APRÈS LE BULL-DOZER ALLEGRE, LA DROITE ROULEAU-COMPRESSEUR !

 novembre 2002
mis à jour samedi 15 janvier 2005

Derrière le discours sur la nécessaire modernisation du système éducatif se cache la volonté de faire basculer le service public dans le secteur marchand. Or, la marchandisation de l’école ne peut avoir que des effets pervers en terme d’égalité d’accès aux savoirs, aux diplômes, pour tous et partout ; en termes de gratuité, de laïcité, d’indépendance par rapport au monde de l’entreprise et/ou aux pouvoirs locaux. Le processus de privatisation est très avancé aux Télécoms, à la Poste, dans les transports publics, la Santé , la Culture, la Recherche. Les oppositions, les mobilisations ont eu d’autant plus de mal à se structurer que les personnels concernés, leurs organisations syndicales et les usagers n’ont pas été en mesure de mettre au grand jour, puis en pièces, la perversité du double langage des dirigeants politiques et économiques. Ceux-ci présentent leurs projets sous l’angle d’une valorisation et d’une plus grande responsabilité individuelles dans l’exercice des métiers, assorties d’une meilleure efficacité des services rendus au public. Mais les avantages qu’ils mettent en avant pour les agents (individualisation de la carrière, du salaire, de la formation, de la prestation sociale, de la retraite, libre gestion du temps de travail répondant à la demande d’initiative personnelle) se traduisent dans les faits par :
- la précarisation de l’emploi,
- la dégradation des conditions de travail,
- une flexibilité accrue,
- la rentabilisation des personnels et des locaux ainsi qu’ un accroissement de la charge de travail,
- le développement du contrôle et de la pression hiérarchiques,
- des licenciements,
- le non remplacement de tous les départs à la retraite,
- l’exclusion de plus en plus importante d’un statut protecteur.

Les attaques contre l’École publique sont d’autant plus difficiles à combattre qu’elles sont déguisées sous le costume de la modernité et éclatées délibérément en une multitude de réformes, rapports, contrats. Mais la refondation libérale de l’École est en marche, même si elle reste encore peu lisible. L’école est toujours perçue comme un sanctuaire à l’abri où perdure une relative autonomie. Dans notre mémoire collective, l’exception française confère à l’école publique un tel poids symbolique que la remettre en cause dans ses fondements paraît inconcevable. Aussi le pseudo débat actuel est tellement brouillé par le double langage des politiques et par l’attachement indéfectible aux principes républicains proclamé par les gouvernements successifs -alors même que le vocabulaire de l’entreprise, ses méthodes, ses modes de fonctionnement et ses valeurs imprègnent de plus en plus notre milieu professionnel-, que les transformations en cours ou à venir ne soulèvent que peu de réactions comparativement à ce qui s’était produit avant le départ d’Allègre. Enfin, quelles démarches adoptent les syndicats majoritaires par rapport à leurs adhérents et à la mise au clair urgente, à travers leur presse notamment, des véritables enjeux de société que contient la période actuelle ?

L’IGNORANCE N’EST PRODUITE QUE POUR ÊTRE EXPLOITÉE

Nous assistons à la mise en conformité des choix éducatifs et budgétaires avec les impératifs de la globalisation marchande dictée par l’Organisation Mondiale du Commerce et la Commission de Bruxelles. La réforme de l’État, dans la logique dominante, fera qu’à terme on ne parlera plus de "fonction publique" mais de "missions de service public", missions assumées par de multiples opérateurs en concurrence les uns avec les autres, où les multinationales s’accapareront les "segments lucratifs du nouveau marché unifié". Sur fond de "révolution technologique", de déréglementation et d’ouverture des frontières aux mouvements de capitaux, c’est le triomphe du capitalisme financier dont les normes de rentabilité optimale s’imposent dans un monde soumis à la marchandisation de toutes les activités humaines et de toutes les ressources liées au vivant. Aussi, dans un contexte de libéralisation, l’éducation n’est plus envisagée sous l’angle de la recherche d’une égalité des droits. Pour les partisans du libéralisme "moderne", l’école a pour mission de formater à moindre coût des individus "employables", massivement déqualifiés, destinés à un travail de plus en plus précarisé, de moins en moins protecteur de droits. Les marchands de compétences validables cherchent à détruire les savoirs et les diplômes en les vidant de leur contenu, à intervenir de plus en plus dans les cursus de formation et dans leur financement en ciblant les plus rentables, les autres étant laissés au "service public". L’école publique deviendra-t-elle, comme aux Etats-Unis, l’école des relégués et des pauvres, avec un dispositif sécuritaire pour les "sauvageons" des "classes dangereuses", dans une société où la gestion libérale étendra à la majorité des établissements un régime comparable à celui de l’enseignement privé sous contrat avec la région et les collectivités locales ?

Nous combattons ces orientations et contestons le bien fondé de l’école qui se met insidieusement en place, cette école au service de "l’employabilité", instrument de la destruction des droits du travail, cette école-élément constitutif d’une société organisée selon les critères de la productivité, de la concurrence et de la "guerre de chacun contre tous", où la culture est réduite à la portion congrue et où tout est soumis à une marchandisation féroce du savoir. Devant une telle situation, il ne semble pas suffisant de ne s’en tenir qu’à des revendications budgétaires ni au simple respect des engagements passés en matière de plans pluri-annuels de recrutement. Les réformes en cours posent les questions du droit à l’éducation pour tous, du droit à l’accès à l’ensemble des services publics, du réemploi et de la titularisation des précaires.

La résistance à la mise en place des projets néo-libéraux n’a pas été jusqu’ici à la hauteur des enjeux. Les confédérations et les organisations syndicales traditionnelles ont fait globalement le choix de l’accompagnement de l’offensive libérale. Beaucoup de syndicats n’ont plus de militants sur le terrain et n’apparaissent qu’à l’occasion des élections professionnelles, avec les moyens conséquents que leur donne une représentativité accordée a priori par l’administration. SUD-Education ne dispose pas de ces moyens, sa représentativité lui est régulièrement contestée. Pourtant SUD se développe, porte à la connaissance de tous ses analyses des plans et réformes qui se sont succédés pour en dégager la cohérence globale (ce travail n’ayant de sens que comme outil pour les mobilisations), défend les personnels et les statuts.

Dans le même temps, nous participons à la constitution d’un pôle européen du syndicalisme alternatif. Avec SUD-Suisse, la CGT espagnole, l’Unicobas italienne, nous soulignons "le caractère irréconciliable de deux conceptions de l’école : une vision réductrice qui entend la transformer en un simple service flexible, dont il s’agit d’user selon une logique consumériste, et une idée, la notre, qui voit dans l’école une institution qui met en avant la recherche didactique, le dialogue et le développement des élèves et des enseignants, en se confrontant aux savoirs historiques, humains, scientifiques et surtout critiques, toutes choses qui permettent le développement réel de ces connaissances nécessaires, indispensables aux jeunes, aux citoyens européens de demain" (Rencontre du syndicalisme alternatif, Paris, les 2 et 3 mars 2002).

L’école n’a de sens que pour répondre aux besoins de savoirs et de liberté de l’humanité.

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