Un ministre de l’Éducation nationale peut-il faire la campagne électorale d’un président-candidat ?

Déclaration de la fédération SUD Education-Union Syndicale Solidaires au Conseil Supérieur de l’Éducation Nationale du 22 mars 2012
lundi 12 mars 2012
mis à jour samedi 24 mars 2012

Rassurez vous ce n’est pas la fuite d’un mauvais sujet de philo mais bien une question qu’on se pose au regard de la politique de M Châtel ces dernières semaines.
Le ministre mène t-il encore une politique éducative, certes catastrophique pour les élèves et les personnels, ou contribue t-il seulement à la campagne présidentielle de M. Sarkozy en prenant pour cible les enseignants et le système éducatif d’une façon démagogique ?

Evaluation des enseignants ?

Son projet suscite l’opposition des personnels et de la quasi-totalité des organisations syndicales. Il a été l’objet de grèves massives le 15 décembre puis le 31 janvier. Après plusieurs mois sans concertation, le ministre tente de le faire passer en force au CTM du 8 mars. La plupart des organisations syndicales le boycotte, peut importe M. Châtel en reconvoque un autre. L’essentiel du texte ne change pas : l’évaluation et donc la carrière des enseignants restent dans les mains du supérieur hiérarchique direct, l’entretien trisannuel précédé de la séance d’autocritique rebaptisée « auto-évaluation » déciderait de l’avancement. Nous ne pouvons accepter ce management directement inspiré du privé. Cette mesure tirerait en plus les salaires vers le bas à un moment où la crise du recrutement montre qu’il y urgence à les augmenter. Le ministre vient de subir un vote négatif unanime lors du 2eme CTM du 15 mars. Osera-t-il passer outre cette instance représentative des personnels et cela à un mois du 1er tour des présidentielles ? C’est à craindre puisqu’un décret paru au journal officiel du 10 mars crée SIRHEN, un fichier centralisant toutes les données déjà existantes sur les personnels et qui conservera aussi des informations sur les évaluations et entretiens professionnels consultables par l’inspection et les DRH ! Ainsi avant même le vote en CTM vous intégrez les nouvelles modalités d’évaluation.
Il est temps de dire que vous n’avez plus de légitimité pour mener cette politique !

Globalisation et annualisation de l’enseignement des langues.

Le 10 décembre, le candidat président annonce une réforme du statut des enseignants. Le 7 février lors de la présentation du comité stratégique sur l’enseignement des langues, Luc Châtel annonce la globalisation et l’annualisation des services en langue dans les collèges dès 2012 ! Quelle cohérence si ce n’est la démagogie électorale ?
Qui peut croire que la globalisation des horaires des différentes langues vivantes permettrait de mieux concentrer les apprentissages là où c’est utile ? Parmi ces moment « utiles « on note les vacances scolaires ! C’est surtout tout simplement l’occasion de supprimer encore des postes en adaptant l’offre au personnel actuellement disponible dans les établissements.
L’annualisation aurait la même conséquence en terme d’emploi et l’introduire pour nos collègues de langues ne trompe personne dans les établissements : il s’agit bien d’une remise en cause brutale de notre statut qui définit les services en maximum hebdomadaire dans le but de nous faire « travailler plus »… pour « gagner plus » selon le slogan de 2007 de M. Sarkozy ? Et bien non ! Depuis nous avons eu une idée de la compensation salariale du président avec les annonces consistant à porter à 26 h le service dans le second degré pour 500 euros « d’augmentation » ! Ce qui équivaut en fait à une baisse du taux horaire pour un temps de travail de plus de 50 h !

Réformer le bac ?

C’est sans doute une urgence …. Si on veut souscrire à la RGPP dont un des buts est de réduire les couts des examens ? Si on veut brosser dans le sens du poil l’opinion de droite avant les élections présidentielles ? Mais quels bénéfices pour les élèves ?
M Châtel a remis en cause le 12 mars la qualité du diplôme en s’appuyant sur un rapport commandé à l’IG et à l’inspection des Finances et s’est prononcé pour :
- moins d’options et d’épreuves facultatives qui rapporteraient trop de points : c’est freiner l’accès au bac en minimisant l’investissement des élèves parfois sur plusieurs années et en supprimant ainsi à terme des postes dans ces options moins attractives.
- des notes éliminatoires : là aussi il s’agirait d’une inversion totale de la politique de démocratisation. Selon les rapporteurs, on pourrait ainsi éliminer jusqu’à 25% des candidats de la série Es.
- plus de contrôle continu. Là aussi c’est nier le fait que la certification finale garantit les chances des jeunes des milieux populaires et des garçons bien mieux que le contrôle continu !

C’est poursuivre le but de remettre en cause l’accès au supérieur comme nous le disons ici à chaque occasion. On finirait par croire que le lapsus de M Châtel, ici même en 2009 sur l’objectif des 50 % au bac n’en était peut être pas un !

Avec ces propositions réactionnaire, il s’agit en même temps d’être socialement sélectif mais aussi de casser les cadres nationaux d‘évaluation ici des élèves et plus haut des collègues. Mais l’Ecole n’est pas une entreprise ! La mise en concurrence de tous déjà très violente pour les salariés du privé aboutirait dans le service public d’Education à un recul éducatif et social dramatique.

Avant comme après 2012 nous combattrons ces politiques avec la même détermination !

Documents joints

Déclaration SUDéducation au CSE_20120322
Déclaration SUDéducation au CSE_20120322