscients de la portée de leur complicité. Comment résister à cette agression idéologique insidieuse qui ravage les capacités à transformer le monde de la génération des travailleurs de demain ? Comment montrer à des collègues de moins en moins politisés qu’il existe d’autres significations au mot entreprendre, d’autres modalités de production possibles ? C’est ce que l’intervention de Lucie Tanguy, articulée au témoignage d’une Assistante d’Education des Bouches du Rhône, tentera de dégager.

A Marseille, résistance contre la vente des écoles aux entreprises privées

Localement, la décision de la ville de Marseille de faire appel à un Partenariat Public Privé pour financer la reconstruction de 34 écoles pose de graves problèmes:il s’agit bien de considérer l’école comme une marchandise, le coût financier pour la ville est exorbitant elle payera pendant 25 ans un loyer à des multinationales, les autres écoles seront privées pendant toutes ces années du budget alloué à leur entretien. Pour nous aider à réfléchir collectivement à qui profitent les PPP nous inviterons Nicolas de La Casinière, journaliste auteur du livre « services publics à crédit » le jeudi soir, pour une conférence suivie d’un débat.
Comment faire vivre l’émancipation ?

L’école publique est devenue, au fil des années un des principaux instruments utilisés par les gouvernements successifs pour légitimer un ordre social inégalitaire. Différents types de dominations et de ségrégations sont en jeu à l’école : de classe, d’accès aux savoirs, de genres, de territoires... L’idée de l’émancipation à l’école serait de trouver des outils pour s’affranchir de ces dominations afin de créer de la pensée et de l’action libres.
Pour l’enseignant, il s’agit de s’émanciper de l’institution et de ses injonctions en déconstruisant les attentes sociales inégalitaires ainsi que de rompre avec la souffrance générée par une confrontation entre les limites du projet proposé par le ministère et ses propres idéaux. Il s’agit de trouver une « posture pédagogique engagée » permettant des nouvelles manières de répartir les rôles, d’organiser la circulation des savoirs et d’inventer un cadre où élaborer une forme de démocratie concrète, capable de faire front au processus d’assujettissement à l’œuvre dans le monde social actuel, dans laquelle l’enfant puisse se développer en expérimentant la coopération, la créativité et l’apprentissage de la liberté.
C’est cet objectif que nous tenterons de garder à l’esprit durant ces 2 jours de stage et que nous questionnerons à travers une alternance entre plénières et ateliers où questionnements et partage d’expériences seront mutualisés pour faire vivre le projet d’une école émancipatrice sans jamais perdre de vue son lien avec l’action syndicale et collective.

UNE AUTRE CLASSE : les pratiques alternatives dans la classe
UNE AUTRE ECOLE : les combats collectifs dans l’institution
UNE AUTRE SOCIETE : décryptages théoriques, politiques et sociologiques des enjeux de la lutte scolaire.