500 postes pour la Loire-Atlantique !

Les raisons de la colère
 mars 2002
mis à jour samedi 29 janvier 2005

Un mouvement de grève reconductible mené par une intersyndicale large, avec des Assemblées Générales décisionnelles précédées d’AG de secteurs. Le souci d’impliquer les parents et de les faire participer au mouvement. Une revendication claire : 500 postes. Chronique d’un mouvement pour le service public d’éducation, fort et populaire, comme il n’y en avait pas eu depuis longtemps en Loire Atlantique.

Notre département n’est pas le seul à être sous-doté, mais il est un de ceux où se sont accumulés les problèmes, année après année, jusqu’à entraîner un ras-le-bol général dans les écoles : des remplacements non assurés avec pour corollaire des stages de formation supprimés, des classes surchargées, une scolarisation des 2 ans non prise en compte, des réseaux d’aide laissés à l’abandon et l’absence de décharges pour certains directeurs d’école.

Avec la reprise économique, notamment aux chantiers navals de St Nazaire, le département a connu un afflux de population constitué de jeunes parents. Malgré la hausse démographique induite, l’administration n’a pas créé les postes nécessaires. Les classes à plus de 25 élèves deviennent la règle et l’hétérogénéité des élèves s’accroît. Début janvier, l’annonce par l’administration de créations de postes nettement insuffisantes a achevé de mettre le feu aux poudres, d’autant que l’inspection d’académie table sur une augmentation de 1454 élèves, augmentation sans doute minimisée, comme à l’accoutumée.

Une 1ère intersyndicale a appelé le 19 janvier à une AG qui a réuni 300 personnes.

La décision de la grève reconductible y est prise avec pour revendication l’exigence de 500 postes pour la rentrée 2002. Les AG suivantes rassembleront entre 500 et 800 grévistes, du jamais vu dans le département ! Les parents soutiennent et participent à des occupations d’écoles. Face à la réticence des autres organisations, SUD-Education devra intervenir en AG et demander un vote de celle-ci pour être intégré à l’intersyndicale. Les instits en lutte, attachés à l’unité la plus large, votent à une très large majorité notre intégration. Durant les 2 premières semaines, le mouvement continue de s’étendre. L’AG du 28 janvier vote l’occupation de l’Inspection d’académie. Le soir, une centaine de personnes sont dans les locaux lorsque les gardes mobiles interviennent sans ménagement. Délogés de l’IA, les grévistes maintiennent la pression par une succession d’actions pour obtenir qu’une délégation soit enfin reçue par le ministère. C’est ainsi que sera menée l’opération "500 chaises devant la mairie" pour interpeller le député-maire de Nantes, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et un badigeonnage du rectorat avec 500 silhouettes. Le Conseil municipal sera également envahi et la séance levée par le député-maire qui refuse de recevoir une délégation. Le lendemain, les grévistes apprennent de sa bouche qu’une délégation sera enfin reçue au ministère.

Le 2 février, une manif monstre arpente les rues de Nantes (10 000 personnes)

Elle témoigne de la popularité du mouvement et de l’adhésion des parents aux revendications de l’intersyndicale. Toutes les Unions départementales (G10 Solidaires, CGT, FO, CFDT) sont présentes. Après 2 semaines de lutte, le mouvement se pose le problème de son extension aux autres départements ainsi que le refus de tout redéploiement. Certains syndicats, prenant appui sur un sentiment minoritaire de repli géographique présent dans l’AG, préconisent de ne pas chercher l’extension du dit mouvement, extension qui, selon eux, bloquerait la satisfaction de la revendication des 500 postes en mettant en avant trop de demandes. Pourtant, l’AG votera, à notre grande satisfaction, l’adresse aux autres départements et affichera sa solidarité en refusant tout redéploiement. Le 5 février, nombre de grévistes accompagnent le départ de l’Intersyndicale pour Paris, en gare de Nantes. Elle rentrera le soir même avec 54 misérables postes et la promesse d’un audit mené par l’Inspection générale, éventuellement suivi d’un plan de développement ! Un 1er geste, mais qui reste dérisoire !

