Une autre école ?

samedi 21 avril 2012

Les militants de Sud éducation militent pour une autre école.

Enseignants et syndicalistes nous ne nous intéressons pas uniquement à nos simples conditions de travail mais aussi à tous les aspects de l’Éducation. Beaucoup d’entre nous suivent les travaux des mouvements pédagogiques comme l’ICEM (pédagogie Freinet), les mouvements de pédagogie institutionnelles (F. Oury), le GFEN (Éducation Nouvelle), l’AFL (association française de la lecture)…, mais malheureusement sont confrontés aux difficultés liées à l’isolement.

Changer l’école nécessite de réfléchir aux moyens donnés et revendiqués dans le cadre de l’enseignement actuel. Sud éducation est un syndicat récent qui affine sa réflexion sur l’école de demain, la pédagogie…

L’individualisation des apprentissages, la différenciation pédagogique, le socio-constructivisme sont des concepts qui demandent à être approfondis et nécessitent qu’on s’y intéresse de près.

L’école et plus généralement l’Éducation ont toujours été un enjeu majeur. Elles sont à l’image de la société qui les organise. Une société capitaliste a besoin d’une école à son image, et génère de fait les inégalités dans les classes, reflétant et renforçant celles que l’on retrouve dans la société.

Les programmes 2008 ont marqué un retour en arrière vers des programmes faisant la part belle au béhaviorisme, à l’apprentissage de la lecture comme simple apprentissage d’un code comme si la lecture se limitait au décodage. La littérature a été remise dans les cartons des savoirs.

L’enseignant doit soutenir des méthodes pédagogiques dites répétitives, faire pratiquer l’entraînement. Le concept de recherche disparaît. L’alourdissement volontaire des programmes empêche de prendre le temps de pratiquer l’expérimentation, le tâtonnement et la mise en place de projets.

Il ne s’agit pas pour Sud éducation de soutenir les programmes scolaires d’avant 2008 même si nous nous retrouvons plus dans l’esprit des programmes de 2002 que ceux de 2007/08. La mode du maître sur son estrade est une image erronée et dangereuse de la réalité de l’école. Les chercheurs, sociologues et pédagogues sont de moins en moins entendus. On revient à un obscurantisme pédagogique qui a montré par le passé bien des échecs et laissé de côté bon nombre de nos élèves.

Aujourd’hui, l’école subit une attaque sans précédent dans le but de la privatiser, de rendre les établissements concurrents entre eux, de sélectionner encore plus.

La liberté pédagogique au cœur du débat.

Les programmes à la mode Xavier Darcos contrairement à l’annonce faite par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale d’alors, en finissent avec la « liberté pédagogique ».

Leur concept de liberté des enseignants, c’est en réalité la concurrence entre eux, les salaires au mérite : on est loin de la pédagogie, bien au contraire. Les programmes de l’école maternelle et primaire s’approchent dangereusement de l’idée de procédure à exécuter. Les enseignants n’ont plus besoin de réfléchir mais exécutent des taches. Du reste le gouvernement dans la même logique a supprimé la formation. À quoi sert une formation à la pédagogie quand on est juste des exécutants ?

Pour Sud éducation, les enseignants ont besoin de temps pour réfléchir, d’ajuster leur pédagogie, leur didactique. Les élèves ne sont pas des machines à enregistrer.

La liberté pédagogique ne veut pas dire soutenir les pédagogies frontales ringardes mais refuser cette logique qui consiste à faire de l’apprentissage juste une suite de marches à suivre.

Il faut bien comprendre que cette politique de procédure accentue le sentiment de dépossession de sa liberté. Devoir rentrer dans un moule ne peut que provoquer des souffrances supplémentaires au travail.

En effet, un professeur des écoles ne peut pas suivre une procédure sans l’adapter à sa classe, ses élèves, son propre rapport aux méthodes, ses ressentis… Il est donc difficile de suivre à la lettre ces programmes. L’enseignant se met alors « en faute » vis à vis de la demande institutionnelle. Se met en place un système nauséabond dans lequel on pourra reprocher aux collègues, dans le cas d’échec ou de mauvais résultats aux évaluations par exemple, de ne pas avoir suivi la procédure.

Pour Sud éducation il est urgent de retrouver une sérénité dans le travail, notre liberté pédagogique, pour en finir avec la pression institutionnelle. Il faut revoir la copie complète de la formation des enseignants tant initiale que continue. Il est plus que nécessaire d’alléger les classes avec moins d’élèves et plus d’adultes formés pour une école nouvelle.

À Sud éducation, nous estimons que la résistance à cet état de fait est un devoir, et nous continuons à réfléchir et à travailler pour proposer une autre école, dans une autre société.