Sud éducation soutient les enseignant-es en lutte et le syndicalisme indépendant

Palestine
vendredi 2 septembre 2016

À Beethléem [1], Isaac et Igab sont profs d’anglais, Firas enseigne l’EPS et Jamal les sciences naturelles. En plus de l’occupation israélienne, ils dénoncent la politique de l’autorité palestinienne (AP) qui applique à la lettre les injonctions d’Israël et de la communauté internationale : explosion du budget sécurité, répression des mouvements sociaux et d’opposition à la colonisation, ultra-libéralisme, austérité, baisse des dépenses sociales, gel des salaires des fonctionnaires, fin des subventions sur les produits de base… Leur salaire de quelques centaines d’euros est insuffisant quand le coût de la vie en Cisjordanie est similaire aux pays occidentaux, la plupart des produits étant taxés par l’occupant israélien.

En 2013, malgré les menaces de licenciement, ils ont participé aux protestations réclamant des augmentations de salaires. Après quelques jours de grève, le gouvernement et le "syndicat" officiel des enseignant-es ont annoncé avoir trouvé un accord pour une augmentation de 10 %. Elle n’est jamais venue, et la promesse du syndicat, en 2014 et 2015, d’organiser une mobilisation nationale n’a pas été tenue.

Mobilisation massive des enseignant-es

En février 2016, avec la constante dégradation des conditions de travail et l’immobilisme du syndicat, Igab, Isaac, Firas et Jamal ont fait partie des premier-ères enseignant-es à crier leur ras-le-bol sur les réseaux sociaux et à appeler leurs collègues à cesser le travail pour obtenir l’application de l’accord de 2013, des expressions relayées immédiatement dans tout le pays. Quand ils-elles ont appris qu’en 2013 aucun accord n’avait été vraiment signé, la lutte a pris comme une traînée de poudre, le 13 février. En quelques jours, 80% des enseignant-es du pays ont débrayé et se sont organisé-es en comités de lutte, avec un-e délégué-e par établissement et un-e délégué-e régional-e représentant une trentaine d’établissements. Un grand rassemblement se déroulait tous les mardis à Ramallah où les délégué-es étaient appelé-es à organiser la grève localement, débattre et voter les actions à conduire jusqu’au mardi suivant. Le comité de Bethléem était organisé démocratiquement, toutes les décisions et mandatement des délégué-es étaient définis par la base en assemblée générale.

Contre cette mobilisation, l’AP a mis en place des mesures qui n’ont rien à envier à l’occupation israélienne : check-points aux abords de Ramallah, fermetures de routes, fouille des transports en commun, arrestations, menaces, chantages, passages à tabac, déploiement de forces anti-émeutes… Tous les moyens étaient bons pour discréditer les grévistes : diffamation dans les médias, accusation d’être à la solde du Hamas, désignation du « syndicat » officiel comme seul représentant des enseignant-es, utilisation des hauts-parleurs des mosquées et faux appels sur Facebook à reprendre le travail, envoi d’étudiant-es remplaçant-es… Malgré cela les grévistes ont tenu, soutenu-es par la population. Le 7 mars ils-elles étaient plus de 35.000 à manifester à Ramallah.

Quand l’Autorité Palestinienne a annoncé la signature d’un accord promettant une augmentation de 10 % qui s’échelonnera sur les deux ans à venir, les enseignant-es ont voté la fin de la mobilisation et la reprise des cours, le 20 mars, au terme de près de 6 semaines de grève. Mardi 22 mars, ils-elles se sont remobilisé-es à Ramallah pour contraindre le gouvernement à présenter l’accord signé.

Quand nous avons rencontré Igab, Isaac, Firas et Jamal, ils restaient vigilants mais confiants sur l’application de cette augmentation. Face à une Autorité Palestinienne et un syndicat officiel totalement discrédités, ils sont prêts à repartir en lutte mais se consacrent aujourd’hui à la création d’un syndicat indépendant.

Sud éducation soutient la lutte des enseignant-es palestinien-nes :
• pour leurs salaires et conditions de travail,
• pour la création d’un syndicat de lutte, indépendant et démocratique.

Sud éducation soutient plus généralement la lutte des travailleur-ses et du peuple palestinien contre l’occupation militaire, politique et économique, et réaffirme son engagement, avec l’Union syndicale Solidaires, dans la campagne BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions) visant à faire pression sur l’État d’Israël contre sa politique d’apartheid, de non respect du droit international et des droits humains.

Sud éducation Lorraine


[1Voir ici le compte-rendu complet de la délégation syndicale en Palestine : https://www.solidaires.org/Compte-rendu-de-la-mission-en-Palestine.