TIC… : au service de l’Enseignement ?

samedi 21 avril 2012

Interview de Laurent Draghi, animateur informatique pendant 12 ans, dans le Morbihan puis dans les Côtes-d’Armor.

Comment devient-on animateur TICE ?

J’utilise depuis bien des années l’outil informatique dans ma pédagogie. J’ai troqué ma vieille imprimerie « Freinet » pour un ordinateur. Je pratiquais le texte libre en classe. En 1995 j’ai découvert le courrier électronique et j’ai multiplié les correspondances scolaires avec des classes en France mais aussi au Mexique, au Québec… Avec mes élèves, à Lanester, j’ai mis en ligne mon premier site Internet pour relater nos activités de découverte et d’éveil. C’est dans cette dynamique qu’en 1998 j’ai rejoint l’équipe des animateurs TICE du Morbihan.

Les TICE pour toi c’est avant tout un outil pédagogique ?

Les TICE ne sont pas que la mise en place d’ordinateurs pour faire moderne. Les enjeux sont importants. Pour faire simple, et ce que j’ai essayé de montrer tout au long des animations que j’ai organisées, c’est qu’un élève apprend mieux avec les TICE quand celles-ci sont réfléchies comme outils pédagogiques.

Ce n’est pas uniquement l’effet attrayant qui fait qu’un élève sera plus à l’aise dans son travail.

À l’heure où on nous bassine avec les évaluations, il serait bon de s’arrêter sur ces élèves en difficultés qui sont incapables de rédiger un texte simple avec crayon et papier alors que parfois ils peuvent se libérer et arriver à écrire grâce au traitement de texte. L’ordinateur est alors bien un outil au service des apprentissages.

Et pourtant, les moyens donnés aux TICE aujourd’hui sont de moins en moins importants ?

En effet le temps de formation est inexistant : stages école impossibles - quelques rares animations pédagogiques - de moins en moins d’animateurs informatiques…

Si pendant des années j’ai pu suivre (et impulser) des projets dans des écoles et classes, il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui les interventions des animateurs TICE pour soutenir des projets se font de plus en plus rares. La semaine de 4 jours et en particulier la mise en place de l’aide personnalisée qui rallonge la journée de certains élèves et des enseignants a mis à mort beaucoup de projets.

Les animateurs informatiques ont de moins en moins de temps pour intervenir dans les écoles. Dans les Côtes-d’Armor ils sont passés de ¾ temps à mi-temps. Et surtout ils n’ont plus de frais de déplacement depuis des années. Aller voir les collègues à l’autre bout de la circonscription devient presque un acte militant.



On leur demande de plus en plus d’administratif ?

Depuis quelques années, les TIC qui devaient s’afficher avec un E pour l’Enseignement s’affichent de plus en plus avec un A comme pour Administration.

Le B2i qui au départ avait des « ambitions pédagogiques » liées à la pédagogie de projets est devenu avec le temps une évaluation de plus à noter dans le socle commun.

Les animateurs TICE ont de plus en plus en charge le bon fonctionnement des outils institutionnels : base-élèves, évaluations…

Les moyens pour soutenir les actions pédagogiques disparaissent.

De plus en plus souvent, je passais mon temps au téléphone dans mon bureau pour répondre aux collègues sur des problèmes de « bases-élèves », de fichiers « Excel » pour rentrer des résultats d’évaluation. J’avais l’impression de perdre mon temps, de collaborer à un système qui ne me convenait pas. Je n’étais pas devenu animateur TICE, et n’avais passé mon CAFIPEMF, pour ça !

Et la mise en place des TBI ?

Si les communes achètent de plus en plus de TBI (tableaux blancs interactifs) pour leurs écoles, il faut des animateurs pour aider à s’en servir, former les enseignants. Le TBI est une technologie qu’on ne pourra pas éviter. Le problème de ce tableau c’est qu’il a tendance à renforcer la pédagogie frontale. Il est donc essentiel d’avoir des gens qui prennent du recul et réfléchissent à une pédagogie différenciée à l’aide du TBI. Faut-il encore donner les moyens aux équipes, aux écoles… pour le faire !

Et maintenant ?

Depuis septembre, j’ai rendu mon tablier d’animateur TICE, j’ai pris la direction d’une petite école maternelle. J’ai des MS/GS et je refais de la pédagogie. J’ai installé un tableau numérique dans mon coin regroupement et j’ai retrouvé du plaisir dans la pratique de l’outil TICE.