Verdict du procès des JRE : la diffamation reconnue.

Chronique d’une affaire … à suivre encore
mardi 6 septembre 2016

Le jugement, rendu le 19 mai 2016 par le tribunal correctionnel de Tours, reconnaît la diffamation dont a été victime, au printemps 2014, notre collègue de l’école Blotterie (Joué-lès-Tours), accusée d’attouchements, dans une vidéo publiée par l’association JRE (Journées de Retrait de l’École) sur son site.

Les représentantes de l’association JRE sont reconnues coupables de diffamation et de complicité de diffamation. Mmes Hassan et Belghoul sont condamnées respectivement à des peines d’amende de 4 000 et 5 000 euros et à verser solidairement 12 000 euros de dommages et intérêts ainsi que 1 000 euros chacune au titre de l’article 475.1 du code de procédure pénale.

Rappel des faits :

Farida Belghoul, proche de l’extrême droite, fondatrice du mouvement, et Dalila Hassan, représentante locale des JRE, ont réalisé et diffusé sur internet une vidéo où Mme Hassan accuse une enseignante d’école maternelle de Joué-lès-Tours, d’avoir fait se déshabiller un garçon et une fille de 3 ans afin de se montrer et de se toucher les parties génitales devant la classe. La vidéo se terminant par un panneau sur fond noir « vaincre ou mourir ». Ces allégations mensongères et calomnieuses, prétendument basées sur le témoignage de la mère du petit garçon, ont rapidement été écartées par l’enquête de police auprès de tous les témoins. Quant à la famille de la petite fille supposée impliquée, elle a soutenu notre collègue. Cependant le préjudice était fait. Les menaces de morts se sont multipliées sur les réseaux sociaux, obligeant l’enseignante à changer d’école et à déménager.
Par ailleurs, cette affaire montée de toutes pièces pour faire un buzz médiatique quelques jours avant une journée de retrait de l’école, a pris une tournure politique avec les élections municipales. Belghoul et Hassan pensaient trouver là un exemple pour dénoncer une soi-disant attitude perverse du corps enseignant et plus largement pour remettre en cause l’égalité fille-garçon à travers la dénonciation de la prétendue théorie du genre. Toute aussi inquiétante était la diffusion par un des candidats aux élections municipales (monsieur F. Augis, candidat UMP, qui sera élu maire) de lettres dont la teneur ressemble étroitement aux propos des JRE. Une affaire en quelque sorte préparée...

Au procès, les JRE nient toute responsabilité

Nous étions quelques dizaines d’enseignant-es et de militant-es de Sud et de Solidaires, présent-es à Tours pour soutenir la collègue devant le tribunal correctionnel lors du procès en mars dernier.
Les propos des militant-es et soutiens des JRE furent édifiants : obsédé-es par leur homophobie, ils-elles fustigent, suivant un protocole rodé et répétitif, un grand complot contre la famille et l’enfance dénonçant tout ce qui a trait à l’éducation sexuelle, les albums pour la jeunesse et l’ensemble des enseignant-es qui sont, d’après eux et elles, des « maillons de la chaîne » visant à l’établissement du « nouvel ordre mondial » homosexuel, masturbatoire et pornographique qu’ils-elles prétendent combattre.
Les deux assignées ont nié leur responsabilité dans la vidéo, en accusant, soit l’autre, soit un obscur cameraman disparu depuis… Discours de Farida Belghoul rodé, arrogant, méprisant. À aucun moment les prévenues n’ont essayé de plaider l’erreur, ni n’ont exprimé un quelconque regret vis-à-vis de l’enseignante. Nuire à l’école publique est un de leur objectif. La collègue victime n’est qu’un prétexte pour y arriver.
Le nouveau maire de Joué-les-Tours (élu le week-end après les faits avec 200 voix d’écart), cité comme témoin, a nié toute responsabilité dans un tract, identifié sous ses couleurs dans les boites à lettres des cités alentours, sur un hypothétique enseignement de la théorie du genre dans les écoles de la ville.
Sud éducation 37 se félicite de ce jugement exemplaire qui, par les peines prononcées, reconnaît la souffrance professionnelle ainsi que le lourd préjudice, tant professionnel que personnel, subi par notre collègue injustement diffamée.
Nous déplorons qu’il n’y ait pas eu, malgré nos demandes, d’implication des autres syndicats enseignants dans cette sordide histoire qui aurait dû dépasser les barrières syndicales…
Affaire à suivre : F. Belghoul et D. Hassan ont fait une procédure d’appel. Le procès aura lieu lundi 26 septembre à 13h30 devant la cour d’appel d’Orléans.
Nous serons là pour soutenir notre collègue et pour défendre une école émancipatrice, libre de préjugés et d’idéologie réactionnaire.

Sud éducation Indre et Loire