Un syndicalisme féministe en lutte contre toutes les formes de sexisme et de LGBTQIphobie

Texte adopté lors du 7ème congrès de la fédération SUD éducation
lundi 29 août 2016

Si elle a connu dans les 20 et 21ème siècles des avancées significatives quant aux droits et au statut des femmes, notre société est toujours porteuse d’inégalités et de discriminations à l’encontre des femmes et des personnes LGBTQI. Les attaques sexistes et LGBTQIphobes se multiplient actuellement (Manif pour Tous, Journées de retrait de l’école, lobbying contre des œuvres plastiques et destructions, mobilisation contre les ABCD de l’égalité). Malgré des proclamations en faveur des libertés fondamentales, nous avons vu le gouvernement multiplier les reculs (retrait du terme "genre" des textes officiels, abandon des ABCD, entre autres...) et se mettre en place une régression générale du statut des femmes ( travail de nuit, travail du dimanche, développement de la précarité et du sous-emploi, prégnance de modes cosmétiques et/ou vestimentaires assignants et/ou hypersexualisants, y compris bien avant la puberté, valorisation de la maternité, restriction de l’accès à l’avortement, remise en cause de la contraception féminine ,...). Face aux inégalités et discriminations sexistes et LGBTQIphobes , face aux attaques des uns et aux renoncements des autres, il est essentiel pour SUD Education, syndicat de lutte et de transformation sociale, de rentrer avec plus de détermination encore dans la bataille féministe, de défendre un engagement fort, qui se traduise dans des actions et des revendications portées avec constance et visibilité. Nous débattons dans ce congrès sur l’école que nous voulons. La nécessité de la lutte, à l’école comme ailleurs, contre sexisme et LGBTQIphobies, doit aussi nous interroger sur le projet féministe que nous portons pour l’école.
Face aux inégalités et discriminations sexistes et LGBTQIphobes qui perdurent, face aux attaques des uns et aux renoncements des autres qui ne peuvent que les renforcer encore, il est essentiel pour SUD Education, qui se veut syndicat de lutte et de transformation sociale, de rentrer avec plus de détermination encore dans la bataille féministe, de défendre un engagement fort, qui s’incarne dans des actions et des revendications portées avec constance et visibilité.
Nous nous demandons pour ce congrès quelle école nous voulons. La nécessité de la lutte contre sexisme et LGBTQIphobies, qui se joue aussi à l’école, doit aussi nous interroger : quel féminisme voulons-nous dans ce projet d’une nouvelle école ?

I Combativité : un féminisme en lutte contre toutes les formes de sexisme et de LGBTQIphobies

Syndicat de lutte, SUD éducation veut être de tous les combats qui se jouent au sein de l’école contre les discriminations et inégalités découlant du système de domination patriarcal et hétérosexiste, traduites par les stéréotypes de genre. Ces combats concernent tous les acteurs et actrices des établissements.

1° Les élèves

Face à l’offensive réactionnaire et au comportement rétrograde de l’institution scolaire, il nous faut réaffirmer nos revendications : une école qui garantisse l’épanouissement des élèves, qui leur permette de se construire en dehors des stéréotypes et des hiérarchisations aliénantes, qui promeuve l’égalité entre tou-te-s, filles, garçons, qu’elles ou ils soient hétéros, lesbiennes, gays, bi-e-s, trans, cis, intersexué-es, qui permette à tout-e élève de penser sa vie comme un possible et son identité comme son bien propre.
Pour cela, SUD Education revendique :
• la ré-intégration du concept de genre dans les textes officiels et sa prise en compte dans des programmes élaborés par la communauté éducative.
• la prise en compte de ces questions dans les enseignements
• la production de manuels qui fassent sa place entière à l’histoire des femmes, non pas sur un strapontin dans des dossiers documentaires annexes, mais dans le corps du texte et le fil de l’histoire (documents-sources d’auteures, féminisation des textes, évocation systématique de la place des femmes, vision genrée des événements et des concepts)
• la mise en œuvre de pratiques de classe favorisant la circulation égalitaire de la parole, les pratiques collaboratives, l’apprentissage de toutes les disciplines pour toutes et tous dans une école polytechnique
• l’effectivité des séances d’éducation à la sexualité prévues dans les textes officiels et la prise en compte dans ces séances d’une perspective non hétérocentrée, qui mette sur un pied d’égalité toutes les orientations sexuelles et toutes les identités de genre
• la mise en place de dispositifs dédiés (comme l’étaient les ABCD de l’égalité) permettant aux élèves de réfléchir spécifiquement aux discriminations et stéréotypes de genre, et de les déconstruire
• la promotion de projets par exemple via les CESC (Conseil d’éducation à la santé et à la citoyenneté), et d’interventions d’associations ou organisations laïques (Planning Familial, SOS Homophobie par exemple) pour compléter les actions et pratiques pédagogiques mises en œuvre dans les établissements.

