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L’heure est à la résistance, à la désobéissance
lundi 5 janvier 2009
Dernière mise à jour 5 janvier 2009
Malgré la manifestation du 19 octobre à Paris et le succès de la grève du 20 novembre, le Ministre continue à mépriser les enseignants.

Cela n’est pas fait pour nous surprendre, nous savons que l’adversaire est coriace, et nous devons être capables d’engager contre lui une épreuve de force, un véritable bras de fer, en nous donnant le moyen de tenir dans la durée.

Il ne doit pas y avoir une semaine sans que Darcos et Sarkozy entendent parler de la lutte contre leur politique de démantèlement du service public d’éducation, par les journaux, les radios, les télés, par leurs inspecteurs et recteurs. De plus en plus d’enseignants sont conscients de cela, et réalisent bien qu’il s’agit de tout autre chose que d’enchaîner, comme l’an dernier, des grèves de 24 h tous les mois ou tous les 2 mois.

Le besoin de formes d’actions nouvelles, permettant de résister au quotidien au rouleau compresseur gouvernemental, se fait de plus en plus ressentir. Et, faute d’une stratégie et de mots d’ordre syndicaux clairs, ce sont des individus qui se lancent dans la bataille, conscients des risques qu’ils prennent mais aussi de l’urgente nécessité de montrer aux autres la voie à suivre. Comme en matière de santé publique avec les cultures d’Ogm, la désobéissance civile s’impose à nous pour empêcher qu’une génération d’élèves soit sacrifiée sur l’autel de la réduction de la dette publique.

C’est ainsi qu’Alain Refalo, professeur d’école à Colomiers (31), a adressé, le 6 novembre 2008, une lettre à son inspecteur de circonscription pour lui signifier son refus d’appliquer les dernières mesures du Ministre : « En conscience, je refuse d’obéir. (…) Le démantèlement des fondements de l’Éducation nationale est un processus que je ne peux accepter sans réagir. L’objet de ma lettre est de vous informer que je ne participerai pas à ce démantèlement. En conscience, je refuse de me prêter par ma collaboration active ou mon silence complice à la déconstruction d’un système, certes imparfait, mais qui a vocation à éduquer et instruire, à transmettre tout autant un « art de faire » qu’un « art de vivre », en donnant toutes ses chances à chaque élève, sans aucune distinction. »

Notre camarade Philippe Cherpentier s’est adressé, de même, le 17 novembre, à l’Inspecteur de la circonscription de Lodève : « Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part de mes réflexions et de mes décisions, qui m’amènent à entrer en résistance contre les multiples réformes néfastes que nous subissons aujourd’hui dans les écoles. »

Bastien Cazals, directeur de l’école maternelle Louise Michel à Saint Jean de Védas (34), s’est, lui, adressé au Président de la République. Comme il l’écrit sur son blog : « C’est en étant nombreux à faire ce genre de démarche (je sais que bon nombre de collègues vont suivre le mouvement) et en faisant le maximum de bruit médiatique autour de ces initiatives que l’on minimisera les représailles ».

Les exemples de ce genre sont chaque jour plus nombreux. On peut bien sûr multiplier les pétitions de soutien à ces vaillants « éclaireurs ». Mais le meilleur moyen de les défendre contre les mesures de répression qu’ils encourent, c’est de généraliser les actions de résistance et de désobéissance. Il faut ainsi transformer des actions individuelles en un mouvement collectif. Et le temps presse car, craignant la contagion, le Ministère commence à prendre des sanctions exemplaires : 5 journées de salaire viennent ainsi d’être retirées à Bastien Cazals.

La Fédération Sud éducation a pris à cet égard deux décisions importantes lors de son Conseil fédéral des 20 et 21 novembre 2008.

D’une part, elle appelle les enseignants du premier degré :
- à refuser de mettre en œuvre le dispositif d’aide individualisée qui ne tient compte ni des rythmes de l’enfant ni de ceux des enseignants et qui sert de prétexte à la disparition des réseaux d’aide spécialisée (les 60 h seront utilisées pour la concertation pédagogique, notamment) ;
- à refuser de faire passer les évaluations nationales Ce1 et Cm2 qui visent à mettre les écoles en concurrence (ou au moins à refuser de faire remonter les résultats) ;
- à mettre en échec le dispositif du Service Minimum d’Accueil en déclarant systématiquement leur intention de faire grève quelle que soit leur intention réelle ;

D’autre part, elle a lancé l’initiative d’un manifeste de la désobéissance pédagogique sous la forme d’une lettre au Président de la République dans laquelle chaque signataire déclare soutenir Alain Refalo et s’engager, comme lui, dans une démarche de désobéissance. Ce manifeste est accessible sur le site http://desobeissance-pedagogique.org.

Sud éducation Mayenne

À l’heure où nous écrivons, des actions d’arrêt de l’aide personnalisée sont engagées dans une trentaine de départements dont :
- Charente : 11 résistants se sont lancés (dont 4 Sud, 5 Snuipp et 2 non-syndiqués) ;
- Hauts-de-Seine : l’appel des 100 pour l’arrêt de l’aide personnalisée ! Soutenu par les syndicats CGT, FO, CNT, Sud éducation et des syndiqués du SNUIPP-FSU (Gennevilliers, 3e circonscription).
- Hérault : l’AG tenue à Grabels, mercredi 26 novembre, a adopté un modèle de lettre de résistance à envoyer à l’Inspecteur d’académie. Action soutenue par l’Intersyndicale SNUIPP-FSU, Sud éducation, SNUDI-FU, SNE-CSEN, CNT éducation. Vendredi 12 décembre, un directeur sanctionné : 8 jours de retrait sur salaire pour non mise en place de l’aide personnalisée depuis le 1er décembre, procédure disciplinaire engagée. 384 lettres de désobéissance déposées mercredi 17 décembre à l’IA. Ultimatum lancé à l’IA : retrait de toute sanction avant le 6 janvier, ou grève massive le 13 janvier ;
- Loire-Atlantique : « Appel des 100 pour l’arrêt de l’aide personnalisée » soutenu par Sud éducation, le SNUIPP-FSU et la CGT.
- Manche : boycott des 2 heures de soutien à l’appel du SNUIPP-FSU, de Sud éducation et de CGT éduc’action ;
- Marseille : dépôt récent de 124 lettres de désobéissance à l’IA (et de 450 signatures de lettres de parents en soutien aux enseignants) ;
- Paris : à l’appel de Sud éducation, du SNUIPP, de la CGT et de la CNT, 515 instits et PE parisiens (soit dans plus de 70 écoles) ont suspendu l’aide personnalisée début décembre. Plus de 150 conseils d’école parisiens ont adopté un vœu, proposé par la FCPE et les organisations syndicales, refusant la mise en œuvre des mesures Darcos afin de préserver le service public d’Éducation ;
- Val-de-Marne : dans la moitié des circonscriptions du Val-de-Marne, l’aide personnalisée est « gelée » depuis plusieurs semaines ;
- Val-d’Oise : dans les deux circonscriptions de Cergy (95) c’est depuis le 14 novembre, suite à la prise de position de 122 collègues, que la suspension est en place.