Sur le mouvement étudiant au Québec

mardi 25 décembre 2012

Au printemps 2011, le gouvernement néolibéral de Jean Charest, chef de file du PLQ (Parti Libéral du Québec), annonce une hausse significative des frais d’inscription et de scolarité dans les universités : de 75% en 5 ans puis de 82% en 7 ans. Des étudiant·e·s québécois·e·s, réuni·e·s au sein d’associations qui deviendront la CLASSE, et la FEUQ pour l’université, la FECQ pour les Cégeps [1], organisent rapidement des assemblées générales pour demander le retrait du projet. Ils construisent démocratiquement la mobilisation dès l’automne, avec une première grande manifestation nationale le 22 mars puis le 22 des mois suivants. À Montréal, le service de police de la ville (SPVM) s’illustre alors par sa violence, n’entamant cependant en rien la détermination des étudiant·e·s : les 22 avril et 22 mai, des manifestations fleuves compteront plus de 200 000 personnes.

En mai, dans une escalade de violence et de répression, le pouvoir édicte un projet de loi 78, future loi 12. Elle vise d’abord les manifestant·e·s, avec des sanctions financières et pénales très lourdes pour tous les rassemblements jugés illégaux et les blocages d’établissements. Le droit de grève déjà drastiquement limité par le droit québécois est également visé : les syndicats peuvent être sanctionnés par de très fortes amendes s’ils déclarent des grèves en soutien au mouvement étudiant.

Une partie de la population soutient le mouvement des « carrés rouges », symbole de la protestation étudiante. Des collectifs informels, tel le désormais célèbre collectif des casseroles, sont créés en réaction au scandale du projet de loi 78 et expriment le refus de la violence policière. À la fin de l’année scolaire, de nombreuses universités ainsi que la plupart des Cégeps de Montréal (et d’autres villes ) sont encore en grève.

Dès le mois de mai, dans de nombreux quartiers de Montréal, se sont aussi créées des APAQ, Assemblées populaires autonomes de quartier  [2]. Il s’agit notamment de discuter des moyens de soutenir le mouvement étudiant et de le poursuivre en appelant à une solidarité plus large dans la population. Ces assemblées mixtes dans tous les sens du terme sont des lieux de réappropriation de l’espace public, de débat, de solidarité et d’entraide. Ainsi, la démocratie directe s’installe et s’expérimente dans les parcs de Montréal.

Les manifestations de nuit continuent, la 100e regroupera début août des milliers de manifestant·e·s. La rentrée scolaire est avancée au 13 août, sous le prétexte de permettre aux étudiant·e·s de rattraper le retard. Les discussions au sein des associations étudiantes s’engagent sur les stratégies à suivre. Le 1er août, le pouvoir décide de déclencher des élections anticipées le 4 septembre. Le but est évidemment de diviser le mouvement. La FECQ et la FEUQ, deux organisations assez proches du Parti Québécois (PQ), appellent à aller voter pour chasser les libéraux. En faisant de la question du vote le point d’orgue de leur stratégie, ils laissent ouverte la possibilité d’une trêve : suspension de la grève pour passer les examens. La CLASSE, en complet désaccord sur ce point, appelle les AG d’étudiant·e·s à voter la poursuite de la grève et à ne pas tomber dans le piège.

Des enseignants de Cégep et d’université s’organisent aussi de façon informelle en Collectif des profs contre la hausse ( PCLH ), à défaut d’un véritable positionnement syndical en soutien au mouvement. Par un manifeste contre la loi 12/78, ils appellent les enseignant·e·s à désobéir à une loi liberticide qui va à l’encontre de leur mission d’éducation. Ils interpellent les syndicats et dénoncent la violence policière.

Le manifeste des PCLH aura un retentissement : ses signataires, en dévoilant leur identité lors d’une conférence de presse le 6 août, se sont exposé·e·s à des sanctions. Il recueille également des signatures du monde entier, d’individus, d’associations et de syndicats, parmi lesquels la Fédération des syndicats Sud éducation, l’une des premières signataires, qui a contribué à sa diffusion internationale. Le manifeste a aussi été reçu comme un soutien attendu par les étudiant·e·s.

À la rentrée, les choix stratégiques de la FEUQ et de la FECQ, les élections et la peur de certain·e·s étudiant·e·s de perdre leur année scolaire, ont entraîné des votes de retour en classe dans la majorité des Cégeps en grève jusque-là.

À Montréal, notamment à l’Université de Montréal (UdeM) et à l’UQAM (Université du Québec à Montréal), des départements votent la poursuite de la grève. La réaction de la direction de l’UdeM est sans équivoque : elle demande au SPVM de rentrer sur le campus pour évacuer les grévistes. Les menaces sur les professeur·e·s et les étudiant·e·s se multiplient.

Le 4 septembre, le PQ gagne les élections d’une courte avance sur le PLQ. Le 20 septembre, le nouveau gouvernement annonce enfin l’annulation de la hausse et l’abrogation de la la loi scélérate 12/78 ! C’est incontestablement une victoire et cela démontre encore une fois que la lutte paye !

Sud éducation Nord Pas-de-Calais et Commission international


[1Les Cégeps, Collèges d’enseignement général et professionnel correspondent à l’année de Terminale au lycée et une année de préparation au supérieur ou deux années de formation technique et professionnelle postbac en France.