2° Les personnels de l’Education nationale

Comme ailleurs, les discriminations sont effectives dans notre champ professionnel. Dans l’Education nationale, à ancienneté égale, le salaire des femmes progresse moins vite que celui des hommes (l’indice moyen des hommes est supérieur à celui des femmes, qui ne représente que 90% de l’indice moyen masculin) notamment à cause de retard de notation du fait de congés maternité ou parental (la note administrative étant gelée pour partie), et d’un avancement de carrière plus lent. Cet écart de salaire se répercute au moment de la retraite. Par ailleurs, le métier est largement féminisé mais la hiérarchisation patriarcale se reproduit : la hiérarchie est largement masculine (à plus de 75%), et plus on avance dans le système scolaire vers des postes plus valorisés socialement, moins il y a de femmes (elles sont plus de 80% chez les PE, mais seulement 35% à l’université). Les vœux d’emplois du temps dans le second degré, ou les prises de temps partiel, sont le plus souvent chez les femmes contraints par des obligations familiales, auxquelles elles sont astreintes pour une large part, du fait de la répartition majoritaire des tâches dans les couples. De plus, comme sur tout lieu de travail, l’Education Nationale n’échappe pas aux problématiques de harcèlement à l’encontre de tous les personnels féminins (enseignantes, agentes, AED…). Enfin, les personnels reçoivent peu de formation sur les questions de genre et sur les moyens de mettre en œuvre des pédagogies ou des pratiques de travail antisexistes et antiLGBTQIphobes.
On le voit, le chantier est immense. Ainsi SUD éducation revendique :
• l’inscription dans les textes de l’arrêt du gel de la note administrative en cas de congé maternité ou parental (comme c’est déjà le cas dans la fonction publique hospitalière) ;
• la suppression de toute notation, de toute inspection et des mécanismes de cooptation patriarcale (jurys des concours, corps d’inspection largement masculins) qui affectent principalement l’avancement des femmes, avec un salaire unique aligné sur le plus favorable ;
• la suppression de la précarité (dont sont victimes majoritairement les femmes), par une titularisation sans condition de tou-tes les précaires, et l’arrêt du recrutement de nouveaux et nouvelles précaires ;
• une politique de prévention (campagne d’information sur les ambiances de travail sexistes, affichage de la loi sur le harcèlement sexuel) et de suivi (accompagnement des victimes dans leurs démarches, notamment judiciaires), via les CHSCT s’agissant des cas de harcèlement, et la mise en place systématique de la protection fonctionnelle, qui est de droit ;
• la mise en place dans la formation initiale de modules obligatoires sur les problématiques de genre, pour les futur-e-s enseignant-e-s (selon un volume horaire identique dans toutes les ESPE), et pour toutes les autres catégories de personnel (CPE, agent-e-s) ;
• un renforcement de l’offre de formation continue sur ces questions ;
• le développement des services de la petite enfance (modes de garde individuels et collectifs) pour que les choix professionnels (temps partiels, disponibilités, congés parentaux...) puissent en être vraiment ;
• une rotation des tâches chez les ATTEE pour ne pas reproduire une division sexuée du travail où les femmes sont le plus souvent assignées aux tâches polyvalentes (faire le ménage, servir les repas) tandis que les hommes occupent les postes techniques ou de supervision (chef cuisine, chef d’équipe) ;
• plus largement, notre horizon est celui d’un corps unique dans lequel toutes et tous nous assurerions par l’autogestion une polyvalence des tâches nécessaires à la vie d’un établissement scolaire.

3° Les militant-e-s/représentant-e-s syndicaux

Les stéréotypes de genre et les mécanismes de domination patriarcale sont aussi un frein à la participation des femmes à la vie syndicale.
SUD Education intègrera dans son fonctionnement :
• la mise en place de modes de garde (en priorité autogérés et en parité) pour les réunions fédérales (CF, commissions) de SUD éducation, avec une prise en charge financière par les syndicats ;
• concernant les Conseils Fédéraux et les congrès :
- la mise en place de statistiques genrées systématiques lors des CF
- La mise en place d’une liste canadienne : les syndicats n’ayant pas encore parlé sont prioritaires dans le tour de paroles
- la limitation des temps de parole lors des CF à 3mn pour la première intervention puis 2 mn pour les suivantes
- une vigilance accrue sur la féminisation des candidatures et de la représentation dans nos instances, à tous les échelons de représentativité du syndicat
- le développement de matériel syndical, de stages, portant sur les questions de genre, la lutte contre sexisme et LGBTQIphobies.
SUD éducation portera au sein de Solidaires ces propositions de fonctionnement.

