Un changement de ministre ne fait pas le printemps

Déclaration de la Fédération SUD éducation au CSE du 16 mai 2014
lundi 19 mai 2014
mis à jour jeudi 22 mai 2014

La valse des ministres intervenue à l’issue des élections municipales constitue une traduction politique forte du rejet de la politique du gouvernement depuis les élections présidentielles. Exit V. Peillon, qui faisait figure de poids lourd du gouvernement Ayrault. Quelles sont les significations de ce limogeage ? Traduit-il une place nouvelle de l’éducation – censée constituer une priorité du quinquennat et protégée par un « bouclier budgétaire » – dans ce contexte d’austérité qui ne dit pas son nom ? Quels sont les enjeux de la période qui s’ouvre ?

A priori, Peillon a rempli son contrat : la loi de « refondation » est à la fois une loi d’orientation et une loi de programmation, de nombreux chantiers ont été ouverts. De ces 22 mois, à l’actif du ministre nous retenons la recréation d’une formation initiale pour les stagiaires, qui avait été totalement détruite par Sarkozy-Fillon. Concernant l’éducation prioritaire, le principe de la pondération est une mesure qui doit permettre une amélioration des conditions d’enseignement. La fabrication des programmes échappe désormais à la toute-puissance de l’Inspection générale, reste à savoir si la voix des collègues pourra s’exprimer suffisamment. De nouveaux programmes ont pu, souvent grâce à la mobilisation des collègues et des organisations syndicales, s’imposer, d’autres sont en attente. La note de vie scolaire a été, tardivement, abrogée. Le projet de notation par les chefs d’établissement a été enterré.

Mais Il a refusé de remettre en cause des réformes parmi les plus contestées du gouvernement précédent : la réforme des lycées, la généralisation du bac pro 3 ans, la destruction des RASED… De même le plan « Sauvadet » dit de « résorption de la précarité » est resté une scandaleuse peau de chagrin, et les annonces sur les AVS ne font pas illusion. Sur l’essentiel, malgré une rhétorique moins désastreuse pour l’école et ses personnels, ce sont les mêmes orientations qui prévalent.

Parmi ses mesures phares, que de déceptions ! Le nombre des établissements de l’éducation prioritaire concernés par la pondération reste insignifiant et elle ne produira les effets attendus que si des postes sont créés en nombre suffisant. Or sur les 60000 postes promis sur la mandature Hollande, nous n’en sommes qu’à 22000, qui ont à peu près tous été absorbés par les stagiaires et la hausse de la démographie scolaire. Pour la grande majorité des collègues, aucune amélioration n’est à espérer. Le remplacement des décrets de 50 et des autres décrets statutaires pour les enseignant-e-s du 2nd degré constituera une aggravation des conditions de travail pour beaucoup en raison de la généralisation du tout indemnitaire au détriment des décharges de service et une occasion manquée de diminution de la charge de travail. Après de tels services rendus à la politique d’austérité, pourquoi a‑t‑il donc été remercié ?

De toute évidence, c’est le prix des mobilisations suscitées par la réforme des rythmes qui a rassemblé contre elle des dizaines de milliers d’enseignant-e-s, dans la grève à plusieurs reprises malgré les hésitations des syndicats majoritaires. L’expérience des communes (17%) qui ont l’ont appliquée dès cette année a confirmé nos critiques : inégalités territoriales accrues, injustices sociales aggravées avec des services payants ; pataquès organisationnels susceptibles de mettre en cause la sécurité des élèves, confusion sur les responsabilités ; atteinte aux droits des travailleurs/ses ; fatigue supplémentaire pour les élèves et les personnels ; développement de la précarité ; démantèlement du service public et recours à des prestataires privés… Et pour mettre en œuvre sa réforme, il a imposé l’annualisation du temps de travail des professeur-e-s des écoles remplaçant-e-s et sur postes fractionnés.

Après le désastre des élections municipales, le nouveau gouvernement avait logiquement besoin d’un nouveau ministre. B. Hamon, ancien co-fondateur du « Nouveau parti socialiste », supposément placé à la « gauche » du PS, est sans doute chargé de rassurer certains « partenaires sociaux » alors que le gouvernement Valls entend de toute évidence mener une politique encore plus à droite que celle de son prédécesseur. Il s’agit d’abord de remettre de l’ordre et d’étouffer les oppositions au décret sur les rythmes, ce que confirme sa première mesure.

