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mardi 13 mai 2008
Dernière mise à jour 13 mai 2008
Stages de remédiation pendant les vacances, soutien scolaire après les cours, heures supplémentaires : la panacée cache, mal, l’entreprise de démolition.

Visiblement, pour Darcos, les élèves en difficulté n’ont pas le droit d’être fatigué-e-s ou de participer aux activités culturelles et sportives que leur permettra la demi journée de cours supprimée.

Accepter, c’est stigmatiser nos élèves

Le dispositif n’est pas à une injustice près. Ignorant la réalité multiple de l’échec scolaire (troubles du langage, manque de confiance, isolement, problèmes relationnels, souffrance sociale et culturelle...), il se focalise jusqu’à l’absurde sur le français et les maths. Le rabâchage pour lutter contre l’échec scolaire ? Dans l’immédiat, la méthode peut produire son petit effet. À long terme, c’est plus discutable. Conçues comme de simples cours particuliers, les remédiations proposées enferment les enfants dans leurs difficultés. On y bachote ce qui a déjà été vu en classe sans la moindre possibilité de le réinvestir dans des activités de création ou d’expression plus formatrices. On ressasse, mais on ne partage pas les savoirs et les découvertes au sein de groupes plus hétérogènes. À aucun moment, les apprentissages n’y feront sens. La sensation d’isolement et de stigmatisation sera d’autant plus douloureuse que les remédiations Darcos confinent au domaine de la sanction hors temps scolaire, de l’heure de colle pure et simple pour cause d’échec. Dans ces conditions, le dispositif a tout d’une usine à gaz démagogique (faire bosser ces fainéants de profs pendant les vacances), mais ne fera qu’intensifier la souffrance des enfants déjà confrontés à un trop plein d’école et à un contrôle social accru (Bases de Données)...

Accepter, c’est mettre en péril nos conditions de travail et d’enseignement

Sommant les enseignant-e-s de remédier hors temps scolaire à une souffrance scolaire complexe, les remédiations Darcos nient le travail essentiel des personnels spécialisés. Incohérence ? Sûrement pas. Le soutien hors temps scolaire permettra de supprimer davantage de postes Rased et facilitera l’instauration des Epep en permettant la mutualisation des enseignant-e-s sur plusieurs établissements scolaires. Édifié sournoisement sur les heures supplémentaires, le dispositif conduira à une hausse vertigineuse du temps de travail (réunions, évaluations, bilans). Il grèvera proportionnellement les budgets, légitimera fermetures et baisses de moyens, avec à la clé, des classes surchargées et de l’impossibilité de s’occuper de tous nos élèves, nous obligeant sans cesse à travailler plus et plus longtemps. Le cercle vicieux est bouclé : en supprimant un peu plus de personnel tout en négligeant la dimension culturelle et sociale de l’échec scolaire, les remédiations Darcos rendront élèves et enseignant-e-s responsables des lacunes de l’Education nationale et ouvriront les portes à toutes les culpabilisations, les sanctions. Quant à l’utilisation des heures de formation dégagées par la suppression du samedi matin, gageons que les mesures opaques et imprécises qui les entourent n’augurent rien de bien réjouissant (formation continue pendant les vacances, prise en charge par des organismes privés ?).

Accepter, c’est nuire aux solidarités et à nos conditions de vie

Défiscalisées, les heures supplémentaires privent la communauté des ressources nécessaires au financement des retraites ou à la prise en charge de la protection sociale. Les accepter, signifie travailler plus longtemps et payer plus cher le système de santé avec des salaires bloqués ! De plus, uniquement centrées sur l’école, elles mettent en péril le secteur associatif (aide aux devoirs, activités culturelles) et nuisent au tissu social.

Remédions à l’échec, sans créer plus de souffrance

Les remédiations qui sont imposées aux élèves comme aux enseignant-e-s du premier degré sont le bras armé d’une école inégalitaire, rentable et coercitive. Apporter une aide efficace à nos élèves, consiste d’abord à prendre en compte la complexité des difficultés de nos classes pendant le temps scolaire et sans stigmatisation. C’est inscrire la remédiation au sein d’équipes éducatives (enseignant-e-s de la classe et du cycle) connectées à d’autres spécialistes de l’enfance et disposant de moments de concertation / formation inclus dans le temps de travail... C’est penser une école différente, plus coopérative, où les apprentissages ne soient plus de simples données à acquérir sous peine de sanction.

Plutôt que de punir, l’école doit valoriser ses élèves, leur permettre de s’exprimer, leur apporter le temps de s’approprier les savoirs et leur donner tous les moyens dont ils ont besoin pendant la classe : 2 enseignant-e-s pour 3 classes, personnels spécialisés, orthophonistes, infirmier-e-s, travailleurs-euses sociaux-ales, médecins, psychologues...

C’est pourquoi Sud éducation appelle les équipes enseignant-e-s et les personnels à refuser clairement de participer aux stages de remédiation, à ne faire remonter aucun nom d’élèves et à le faire savoir à leur administration.

Commission fédérale Premier degré