L’AG du lendemain affirme que les 54 postes ajoutés aux 96 créations restent largement insuffisants. Les délégués de secteurs font remonter la volonté des instits de suspendre le mouvement pour reprendre contact avec les enfants et les parents quelques jours avant le début des vacances de février. La volonté de reprendre la grève dès la rentrée y est également affirmée. Un ultimatum est adressé au gouvernement. L’intersyndicale est mandatée pour poursuivre les discussions avec le ministère sur la base des 500 postes, sans révision à la baisse. Y est également voté le principe de manifestations chaque mardi des vacances. Aussi, à la grande surprise de certains, la mobilisation reste forte ce 1er mardi des vacances d’hiver où près de 1000 personnes se retrouvent devant la préfecture et vont ensuite rappeler au maire la revendication des 500 postes. Une manif d’instits pendant les vacances, du jamais vu dans les rues de Nantes, une fois de plus !

La mission d’inspection dépêchée par le ministère rencontre l’Intersyndicale. Elle écoute aimablement chacun, se fait expliquer la situation du département, mais repart en affirmant seulement qu’un rapport sera rendu au ministre le 4 mars !

Les instits de Loire-Atlantique continuent à montrer leur détermination

10 000 personnes pour la 2ème fois en moins d’un mois ont parcouru les rues de Nantes le 2 mars, ce qui montre que le soutien des parents et de la population ne faiblit pas. Le 4, l’intersyndicale est reçue par la rectrice et 2 inspecteurs généraux qui évoquent un éventuel plan de rattrapage étalé sur plusieurs années et qui n’engage donc pas les futurs gouvernements ! Du coup, l’AG vote la reconduction de la grève par 419 voix pour (320 contre et 119 abstentions). Nouvelle action devant la mairie, manif escargot et occupation du rectorat par 200 instits et parents d’élèves, ultimatum envoyé au ministère pour qu’il fasse d’autres propositions chiffrées. Dans la nuit du lundi au mardi, les forces de police évacuent le rectorat (certains occupants sont traînés par terre, d’autres projetés ou bousculés sans ménagement du haut d’un escalier). Le mardi, nouvelles brutalités policières à l’encontre des manifestants qui cherchent à entrer pacifiquement dans la Mairie. Les conclusions de l’audit mené par l’Inspection générale sont débattues en AG. Si les effectifs constatés à la rentrée devaient dépasser les prévisions, une nouvelle dotation "pourrait être envisagée en septembre".

Cet audit fait état d’un plan de rattrapage sur 3 ans, à hauteur de 420 postes (dont les 150 déjà acquis pour la rentrée), mais il évalue sur la même durée l’augmentation des élèves à 6054 ! C’est pourquoi l’intersyndicale maintient sa demande de 500 postes pour la rentrée prochaine et prévoit de poursuivre le mouvement (reconduction de la grève, rassemblements devant l’IUFM et l’IA, délégation à Paris le 8 mars et manif à Rouge (commune où il n’existe pas d’école publique !) le 16. L’enjeu est clairement posé : des moyens pour un fonctionnement normal du service public d’éducation. En face, le ministère et ses représentants font la sourde oreille et tiennent un discours purement comptable. Le gouvernement sait pourtant trouver de l’argent quand il le veut, pour la gendarmerie, les patrons des cliniques privées ou l’armée. L’Education doit redevenir une priorité. Le pouvoir ne doit pas laisser se détériorer une situation qui profite à l’enseignement privé.

Un pas de plus vers la marchandisation de l’Ecole.

Le 8 mars. SUD Loire-Atlantique


La méthode Jospin : interdisons les protestations !

Une délégation d’instituteurs en lutte pour des créations de postes accompagnée de parents d’élèves venant de Nantes, devait être reçue au ministère de l’Education nationale ce vendredi 8 mars puis aller manifester pacifiquement devant les QG de campagne des candidats Chirac et Jospin. 140 personnes regroupées dans 3 autocars ont donc quitté l’embouchure de la Loire pour rejoindre la capitale.

Mais, dès le départ, ces bus ont été pris en charge par les forces de l’ordre jusqu’à leur arrivée rue de Grenelle. Les manifestants, dès leur descente de bus, ont été parqués entre 2 rideaux de gardes mobiles, privés de liberté d’aller et venir, de boire, de se nourrir ou d’aller aux toilettes, et ce pendant tout l’après-midi. Seuls, les membres de l’intersyndicale obtinrent d’être reçus, sans résultat. Aucune menace de trouble à l’ordre public ne justifiait une telle démonstration de force et pareilles pratiques de séquestration. Depuis quand est-il interdit en France de quitter librement un cortège, de circuler à sa guise dans les rues ? Atteinte au droit de manifester : l’ensemble du cortège n’a pu se rendre comme initialement prévu en assemblée générale aux QG des 2 principaux candidats aux présidentielles. N’est-ce pas là encore un exemple de répression et de criminalisation du mouvement social ?

Communiqué de la fédération SUD éducation

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