II Intersectionnalité : un féminisme attentif aux autres formes de domination

La domination patriarcale n’est pas la seule forme de domination qui pèse sur les individu-e-s : capitalisme et système de classes, racisme et discriminations/stigmatisations, traditionalisme et obscurantisme, viennent confluer avec patriarcat et hiérarchisation hétérosexiste. Il est nécessaire de penser ces formes de domination comme articulées les unes aux autres. Cette imbrication doit influer sur nos stratégies de lutte et sur notre vigilance militante, pour ne pas laisser le féminisme se faire instrumentaliser et servir des argumentaires xénophobes notamment pour empêcher la confiscation ou le détournement de la lutte féministe, une lutte qui œuvre pour l’émancipation de toutes et tous.
L’exclusion de fait des seules femmes voilées des sorties scolaires, consécutive à la circulaire Chatel, est un exemple de cette double machine à broyer et exclure, associant sexisme et racisme : circulaire sexiste par le fait qu’elle vise spécifiquement les femmes, les renvoie chez elles et les coupe de la sociabilité liée à la vie des écoles ; circulaire raciste car elle vise majoritairement les femmes issues de l’immigration et des quartiers populaires.
SUD éducation réaffirme :
• sa détermination à lutter contre toutes les formes de domination : de classe, raciste, de genre, d’idéologie, de religion, de courant spirituel ;
• sa volonté de dénoncer l’instrumentalisation du féminisme et la réécriture par des groupes de pression de l’histoire du féminisme, pour servir des mesures ou des postures racistes et discriminatoires, qui aboutirait à des discours et des pratiques à l’encontre de l’autonomie, de l’émancipation, de l’indépendance de la pensée de toutes les femmes et la liberté des individus.
SUD éducation revendique l’abrogation de la circulaire Chatel (reconduite par le gouvernement actuel) entraînant l’exclusion des femmes voilées des sorties scolaires, et la possibilité pour tous les parents de participer à la vie de l’école, notamment les sorties et voyages scolaires, dans le cadre de la laïcité, donc en respectant la liberté de culte des parents, tout en prévenant les propos prosélytes, religieux ou politiques.

III Vers un féminisme solidaire, unitaire et démocratique

Toutes et tous nous devons pouvoir être actrices et acteurs du mouvement d’émancipation féministe. Ce mouvement d’émancipation est un processus dynamique, toujours à construire, toujours à conquérir, contre les forces réactionnaires extérieures, contre nous-mêmes aussi parfois, qui sommes tissé-e-s par notre histoire personnelle, nos représentations, nos propres stéréotypes. Pour que ce mouvement d’émancipation soit saisi par tou-te-s, il doit être à la fois ambitieux et modeste : ambitieux par son exigence de lutte et de libération, modeste dans la conscience que les formes d’émancipation peuvent être multiples, que chaque chemin est singulier, que personne ne détient une clé universelle qui vaudrait pour tou-te-s. Chacun-e doit pouvoir entrer dans cette dynamique avec ses mots, ses actions, son histoire.
Nos aspirations démocratiques, notre vœu de relations humaines débarrassées de hiérarchie et notre souci d’être attentif-ves à l’auto-organisation des luttes doivent logiquement nous conduire à faire de l’implication de toutes et tous un des mots d’ordre de notre féminisme.

SUD Education revendique :
• la participation des élèves dans la réflexion et les pratiques pédagogiques antisexistes et antiLGBTQIphobes, pour déconstruire de façon concertée et collaborative les stéréotypes
• la participation de toutes les catégories de personnels car cette lutte ne peut être que globale et certainement pas catégorielle
• la participation de tous les parents, d’où qu’ils/elles viennent, de classe moyenne ou de quartier populaire, français ou étranger (avec ou sans papiers), de famille hétéro ou homoparentale, athé-e-s ou croyant-e-s.
Tou-te-s, car cette lutte ne peut être que globale et certainement pas catégorielle, nous devons pouvoir avoir notre mot à dire, notre pierre à apporter, pour être acteurs et actrices à part entière, contre le patriarcat et les volontés de domination sur les êtres humains, d’un mouvement de lutte laïque, égalitaire, collectif et solidaire, qui a pour horizon l’émancipation et l’épanouissement de toutes et tous.