Le projet de décret permet, dans le cadre de la réforme Peillon, de répondre à une partie des difficultés des mairies en permettant des expérimentations : les heures de classe sur 8 demi-journées par semaine (dont 5 matinées obligatoirement) au lieu de 9 afin « de regrouper les activités périscolaires sur un après-midi par semaine, « ce qui permettra aux maires (…) de faire des économies d’échelle » pour citer le ministre, ou encore « alléger les semaines [de 24 heures de classe] en raccourcissant les vacances scolaires. »

Rien sur les difficultés pour les enfants et les familles, rien sur les inégalités territoriales… Pire, ce décret va vers une annualisation du service des professeur-e-s des écoles… Et pour les élèves, Hamon réintroduit la possibilité des journées de 6 heures de classe alors que leur suppression était le motif annoncé de la réforme ! Mais le « gain » d’une demi-journée doit sans doute dans l’esprit du ministre contribuer à la paix sociale !

Que ces mesures puissent constituer selon l’organisation majoritaire des « pistes intéressantes » en dit long sur le recentrage politique en cours. Nous ne pourrons compter que sur nos mobilisations pour imposer l’abrogation de cette réforme, la suspension de sa mise en œuvre et une tout autre réforme pour l’école, ses élèves et ses personnels. C’est le sens de la campagne que la fédération SUD éducation a relancé sur le thème : « Rythmes scolaires, on ne lâche pas l’affaire ! »

L’argument ressassé de l’intérêt des enfants est trop souvent battu en brèche par la réalité. Les annonces sur le calendrier scolaire le montrent encore : le recul de la rentrée scolaire va dans le bon sens, c’était une exigence d’une pétition intersyndicale massivement signée par nos collègues. le ministère devra pour autant renoncer au rattrapage de cette journée pour démontrer qu’il a sur ce point renoncé à une approche absurde et tatillonne de l’année scolaire. Mais le plus important n’est pas là : le plus important c’est la prise en compte des conditions de travail des personnels et des conditions d’étude des élèves ce qui pose la question du zonage : le calendrier scolaire doit cesser d’être entre les mains des intérêts du patronat, et en premier lieu ici des intérêts de l’industrie du tourisme.

Le bilan du gouvernement Ayrault en matière d’enseignement supérieur et de recherche, désormais rattachés au ministère de l’Éducation nationale est également sans ambiguïté : la Loi Fioraso valide les contre-réformes précédentes et accentue la mise en concurrence des universités.

On s’attend à une recherche assidue d’économies, austérité oblige. Le « pacte de responsabilité » est un tour de plus dans la vis sans fin de l’austérité, des régressions sociales, de la réduction des dépenses publiques…D’où les enjeux sur les promesses de création de postes et le bilan de la réforme du lycée, promis par Peillon mais qui recèle un danger puisque le lycée est réputé trop coûteux. Et on peut déjà conjecturer qu’une des principales mesures de ce ministère sera le dégel du point d’indice… 2017, devinez à quel moment ! L’enjeu pour la fédération SUD éducation est clairement la construction d’une mobilisation générale contre l’austérité et les régressions sociales. La marche nationale du 12 avril et la mobilisation de la fonction publique du 15 mai sont pour nous des jalons vers le développement de cet affrontement.

Enfin, nous ne nous étonnons pas que le gouvernement de M. Valls poursuive une politique raciste et xénophobe d’expulsion des Rroms et de traque des sans-papiers, y compris lorsque des enfants sont scolarisés ou lorsqu’il s’agit de jeunes majeur-e-s isolé-e-s. Nous ne cesserons pourtant de le combattre, et le moins que l’on devrait être en droit d’attendre d’un ministre de l’éducation qui se prétend « de gauche » c’est d’affirmer le droit à l’éducation pour tou-te-s et tous, de garantir la continuité de la scolarité de tous les élèves, de refuser qu’un gouvernement mène une telle politique.

Un dernier mot M le ministre : vous venez de rappeler votre attachement au dialogue social. Vous venez de déclarer votre souhait d’instaurer un dialogue social sincère, je vous cite. Nous formulons les mêmes voeux M le ministre, en précisant néanmoins, que ce dialogue doit concerner l’ensemble des organisations représentatives. Nous nous étonnons de pratiques, qui permettent de choisir qui est représentatif, qui ne l’est pas. Dans les groupes de travail ministériel, toutes les organisations syndicales doivent être invitées. Quel est ce dialogue social dans lequel vous vous permettez de choisir vos interlocuteurs ? Quelle est cette conception de la démocratie ? C’est inadmissible Monsieur le ministre. Nous souhaitons donc aussi que votre parole, pour vous citer une nouvelle fois, soit fiable et rigoureuse, mais tout autant nous souhaitons qu’elle soit adressée à l’ensemble des organisations syndicales.

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Déclaration CSE 16 mai 2014
Déclaration CSE 16 mai 2014

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