Tant qu’il le faudra, malheureusement

vendredi 10 novembre 2017

Au courant du mois de septembre, nous avons pris connaissance d’un événement qui, une fois de plus, nous a rappelé toute l’importance et l’actualité de la lutte à mener contre le masculinisme et le sexisme. Cet événement signe aussi cruellement la banalité de la violence faite aux femmes, y compris par des personnes que l’on pourrait croire a priori plus sensibilisées à ces questions qui nous préoccupent en tant que commission anti-sexiste, en tant que syndicalistes et militant-es pour la transformation sociale.

Agressées lors d’une manif !

Mais venons-en aux faits. Des militantes féministes parisiennes, des femmes, ont été passées à tabac. L’une d’entre elles a par ailleurs dû être conduite aux urgences.
En eux-mêmes, les faits sont assez choquants. Cependant, les auteurs et le contexte de cette agression ne peuvent que nous interpeller, car ils ont tous deux leur importance. Nos camarades ont, en effet, été prises à partie par un service d’ordre syndical, après s’être élevées contre des slogans homophobes et sexistes, lors de la première manifestation parisienne contre la loi travail XL. Parce qu’elles ont refusé de se taire face à ces slogans, elles ont dû, en outre, subir les agressions verbales des membres de ce SO, dont un membre s’est « illustré » par des injures à connotations sexuelles. Là encore, elles n’ont baissé ni les yeux ni la voix face au sexisme, avec pour « conséquence » cette agression physique d’une grande violence, et en large surnombre.
On serait tenté de s’étonner de trouver ce type de comportement en manif, a fortiori chez des syndicalistes, mais l’honnêteté nous pousse à dire publiquement que nous ne sommes en rien surpris-es.

Ces faits nous interrogent

Cet événement doit nous interroger en tant que militant-es. Nous ne pouvons continuer à faire semblant de croire que notre microcosme est complètement protégé, par nature, de ce type de comportements que nous prétendons combattre.
Il doit également nous interroger dans nos métiers. Nous sommes éducateurs et éducatrices, nous accompagnons des enfants ou nous permettons à l’institution scolaire de fonctionner d’une façon ou d’une autre.
Nous devons donc nous demander comment cela peut encore se produire.
Nous demander, d’abord, quelle part nous prenons dans la construction des clichés qui légitiment ces violences, à notre corps défendant bien souvent.
Nous demander, ensuite, ce que nous donnons à voir à des enfants et adolescent-es en construction, en termes d’égalité, aussi bien en classe que dans nos relations professionnelles.
Se demander, encore, quelle est la part de l’assignation à être fille, à se « comporter comme une fille » et à se contenter des attendus impensés qui y correspondent dans nos gestes professionnels.
Car c’est aussi, mais pas uniquement bien entendu, cela qui mène à l’inégalité des salaires, des situations professionnelles, des responsabilités domestiques, et in fine à la possibilité même de la violence contre des femmes parce qu’elles sont femmes.
Alors tant qu’il le faudra, nous devrons être derrière ces collègues et ces élèves qui répondent au sexisme, qui rappellent gentiment (ou pas gentiment) que les hommes prennent déjà suffisamment la parole pour qu’ils fassent l’effort de se taire, pour une fois, et de les écouter.
Tant qu’il le faudra, nous devrons lutter, non pas en attendant que ça change, mais POUR que ça change. Après tout, nous sommes un syndicat de transformation sociale.

Sud éducation Lorraine